Éric Zemmour, le provocateur qui se rêve président

Zemmour 1 by Alexis Vintray (CC BY SA)

Son soutien populaire est encore faible, sa capacité à gouverner n’est pas vraiment fiable, mais ceux qui le suivent sont convaincus de ses talents.

Par Michel Faure.

Éric Zemmour déteste les libéraux, et les libéraux le lui rendent bien, mais ils n’aiment pas non plus qu’on tente de l’empêcher d’écrire et de dire ce qu’il pense, même s’ils jugent ses propos désolants, racistes ou haineux.

À travers ses paroles, ses écrits et jusque dans son apparence physique – cheveux gominés coiffés en arrière, costume croisé un peu trop large, regard intense sous d’épais sourcils – cet homme évoque la nostalgie des années d’avant-guerre et peut-être aurait-il aimé naître plus tôt. Sans doute, alors, face aux horreurs de l’époque, aurait-il écrit des choses justes.

Le voici aujourd’hui en train de se rêver président, et c’est le droit de tous les enfants français de rêver qu’ils seront un jour élus à l’Élysée.

Des polémistes et des dissidents

Dans une démocratie, il faut des polémistes et des dissidents. Zemmour est l’un d’entre eux qui pourfend le politiquement correct depuis bientôt deux décennies et pense la France en danger face à l’immigration musulmane. Il croit au grand remplacement, prononce quelques fâcheux amalgames, affirme que Pétain a sauvé des Juifs français, que l’esprit national manque de virilité, qu’il faudrait imposer en France des prénoms du « calendrier des saints ».

Bref, encore une fois, il pense ce qu’il veut mais à ses risques et périls dans un État de droit. Il a été condamné deux fois par la justice pour avoir dit ce qu’il pense et fait actuellement l’objet d’une nouvelle enquête judiciaire. Il dénonce avoir été condamné pour un « délit d’opinion ».

Zemmour presque candidat

Nous parlons de Zemmour aujourd’hui car il est entré en campagne électorale – sans annoncer encore officiellement sa candidature – et parce qu’il a quelques chances de perturber cette élection présidentielle s’il parvient à obtenir ses 500 signatures.

Son soutien populaire est encore faible, sa capacité à gouverner n’est pas vraiment fiable, mais ceux qui le suivent sont convaincus de ses talents. 19 % des sondés, soit un Français sur cinq, le prennent au sérieux, selon un sondage du baromètre Elabe pour Les Échos et Radio Classique, paru début septembre.

Sans doute Zemmour a-t-il quelques chances d’être présent au premier tour, d’abord parce qu’il a des soutiens pour dire tout haut ce que ce Français sur 5 pense plus ou moins bas. Son livre, Le Suicide français, est un best-seller, et ses taux d’audience, sur CNews qu’il vient de quitter, étaient très élevés. Ensuite sa présence dans la course fragilisera la candidature de Marine Le Pen et peut-être aussi celle du candidat ou de la candidate LR.

Ce réactionnaire nostalgique et radical ne devrait pas, par contre, affecter la candidature de Macron, mais au contraire la favoriser.

Le rêve de Zemmour

Même modeste, un score au premier tour, dans les étiages d’un Mélenchon ou d’un Montebourg, accomplirait le rêve de Zemmour : entrer en politique d’une façon ou d’une autre, peut-être en se présentant aux législatives de 2022, au lieu de la commenter.

Les libéraux eux, à ma connaissance, ne nourrissent aucun rêve à son endroit, mais celui qui écrit ces lignes attend avec gourmandise que le polémiste se trouve un jour enfin confronté à la réalité.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.