Zemmour, Trump : la droite malade du conservatisme antilibéral

eric zemmour credits fondation France-Israel (licence creative commons)

Il se pourrait que la droite en France, comme aux États-Unis, en se dissociant radicalement de l’héritage libéral qui est aussi celui de la civilisation occidentale, entame aussi son déclin groupusculaire.

Par Claire Libercourt.

En juillet, des conservateurs américains se sont rassemblés à Washington pour discuter de l’avenir de la droite américaine après l’élection de Donald Trump. La National Conservatism Conference s’est tenue à Washington sous le patronage de Tucker Carlson, et rassemble pour l’instant une poignée de militants, de théoriciens et de politiques visant à transformer le mouvement conservateur américain de l’intérieur en l’adaptant à l’air du temps nationaliste et protectionniste. Visiblement soucieux de s’adapter à l’agenda politique de la Maison blanche, les nouveaux conservateurs « nationalistes » ne sont plus aussi attachés que leurs prédécesseurs à la liberté individuelle et à la limitation des prérogatives de l’État fédéral, désormais objets de leurs critiques acerbes.

Parmi ses penseurs d’aujourd’hui, on compte Patrick Deneen, professeur à l’Université de Notre-Dame, qui clame dans son livre Why Liberalism failed (2018) que le libéralisme, en triomphant partout en Occident, a aussi révélé ses contradictions internes et décliné jusqu’à la pathologie. La définition suffisamment large que l’auteur donne au terme « libéralisme » lui permet surtout de condamner toute la civilisation moderne comme une entreprise d’aliénation de l’individu, remettant en selle les critiques réactionnaires et pastorales jusqu’à présent plutôt cantonnées aux écrivains traditionalistes européens.

Le conférencier le plus écouté fut sans doute l’auteur de The Virtue of Nationalism  (2018), Yoram Hazony, du Herzl Institute de Jérusalem. Très apprécié par les franges les plus nationalistes de la droite israélienne, Hazony se livre à une réhabilitation assez baroque et a-historique du nationalisme, le réduisant à une sorte de courant antilibéral visant à l’autodétermination des peuples à travers l’histoire, et l’exonérant fort curieusement de toute prétention impérialiste.

Abandon du libéralisme

C’est que le conservatisme se doit à la fois de s’adapter au nouveau style présidentiel trumpiste et à l’agressivité de la nouvelle gauche identitaire qui lui fait face. Il s’agit de défendre en priorité l’identité nationale, quitte à abandonner en rase campagne toute réflexion économique sérieuse sur les effets de l’interventionnisme étatique, mais aussi la tradition de la Rule of Law face à l’urgence supposée de la situation politique et culturelle.

L’esprit du temps populiste et trumpiste a traversé l’Atlantique et souffle aussi sur le microcosme conservateur français, qui organise de son côté, autour de Marion Maréchal, sa propre convention le 28 septembre à Paris. Avec en guest star Éric Zemmour, le colloque se propose d’organiser une alternative « au progressisme, au multiculturalisme et au libre-échangisme auxquels [la droite] a bien trop été souvent soumise ». Se retrouveront donc des souverainistes, des identitaires et des nationalistes qui, comme aux États-Unis, communieront autour de thèmes à la mode sur le marché politique : l’identité nationale, la détestation du libéralisme et la panique identitaire face à l’immigration.

Dans le cas français comme américain, l’ambition de cette nouvelle droite radicale est la même : peser sur l’agenda politique des formations de droite et d’extrême droite pour les faire converger. Seulement, si en France ce genre d’ambition connaît un certain succès éditorial — la classe journalistique aime à se faire peur en invitant Zemmour and co —, il n’est pas certain que cela se traduise dans les urnes.

Chambre d’écho idéologique

La candidature identitaire de Bellamy aux élections européennes a enregistré un score historiquement bas, et le « conservatisme » en France ressemble fort à une de ces multiples chambres d’écho idéologiques qui s’installent en France, marchant main dans la main avec ce que Jérôme Fourquet nomme l’archipélisation de pays, ou son morcellement en entités culturelles et sociologiques relativement indépendantes les unes des autres. En choisissant uniquement la niche conservatrice, la droite risque d’abandonner durablement le terrain électoral à un parti présidentiel endossant à la fois l’image de la compétence et de l’autorité, que cette image soit réelle ou non.

Il se pourrait que la droite en France, comme aux États-Unis, en se dissociant radicalement de l’héritage libéral qui est aussi celui de la civilisation occidentale, entame aussi son déclin groupusculaire.

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