Comexposium : l’envers du décor

Alors qu’il connaissait une belle croissance depuis quelques années, le secteur de l’événementiel a subi un choc économique d’une violence inédite.

Par Jean-Jacques Handali.

« Les comédiens ont installé leurs tréteaux, ils ont dressé leur estrade, et tendu des calicots… » chantait Charles Aznavour en 1962. Naturellement, le coronavirus ne circulait pas dans les rues et les places publiques de l’époque !

L’ombre d’elles-mêmes

Or depuis 2020, les saltimbanques de tout bord souffrent d’un entracte brutal et prolongé qui ébranle leurs activités. D’une façon plus globale, ce sont toutes les scènes, tous les salons, tous les festivals, toutes les foires qui ont baissé le rideau depuis 18 moi….

Alors qu’il connaissait une belle croissance depuis quelques années, le secteur de l’événementiel a subi un choc économique d’une violence inédite. L’arrêt quasi complet de la filière, ainsi que l’explosion de son niveau d’endettement, contraignent bon nombre d’acteurs au dépôt de bilan.

En 2019, quelque 335 000 salariés animaient jusqu’à 1 200 salons et foires et 2800 congrès en France. À ces chiffres, s’ajoutaient près de 400 000 animations ponctuelles en entreprises. Notons que certains des plus grands rassemblements mondiaux sont également organisés et suivis par des sociétés françaises.

Avant le Covid-19, les retombées économiques de l’industrie flirtaient avec les 35 milliards d’euros. Aujourd’hui, les comptes ont été divisés par deux, les carnets de commandes sont exsangues, les clients se manifestent pour annuler ou reporter… Les entreprises d’organisation événementielle ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes et valent une fraction de leur estimation passée.

Face aux nombreuses incertitudes, les organisateurs et prestataires du secteur avancent la boule au ventre. Quels nouveaux dégâts la quatrième vague va-t-elle provoquer dans leurs rangs ? Quelles mesures sonnantes et trébuchantes seront prises pour soutenir l’industrie dans les semaines à venir ? L’introduction du pass sanitaire va-t-elle sauver l’exercice ou apparaître comme un frein à sa résurrection ? Les acteurs du secteur feront-ils le bon choix en la matière ?

Comexposium, à la croisée des plateaux

Sans surprise, le leader français de l’événementiel (et numéro trois mondial) est lui-même sujet aux mêmes déboires que ses concurrents. Tout le monde connaît Comexposium, en direct ou par ricochet. L’organisation du Salon de l’Agriculture, du Salon de l’Étudiant, etc., c’est lui !

En 2020 une procédure de sauvegarde lui a permis de traverser le monde du silence. Elle lui a surtout permis d’interrompre le règlement de ses dettes. La procédure fut renouvelée en mars dernier. Elle est susceptible d’être reconduite une ultime fois en septembre prochain, pour une durée supplémentaire de six mois. Le groupe se débat avec une ardoise de 580 millions d’euros.

Ces manœuvres juridico-comptables ont purgé les prêteurs bancaires habituels du Groupe. Exit HSBC, BNP Paribas, le crédit lyonnais et autre ING… Deux hedge funds, Strategic Value Partners et Attestor, se sont portés candidats à la reprise de la dette. Ils rejoignent en cela les deux autres prêteurs fidèles de Comexposium : KKR et Hayfin.

Ce carré de financiers n’a pas l’intention d’attendre qu’un vent hydroalcoolique souffle sur les foires et les festivals. Il ne conçoit pas non plus d’étaler la dette de la société sur le long terme, via une procédure collective. Il propose un autre scénario : injecter 175 millions d’euros et transformer la moitié de la dette en actions.

L’initiative est à la fois audacieuse et séduisante. Ce renflouement est susceptible de remettre du rose aux joues de la société. Il lui permettrait d’opérer une certaine relance, de sauvegarder l’emploi et de rééquilibrer ses ratios en consolidant notamment sa politique d’acquisition. L’injection de cash lui offrirait en effet les coudées franches pour acquérir d’autres concurrents, eux-mêmes dans une passe délicate.

Devant cette stratégie, les associés historiques de Comexposium, l’assureur Predica et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, poussent des cris d’orfraie. Pas question pour eux de diluer le sacro-saint actionnariat de la société. C’est là leur priorité, quitte à assombrir les perspectives du groupe et à remettre à plus tard une réflexion sur le volet social de l’entreprise…

Pendant ce temps, pensent-ils, les plans de sauvegarde à répétition et les mises sous cloche occuperont l’agenda. Ceux qui se préoccupent désespérément de leur mandarinat finissent toujours par y égarer un peu de leur avenir.

Cette stratégie pétrie d’attentisme et d’indolence ne fait que préserver les egos des actionnaires. Elle risque fort d’entamer la confiance des créanciers actuels et de gêner d’éventuelles futures levées de fonds, avec la perspective d’un mesquin dilemme : organiser un plan social d’envergure ou envisager un dépôt de bilan ? Ce serait là une triste tombée de rideau pour l’acteur numéro un de l’événementiel en France.

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