2020, année noire pour la démocratie libérale

Photo by United Nations COVID-19 Response on Unsplash - https://unsplash.com/photos/5hp3iqwZXD8 — United Nations COVID-19 Response,

La France est, avec le Portugal, l’une de ces « démocraties complètes » dégradées en « démocratie imparfaite » en Europe occidentale par le journal The Economist.

Par la rédaction de Contrepoints.

Pour The Economist, l’année 2020 a été celle du déclin pour les démocraties partout dans le monde. Sur tous les pays étudiés par un rapport commandé par le célèbre journal britannique, 70 % des démocraties ont vu leur situation se dégrader.

Les auteurs se sont concentrés sur deux points en particulier :

– l’impact de la crise covid sur la démocratie et la liberté, qui a abouti à un retrait massif des libertés civiles, à l’exacerbation de l’intolérance et de la censure des opinions dissidentes.

– l’état de la démocratie américaine, qui a tangué toute l’année durant, non seulement en raison de la crise sanitaire, mais aussi du mouvement Black Lives Matter et de la contestation de l’élection présidentielle.

The Economist classe traditionnellement les régimes en 4 catégories : les démocraties complètes, les démocraties imparfaites, les régimes hybrides, et les régimes autoritaires. Les positions varient en fonction de leur respect pour les principes fondamentaux qui gouvernent la démocratie et la liberté.

Chute de la France

La France est, avec le Portugal, l’une de ces « démocraties complètes » dégradées en « démocratie imparfaite » en Europe occidentale. À la lecture du rapport, la raison principale en revient à la multiplication des confinements et des couvre-feux, qui s’ajoutent aux autres restrictions sur la liberté de circulation au nom de la crise sanitaire.

La démocratie est imparfaite selon The Economist quand les élections sont libres et les libertés de base respectées, mais qu’il existe certaines faiblesses, notamment en matière de gouvernance, de culture politique sous développée ou encore de participation politique faible.

L’Europe occidentale demeure toutefois privilégiée. Globalement, 7 des 10 démocraties complètes en tête du classement mondial demeurent en Europe (Norvège, Islande, Suède, Finlande, Danemark, Irlande, Pays-Bas).

Taiwan et Hong Kong

Alors que l’Europe de l’Ouest perd deux « démocraties entières », l’Asie en gagne trois nouvelles, avec le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. Le cas de Taïwan donne aux auteurs du rapport une occasion de se réjouir : le pays bondit de la 31e place en 2019 à la 11e place dans le classement des démocraties.

Indépendance de sa justice, transparence du financement des partis, et surtout, sa capacité à répondre fermement aux pressions chinoises ont fait du petit pays le nouveau symbole de la démocratie dans la région. Qui parle du nouveau symbole renvoie à l’ancien, Hong Kong, qui est passée en 2020 de « démocratie imparfaite » à « régime hybride », sous la pression de la normalisation chinoise.

La démocratie américaine sous tension

Depuis 2016, les États-Unis ont perdu leur statut de « démocratie complète » et se retrouvent dans la même catégorie que la France, celle des « démocraties imparfaites ». Pour The Economist, la montée de la défiance politique qui a abouti à l’élection de Donald Trump en est la principale raison.

Seulement, si la démocratie américaine ne semble pas s’améliorer, ses forces et ses faiblesses ont évolué en 2020. Le rapport note positivement la plus grande participation politique du pays en 2020, participation qui rejoint son plus haut score relevé depuis 2006.

Plusieurs événements nationaux ont boosté cet engagement, notamment la politisation de la crise sanitaire, les protestations contre les violences policières et en faveur de la justice raciale, et des élections présidentielle et législative perçues comme décisives.

Seulement, le revers de la médaille s’est traduit par une extrême polarisation du pays et le retour de la guerre culturelle entre progressistes et conservateurs. Le degré de défiance envers les institutions et les partis politiques a explosé, et les problèmes de gouvernance menacent maintenant la liberté d’expression. La confiance envers le processus démocratique s’est effondrée après la contestation des résultats de l’élection présidentielle par Donald Trump.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.