Politique : le syndrome du caméléon

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Tels des caméléons, certains politiciens sont prêts à revêtir toutes les couleurs du paysage idéologique du moment. Leur unique objectif : plaire au plus grand nombre. Xavier Bertrand en fait partie.

Par Claude Robert.

Plus la situation économique et sociale de la France se dégrade, et plus il devient facile de distinguer les politiciens qui ont cédé aux sirènes de l’idéologie dominante de ceux qui ont vraiment un projet pour nous sortir des difficultés.

Tels des caméléons, les premiers sont prêts à revêtir toutes les couleurs du paysage idéologique du moment. Leur unique objectif : plaire au plus grand nombre.

Les seconds sont rares, eux pullulent. Mais tous n’ont pas la même plasticité. Certains font preuve d’un mimétisme chromatique qui confine au génie. La palme pourrait revenir aujourd’hui à Xavier Bertrand. Son parcours de candidat au poste suprême nous apprend tellement sur ce qu’est devenue la vie politique de notre pays.

Xavier Bertrand, le caméléon à la pêche aux voix de gauche

Ministre de la Santé du gouvernement Chirac-Villepin puis ministre du Travail des gouvernements Sarkozy-Fillon, Xavier Bertrand a été entre autres secrétaire général de l’UMP pendant deux ans. Il est président du Conseil régional des Hauts-de-France depuis 2016, a soutenu la candidature de Fillon à la primaire de la droite puis a quitté Les Républicains en 2017. En mars 2021, en plein débat sur l’utilité d’une primaire au sein du parti qu’il a abandonné, il annonce sa candidature à la présidentielle.

Se disant « gaulliste social », Xavier Bertrand se détermine surtout par ses rejets. Le rejet des Républicains tout d’abord, au lendemain de l’élection de Laurent Wauquiez à sa tête, déplorant au passage le positionnement « trop à droite » de celui-ci, critiquant par la même occasion, plus de six mois après les présidentielles, sa famille politique qui, à l’époque, « n’a pas voulu dire clairement qu’il fallait voter Emmanuel Macron pour faire barrage à l’extrême droite » (Le Parisien 11/12/17).

Cette famille qu’il a quittée mais dont il lui dénie pourtant le droit d’organiser une primaire :

Il n’y a qu’un seul juge en politique, c’est le peuple qui est souverain (Le Point 11/08/20).

Le rejet du Front national ensuite, dont ce reproche ressassé tardivement à l’endroit des Républicains et malgré le communiqué final tout à fait net, montre combien il est constitutif de sa stratégie. Ce rejet ne cesse depuis de s’affirmer comme un véritable investissement électoral sur lequel Xavier Bertrand va capitaliser jusqu’à commettre le pire lors de ces dernières élections départementales. Il y a tellement à gagner dans un pays dont l’échiquier électoral est complètement déporté sur la gauche !

Tout commence par un rapprochement fin 2020 avec Arnaud Montebourg, rapprochement qui viserait carrément la possibilité de créer un « arc-souverainiste en vue de 2022 » (Libération 21/01/21). Arnaud Montebourg dont les idées économiques sont pourtant si proches de celles du Front National, mais passons.

Xavier Bertrand, le caméléon à la pêche aux voix du centre droit

Tout se confirme ensuite dans le programme présidentiel dont Xavier Bertrand dévoile les grandes lignes en avril 2021.

Certes, sur le papier, ce programme semble tout à fait sensationnel puisqu’il s’agit de réindustrialiser le pays en

Réduisant de moitié les impôts de production […] sans augmentation du niveau des prélèvements obligatoires […] Nous financerons les baisses de rentrées fiscales notamment par des efforts sur la dépense publique. Je ne laisserai ni filer les déficits ni augmenter la dette tout en promettant une compensation par l’État aux collectivités concernées (Paris Match 12/04/21).

Magnifique.

Sauf qu’après une lecture un peu plus attentive, on devine que seuls les impôts de production seront réduits de moitié. Et qu’il n’y a aucun engagement de diminution des prélèvements obligatoires, dont le niveau record actuel est pourtant l’une des principales causes de notre désindustrialisation.

Là-dessus s’ajoute deus ex machina la compensation promise aux collectivités concernées. Ainsi, seuls les bénéfices de ce programme sont exprimés, tandis que les détails pour y parvenir ne sont évoqués qu’avec le flou habituel.

Tout cela rappelle étrangement le programme du gouvernement Macron-Philippe, ce programme très rapidement suivi de l’annonce d’une diminution des objectifs de réduction de la dépense publique puis de son abandon pur et simple pour la reconduction de son contraire : accroissement des prélèvements, des dépenses de l’É tat et de sa dette.

Le grand écart électoral du caméléon

Les doutes quant au sérieux d’un tel projet sont d’autant plus légitimes que pendant ces élections départementales, Xavier Bertrand a apporté son soutien à la liste communiste.

La justification sibylline dont il s’est fendu va même à l’encontre de ses propres engagements quant à la souveraineté des électeurs d’une part, quant au respect de la République d’autre part :

Je vous appelle à un sursaut républicain pour que le Front national ne gagne aucun canton (Le Figaro 25/06/21).

Que, partout où il a été expérimenté, le communisme ait semé le sang, la privation des libertés et la pauvreté ne compte même plus dans la balance. Pour montrer carte blanche aux cerbères actuels de la morale et obtenir son passeport électoral, tous les moyens sont bons.

Xavier Bertrand de le répéter dans les médias :

« Il vaut mieux être avec les communistes qu’avec les identitaires »

N’est-ce pas magique ?

Avec un programme d’apparence faussement libérale, Xavier Bertrand tente de séduire une partie de l’électorat du centre et de droite. En courtisant Montebourg et le PS, en combattant le RN et en défendant les communistes, il ratisse toute l’aile gauche, du centre vers l’extrême gauche. Ainsi couvre-t-il la grande majorité du spectre politique, à l’instar d’une ménagère qui, pour faire ses courses, promènerait son caddie dans la quasi-totalité des rayons d’un supermarché.

Le délabrement intellectuel de la vie politique

Il ne s’agit pas de revêtir les habits d’un Julien Benda, auteur du si exigeant et si désabusé essai La trahison des clercs. Mais il devient tout de même difficile de ne pas déplorer l’état de délabrement de la vie politique hexagonale actuelle. Les preuves sont flagrantes et ne peuvent être niées. Les dernières présidentielles nous montrent à quel point le courage, la franchise et la transparence ont quasiment disparu du paysage.

Tandis que la France a perdu la moitié de son industrie en un temps record, souffre d’un chômage endémique et du recul régulier de son niveau de vie par rapport au reste du monde, neuf candidats sur les onze en lice n’ont pratiquement parlé que de revenu universel et de redistribution. Un seul parmi ces onze a eu l’audace de présenter un programme de réformes libérales construites à partir du terrain, et de ne pas cacher les difficultés que cela impliquait.

Quant au gagnant de l’élection présidentielle lui-même, il s’est fait élire tout en étant resté très évasif sur sa vision, jouant exclusivement la carte de sa personnalité. Pour ensuite poursuivre dans la voie de son prédécesseur, cette voie qui nous mène dans le mur.

Les élections de 2022 s’annoncent du même tonneau. Avec toutefois un espoir, mais aussi un risque…

L’inertie idéologico-clanique des partis

Le pire dans cet état de fait n’est pourtant pas la multiplication des politiciens-caméléons, mais la difficulté, pour les autres candidats, à faire entendre leur voix. Ce qui se passe actuellement chez les Républicains est assez symptomatique.

Les quelques esprits neufs que sont David Lisnard, Bruno Retailleau, voire Michel Barnier (et d’autres qui vont probablement émerger) ne semblent pas bénéficier d’un soutien aussi franc que des Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse, qui ne sont pourtant pas à LR, ou qu’un Renaud Muselier, membre ayant déjà tendu la main plusieurs fois au président socialiste actuel, ou encore un François Baroin, que LR ressort à chaque échéance mais dont connaît bien plus le sourire que la vision politique.

Que se passe-t-il donc ? Le déclin économique et social du pays n’est-il pas encore assez prononcé pour que le principe de réalité reprenne le dessus ? N’est-il pas encore temps de tenir un langage de vérité aux électeurs, de les aider à comprendre la gravité des enjeux actuels ? Et de mettre sur la touche les candidats caméléons ?

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