Régionales dans le Grand Est : les listes LREM et RN prennent une gifle

Emmanuel Macron by ALDE Party(CC BY-NC-ND 2.0) — CC-BY

Cette campagne n’a pas suffi à mobiliser les électeurs, au grand dam des finalistes annoncés de la prochaine présidentielle.

Par Jonathan Frickert.

Si le macronisme a resservi les méthodes de l’Ancien Monde, il aura au moins révolutionné le mode de sélection des élites politiques. Là où la vieille caste prenait des élus locaux pour en faire des ministres, LREM prend des ministres pour en faire des élus régionaux que les Français étaient appelés à renouveler ce dimanche. Un scrutin dont les instituts de sondage nous annonçaient une élection palpitante après une campagne pourtant soporifique. C’était sans compter l’abstention record expliquant en grande partie l’effondrement du Rassemblement national et la relégation du parti présidentiel à la place de simple parti témoin.

Il faut dire que les deux formations hors-sol que sont le RN et la République en Marche n’ont pas hésité à nationaliser la campagne, entre la fracturation de la droite et campagne sécuritaire, domaine qui n’est pourtant pas une compétence régionale.

Si le Grand Est n’y fit par exception, le scrutin de dimanche aurait constitué une claque pour les deux principales formations politiques nationales dans un contexte de plus forte abstention du pays.

L’effondrement du RN

Selon les premières estimations dimanche soir toujours en cours d’affinement au moment où nous écrivons ces lignes, la liste du président sortant Jean Rottner recueillerait 31 % des voix suivie de celle de Laurent Jacobelli avec 21 % et de la liste EELV d’Éliane Romani avec 14 % des suffrages. La ministre macroniste et candidate LREM Brigitte Klinkert peine à dépasser les 10 % des voix.

Le dernier sondage a ainsi surestimé les résultats de la droite populiste. Le RN y était mesuré à 25 % des voix, soit quatre points de plus. En cumulant les scores du RN et des Patriotes de Florian Philippot, on se trouve 10 points en dessous du score de la liste FN conduite par ce dernier en 2015. Les 36 % récoltés par celui qui était alors vice-président du FN avaient entraîné une triangulaire avec, comme ailleurs en France, un psychodrame politique.

Malgré l’abstention record empêchant toute comparaison sérieuse, le vote de ce dimanche montre une évolution étonnamment défavorable au RN en six ans.

Une abstention record

Mais ces résultats sont largement à relativiser compte tenu de l’abstention record ce dimanche.

Le Grand Est a accusé une abstention frappant près de 7 électeurs sur 10, soit 20 points de plus qu’en 2015, ce qui place la région bonne dernière de la participation. Si hier le vote protestataire était incarné par le RN, les Français ont semble-t-il adopté une nouvelle stratégie : celle du mépris par l’indifférence pure et simple à l’égard de ces élections.

Une abstention comparable à celle mesurée lors du référendum sur l’instauration du quinquennat il y a plus de 20 ans et dont la campagne a fait l’objet d’un véritable boycott de la part d’électeurs privés d’un véritable débat sur une réforme pourtant fondamentale.

Une respiration démocratique

Ces résultats ne sont guère étonnants lorsqu’on a suivi le fil de cette drôle de campagne.

Deuxièmes élections régionales à se dérouler depuis la réforme de 2015, ces scrutins se font dans un contexte bien particulier.

D’abord, le contexte sanitaire qui explique en partie une hausse spectaculaire, bien qu’attendue de l’abstention, à la manière de ce qu’on a connu lors des dernières élections municipales.

Ensuite, ces élections sont les seules à être de véritables respirations du quinquennat. Depuis l’avènement de ce dernier, la vie politique française subit un étouffement démocratique qui explique en grande partie la violence politique que connaît le pays.

Enfin, ces élections se déroulent de concert avec les élections départementales, compliquant encore davantage le processus de vote. Ces scrutins nous intéressent particulièrement ici, puisque la région Grand Est comprend depuis le 1er janvier dernier la toute nouvelle collectivité européenne d’Alsace, nom pompeux pour ce qui n’est rien d’autre qu’un conseil départemental aux compétences renforcées.

Démanteler la grande région

Le cas alsacien est particulièrement utile pour comprendre le contexte local. La réforme régionale a ainsi été très mal vécue aux abords du Rhin.

Pour cause, la question du démantèlement de la grande région dirigée depuis sa création par deux Alsaciens successifs a de nouveau été au cœur des débats.

Sur les neuf listes présentes au premier tour, plus de la moitié ont mis en avant ce sujet. Outre la liste régionaliste, pour qui le Grand Est est un pain bénit électoral, les deux listes RN et dissidentes, pourtant issues d’un parti jacobin, ont fait du démantèlement de la région un thème de campagne majeur, au point que Laurent Jacobelli, lui-même candidat en 2015 sous les couleurs de DLF, a débauché le directeur de la rédaction du journal satirique alsacien Heb’di Thierry Hans.

Sans aller jusqu’au démantèlement, d’autres listes proposent un assouplissement. C’est notamment le cas de la ministre et figure de la lutte contre le Grand Est Brigitte Klinkert, qui plaide pour une gestion décentralisée prenant en compte les trois anciennes régions.

À gauche, les deux listes d’union divergent sur ce point. Soutenue par Génération·s, LFI et des radicaux, l’ancienne ministre socialiste Aurélie Filippetti se trouve sur une ligne similaire à celle des macronistes après avoir pourtant soutenu la création de la région. De son côté, la candidate écologiste Éliane Romani se limite à évoquer un rééquilibrage territorial, peu étonnant compte tenu du soutien que lui a apporté le PS, dont la majorité a voté la réforme en 2015.

Démanteler la droite

Enfin, la région a également été le théâtre de la guerre des droites. LREM comme RN tentent ainsi de casser ce qu’il reste de la droite républicaine afin d’éviter toute concurrence dans l’optique de 2022. Outre le psychodrame provençal du soutien de la majorité présidentielle au candidat LR Renaud Muselier.

Si, dans la région, c’est essentiellement le député niçois Éric Ciotti qui a marqué les esprits, tel fut également le cas pour la région Centre-Val de Loire et dans le Grand Est de Nadine Morano. Cette dernière, évincée de la liste de son parti, a par la suite évoqué un candidat RN qui « n’incarne pas le fascisme et n’est pas d’extrême droite ».

Cette campagne n’a toutefois pas suffi à mobiliser les électeurs, au grand dam des finalistes annoncés de la prochaine présidentielle. Le RN n’étant pas aussi haut que prévu, la République en Marche voit s’effondrer toute la propagande sur laquelle le parti a construit sa communication au profit des Républicains.

En additionnant les voix des formations proches, on pourrait aisément anticiper un second tour au coude à coude entre LR et RN autour de 32 % avec une liste d’union de la gauche à 28 et une liste LREM stable à 11 %.

C’était sans compter sur la participation et la position des macronistes.

Une stratégie LREM perdante

La candidature de Brigitte Klinkert, ancienne présidente du conseil départemental du Haut-Rhin et également candidat en binôme avec un candidat LR aux départementales, n’a pas été un hasard. L’objectif assumé par la macronie étant de mettre la pression sur le président sortant en lui opposant un profil très proche idéologiquement : une haut-rhinoise issue comme Jean Rottner de l’UDF.

Un objectif qui s’éloigne au soir du premier tour compte tenu du score de la liste LREM et de l’absence de menace RN sur laquelle capitaliser.

Lundi matin, le maintien de la ministre macroniste pour le second tour était toujours en suspens.

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