Régionales dans le Grand Est : les listes LREM et RN prennent une gifle

Cette campagne n’a pas suffi à mobiliser les électeurs, au grand dam des finalistes annoncés de la prochaine présidentielle.

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Emmanuel Macron by ALDE Party(CC BY-NC-ND 2.0)

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Régionales dans le Grand Est : les listes LREM et RN prennent une gifle

Publié le 21 juin 2021
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Par Jonathan Frickert.

Si le macronisme a resservi les méthodes de l’Ancien Monde, il aura au moins révolutionné le mode de sélection des élites politiques. Là où la vieille caste prenait des élus locaux pour en faire des ministres, LREM prend des ministres pour en faire des élus régionaux que les Français étaient appelés à renouveler ce dimanche. Un scrutin dont les instituts de sondage nous annonçaient une élection palpitante après une campagne pourtant soporifique. C’était sans compter l’abstention record expliquant en grande partie l’effondrement du Rassemblement national et la relégation du parti présidentiel à la place de simple parti témoin.

Il faut dire que les deux formations hors-sol que sont le RN et la République en Marche n’ont pas hésité à nationaliser la campagne, entre la fracturation de la droite et campagne sécuritaire, domaine qui n’est pourtant pas une compétence régionale.

Si le Grand Est n’y fit par exception, le scrutin de dimanche aurait constitué une claque pour les deux principales formations politiques nationales dans un contexte de plus forte abstention du pays.

L’effondrement du RN

Selon les premières estimations dimanche soir toujours en cours d’affinement au moment où nous écrivons ces lignes, la liste du président sortant Jean Rottner recueillerait 31 % des voix suivie de celle de Laurent Jacobelli avec 21 % et de la liste EELV d’Éliane Romani avec 14 % des suffrages. La ministre macroniste et candidate LREM Brigitte Klinkert peine à dépasser les 10 % des voix.

Le dernier sondage a ainsi surestimé les résultats de la droite populiste. Le RN y était mesuré à 25 % des voix, soit quatre points de plus. En cumulant les scores du RN et des Patriotes de Florian Philippot, on se trouve 10 points en dessous du score de la liste FN conduite par ce dernier en 2015. Les 36 % récoltés par celui qui était alors vice-président du FN avaient entraîné une triangulaire avec, comme ailleurs en France, un psychodrame politique.

Malgré l’abstention record empêchant toute comparaison sérieuse, le vote de ce dimanche montre une évolution étonnamment défavorable au RN en six ans.

Une abstention record

Mais ces résultats sont largement à relativiser compte tenu de l’abstention record ce dimanche.

Le Grand Est a accusé une abstention frappant près de 7 électeurs sur 10, soit 20 points de plus qu’en 2015, ce qui place la région bonne dernière de la participation. Si hier le vote protestataire était incarné par le RN, les Français ont semble-t-il adopté une nouvelle stratégie : celle du mépris par l’indifférence pure et simple à l’égard de ces élections.

Une abstention comparable à celle mesurée lors du référendum sur l’instauration du quinquennat il y a plus de 20 ans et dont la campagne a fait l’objet d’un véritable boycott de la part d’électeurs privés d’un véritable débat sur une réforme pourtant fondamentale.

Une respiration démocratique

Ces résultats ne sont guère étonnants lorsqu’on a suivi le fil de cette drôle de campagne.

Deuxièmes élections régionales à se dérouler depuis la réforme de 2015, ces scrutins se font dans un contexte bien particulier.

D’abord, le contexte sanitaire qui explique en partie une hausse spectaculaire, bien qu’attendue de l’abstention, à la manière de ce qu’on a connu lors des dernières élections municipales.

Ensuite, ces élections sont les seules à être de véritables respirations du quinquennat. Depuis l’avènement de ce dernier, la vie politique française subit un étouffement démocratique qui explique en grande partie la violence politique que connaît le pays.

Enfin, ces élections se déroulent de concert avec les élections départementales, compliquant encore davantage le processus de vote. Ces scrutins nous intéressent particulièrement ici, puisque la région Grand Est comprend depuis le 1er janvier dernier la toute nouvelle collectivité européenne d’Alsace, nom pompeux pour ce qui n’est rien d’autre qu’un conseil départemental aux compétences renforcées.

Démanteler la grande région

Le cas alsacien est particulièrement utile pour comprendre le contexte local. La réforme régionale a ainsi été très mal vécue aux abords du Rhin.

Pour cause, la question du démantèlement de la grande région dirigée depuis sa création par deux Alsaciens successifs a de nouveau été au cœur des débats.

Sur les neuf listes présentes au premier tour, plus de la moitié ont mis en avant ce sujet. Outre la liste régionaliste, pour qui le Grand Est est un pain bénit électoral, les deux listes RN et dissidentes, pourtant issues d’un parti jacobin, ont fait du démantèlement de la région un thème de campagne majeur, au point que Laurent Jacobelli, lui-même candidat en 2015 sous les couleurs de DLF, a débauché le directeur de la rédaction du journal satirique alsacien Heb’di Thierry Hans.

Sans aller jusqu’au démantèlement, d’autres listes proposent un assouplissement. C’est notamment le cas de la ministre et figure de la lutte contre le Grand Est Brigitte Klinkert, qui plaide pour une gestion décentralisée prenant en compte les trois anciennes régions.

À gauche, les deux listes d’union divergent sur ce point. Soutenue par Génération·s, LFI et des radicaux, l’ancienne ministre socialiste Aurélie Filippetti se trouve sur une ligne similaire à celle des macronistes après avoir pourtant soutenu la création de la région. De son côté, la candidate écologiste Éliane Romani se limite à évoquer un rééquilibrage territorial, peu étonnant compte tenu du soutien que lui a apporté le PS, dont la majorité a voté la réforme en 2015.

Démanteler la droite

Enfin, la région a également été le théâtre de la guerre des droites. LREM comme RN tentent ainsi de casser ce qu’il reste de la droite républicaine afin d’éviter toute concurrence dans l’optique de 2022. Outre le psychodrame provençal du soutien de la majorité présidentielle au candidat LR Renaud Muselier.

Si, dans la région, c’est essentiellement le député niçois Éric Ciotti qui a marqué les esprits, tel fut également le cas pour la région Centre-Val de Loire et dans le Grand Est de Nadine Morano. Cette dernière, évincée de la liste de son parti, a par la suite évoqué un candidat RN qui « n’incarne pas le fascisme et n’est pas d’extrême droite ».

Cette campagne n’a toutefois pas suffi à mobiliser les électeurs, au grand dam des finalistes annoncés de la prochaine présidentielle. Le RN n’étant pas aussi haut que prévu, la République en Marche voit s’effondrer toute la propagande sur laquelle le parti a construit sa communication au profit des Républicains.

En additionnant les voix des formations proches, on pourrait aisément anticiper un second tour au coude à coude entre LR et RN autour de 32 % avec une liste d’union de la gauche à 28 et une liste LREM stable à 11 %.

C’était sans compter sur la participation et la position des macronistes.

Une stratégie LREM perdante

La candidature de Brigitte Klinkert, ancienne présidente du conseil départemental du Haut-Rhin et également candidat en binôme avec un candidat LR aux départementales, n’a pas été un hasard. L’objectif assumé par la macronie étant de mettre la pression sur le président sortant en lui opposant un profil très proche idéologiquement : une haut-rhinoise issue comme Jean Rottner de l’UDF.

Un objectif qui s’éloigne au soir du premier tour compte tenu du score de la liste LREM et de l’absence de menace RN sur laquelle capitaliser.

Lundi matin, le maintien de la ministre macroniste pour le second tour était toujours en suspens.

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  • la gifle que s’est pris le macronisme suffit à mon bonheur ; jamais deux sans trois….

    • et vous avez vu la Schiappa qui chialit sur cnews en prétextant qu’ils passaient les candidats 5 eme ou 6 eme mais ne passaient pas le candidat attitré LREM??? c’était jouissif de la voir pleurer comme une gamine devant tant de méchanceté des médias ^^

  • Il fallait s’y attendre: la dernière fois qu’on a demandé aux français d’aller voter, on les a confinés la semaine suivante et le second tour n’a eu lieu que 3 mois plus tard.
    Mouton échaudé craint l’eau froide !
    Il y a d’autres éléments qui ont dû jouer :
    – l’oubli de distribution des tracts (oups!),
    – la pauvreté du débat qui n’a consisté qu’à taper sur le RN (sans aucun programme derrière),
    – la libération anticipée du masque et du couvre-feu (qui donne envie à certains d’aller se faire démolir par des gendarmes déchaîn… euh pardon de vouloir organiser un festival de musique techno).
    Et puis il y a ceux -dont je fais partie – qui ne croient tout simplement plus à tout cette mascarade de démocratie et ne veulent plus voter pour des carriéristes manipulateurs sans aucune vision sur le long-terme.
    Du coup, il ne reste plus beaucoup de gens pour croire que mettre un papier dans une boîte va améliorer les choses.

    •  » il ne reste plus beaucoup de gens pour croire que mettre un papier dans une boîte va améliorer les choses. »

      Comme disait Coluche: si voter risquait de changer quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit!

  • Cette élection est un immense succès, une grande majorité de Français ont voté avec leurs pieds et ainsi démontré que la classe politique, dans son ensemble, ne les intéressait plus.
    Maintenant nos édiles mal élus comprendront-ils quelque chose. J’en doute.
    Echec des politiques, immense échec des instituts de sondage, échec de tous ceux qui nous abreuvent « d’infos » à longueur de journée.
    Tout, politique, presse, syndicats…. c’est le vide total mais malheureusement, les verdates, représentant 3% de français, pourront continuer à nous en….der.
    Un espoir, devant une telle catastrophe, les candidats, prenant conscience, démissionnent, mais là je rêve.

    • La réalité est que de plus en plus nos « gouvernants » auto-proclamés « élites », concernant le régalien, n’ont, somme toute, que très peu de marges de manoeuvre avec toutes les lois européennes, les gopes, les décisions de la commission etc…

      Au niveau France on peut aggraver les problèmes (d’ailleurs la france le fait souvent) mais pas en faire « moins ».
      Cf les difficultés du Danemark concernant l’immigration par exemple.

      On constate aisément que macron suit l’allemagne en tout: les éoliennes, la fermeture des centrales nucléaires etc…

      Donc on peut bien voter pour qui l’on veut, cela ne changera rien sauf « rupture franche ».

      • Je pense que la crise covid a montré que les politiques savent très bien trouver de l’argent et de la marge de manœuvre quand il y a besoin. Personne en Europe ne s’est trop offusquer des mesures prises ou alors n’ont pas été relayés.

        La réalité est ailleurs. La France joue un double jeu.

  • « les jeunes que le chômage impacte fortement quel que soit la majorité au pouvoir et quand ils ont un travail celui-ci est fortement obéré pour assurer le train de vie des boomers. »
    Et revoilà le boomer-bashing!
    Je rappellerai à PCC ( parti communiste chinois?) que la plupart des boomers ne vit pas aux crochets des jeunes. Si le système de Ponzi de la répartition vous donne cette impression, sachez quand même que plus de 50% des « boomers ayant cotisé toute leur vie, touchent des retraites de misère, et ceux qui ont eu la sagesse d’épargner ( malgré les ponctions abusives des organismes dits sociaux) s’en tirent un peu mieux que les cigales imprévoyantes! Quant à prétendre leur assurer un train de vie correct, là vous rêvez un peu ( beaucoup même!).

    • « Parce que vous croyez que ce sont vos cotisations que l’on vous rend? »
      C’est bien là tout le défaut du système de répartition, qui, comme vous semblez l’ignorer, REPARTIT immédiatement entre les ayants droit les sommes prélevées sur les actifs. Et comme il y a de moins en moins d’actifs, de plus en plus de chômeurs et de retraités et que ces catégories sont de plus en plus longtemps à la charge des actifs, ça ne peut pas fonctionner. Mais la faute à qui? A ceux qui veulent que le système perdure au mépris des évidences économiques et démographiques, parce qu’ils ne veulent pas voir que le travail payé à sa juste valeur ne court pas les rues et que le travail mal payé, personne n’en veut ( ce qui est bien évidemment NORMAL!). Je rappelle une fois de plus que les boomers (expression qui vous semble chère!) ne sont pas responsables du maintien du système actuel qui leur a été imposé dès le début de leur carrière professionnelle sans autre alternative, et qu’actuellement, les fameux boomers n’ont pas voix au chapitre dans la prétendue volonté de réforme des retraites de Macron.

      • Désolé, mais en 81 il ne fallait pas voter socialo! Perso, Mittrand n’a jamais été ma tasse de thé vu son lourd passé de faux cul!

    • les boomers ??? définition ??? pour moi ce sont les gens nés après guerre sous l’impulsion de politique nataliste afin de  » reconstruire le pays  » !!! Vivent-ils aux crochets des jeunes oui puisque le système voulu par les communistes est que les jeunes paient pour les anciens !! Vous avez le droit de ne pas être pour ce système mais dans ce cas ayez le courage de défendre la retraite par capitalisation qui est loin d’être un système socialiste !!!!

      • « ayez le courage de défendre la retraite par capitalisation »
        Euh!!!!? Personne ici ne défend autre chose que le système par capitalisation, mais vous savez bien que dans notre démocratie, 51% des votants imposent leurs choix pourris aux 49% qui sont d’avis contraire! ( en général, l’écart est rarement plus important)

    • concernant le premier poste des dépenses sociales, il suffit d’aller voir les retraites des fonctionnaires et vers les grosses boîtes publiques, type EDF par exemple 😉

  • Quasiment tous des pions interchangeables qui ont une vision de la France et de l’Europe qui ne fait plus rêver.
    Les électeurs attendent l’homme (ou la femme) providentiel. Selon l’adage « quand l’élève est prêt, le maître apparaît », et au vu des réactions moutonnières pendant cette crise, le peuple risque d’attendre encore un peu.

  • L’expérience politique de laboratoire voulue par Macron a été déjouée ; échec de la répétition générale ; le peuple refuse de cautionner cette mascarade par son abstention ; les excuses bidons et analyses technocratiques n’y changeront rien ; si nos politiques restent incapables de comprendre cette manifestation pacifique de rejet de leurs compromis voire compromissions il est à craindre que les futures manifestations soient moins pacifiques !!!! au boulot les énarques qui veulent toujours et encore nous gouverner !!!!

    • Le problème, c’est que si vous faites partis des abstentionistes, et bien qu’on ne vous retrouve pas dans la rue ou à râler sur Internet… Car vous vous décrédibilisez…

      • Ah, parce que avoir voté pour un neuneu ou l’autre neuneu permet de critiquer ces neuneu? Il faut les avoir adoubés en premier lieu? Parfois, je me demande si les démocrates ne sont pas encore plus neuneu que la classe politique.

        • Il y a au minimum 6 listes différentes à chaque élection. Ne pas voter c’est laisser les autres choisir pour vous. Si vous voulez vraiment être anti système soyez vraiment anti système. Votez pour ceux dont les journalistes ne veulent pas. Votez pour les petits partis qui n’ont aucun représentant.

          • C’est ce que je fais maintenant. Avant je votais blanc, mais maintenant mon vote est comptabilisé quelque part. Par contre jamais le RN ou les verts, mais les petits partis rigolos qui n’ont aucune chance ça me va!

  • Finalement la gauche si elle s’unit a de fortes chances de passer l’année prochaine. Tout va dépendre de Mélenchon, s’il arrive à avaler son égo pour un poste de premier ministre, je parie que la gauche passe au 2eme tour et elle battra sans problème le RN.

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