Régionales en PACA : la droite étouffée par le macronisme et le populisme

Renaud Muselier by UMP photos (creative commons) (CC BY-NC-ND 2.0)

Les accords entre macronistes et droite locale déplacent le clivage entre droite et gauche traditionnelles vers celui entre populiste(s) et centristes autoritaires, faisant de LR comme du PS des reliques du passé.

Par Frédéric Mas.

Y aura-t-il une liste LR en PACA ? La liste de Renaud Muselier aux régionales ne se fera pas sous étiquette LR, mais avec le soutien du parti présidentiel (LREM). À l’annonce du retrait de la liste de Sophie Cluzel (LREM) en faveur de celle de monsieur Muselier, la droite a décidé de couper les ponts. Christian Jacob lui a retiré l’investiture ce dimanche par le biais d’un communiqué officiel.

Les réactions ne se sont pas fait attendre pour condamner ce qui apparaît à droite comme une manœuvre d’appareils téléguidée depuis l’Élysée. « Je ne peux pas combattre en hémicycle la politique d’Emmanuel Macron et siéger en conseil régional avec des députés en marche et a fortiori ministre du gouvernement Macron » a déclaré Julien Aubert sur BFM-TV.

Pour Éric Ciotti, interrogé par Sonia Mabrouk sur Europe 1, l’accord entre l’ex-ténor politique local et le parti présidentiel vise essentiellement à affaiblir la droite locale. C’est « un choix contre notre famille politique. Et ce choix va conduire à l’élection de Mariani. Il s’est placé naturellement hors de notre famille politique […] Il s’est mis dans la situation d’être notre ennemi politique ».

Faire barrage au Rassemblement national

C’est Jean Castex lui-même qui avait annoncé dans le Journal du Dimanche que LREM retirait sa liste en soutien à Renaud Muselier, afin de « faire barrage au Rassemblement national » représenté par Thierry Mariani dans la région.

C’est aussi l’occasion d’espérer une victoire locale pour des régionales qui s’annoncent globalement catastrophiques pour la Macronie.

À l’extrême droite, on se frotte les mains. Les accords entre macronistes et droite locale les arrangent autant qu’ils arrangent LREM. Ils déplacent le clivage traditionnel entre droite et gauche vers celui entre populiste(s) et centristes autoritaires, faisant de LR comme du PS des reliques du passé. Désormais, c’est la peur du RN qui occupe l’espace médiatique et politique local, et le parti d’extrême droite est adoubé comme seule opposition crédible au parti présidentiel. La pub pour Thierry Mariani est inespérée.

Plus encore, rien n’indique que les voix LR et LREM s’additionnent face à celles du RN. Devant la maladresse tactique de la liste Muselier, une partie des électeurs de droite pourrait tout simplement s’abstenir ou se rabattre sur le vote Mariani.

Reste à savoir si après la défection de Renaud Muselier, la droite va chercher à remonter une liste en opposition à la fois à la liste RN et à celle de Renaud Muselier. Pour David Lisnard interrogé par Var-Matin, « il faudrait si possible oui, puisqu’on a des personnes qualifiées, des élus expérimentés tels que Jean Leonetti ou Éric Ciotti mais aussi des jeunes élus talentueux, et des idées qui ne sont pas celles des autres. »

Régionales en PACA : être élu sur les idées des autres

Oui, mais quelles idées ? Vendredi 30 avril, Éric Ciotti déclenche la polémique en expliquant dans Valeurs actuelles qu’en matière d’immigration et de sécurité, la seule chose qui différenciait LR du RN portait sur leur « capacité à gouverner ».

Xavier Bertrand embrasse dans les Hauts-de-France un discours socialisant, et Valérie Pécresse joue sur la corde sécuritaire en Île-de-France. Peut-être qu’ici, David Lisnard pourrait jouer la carte libérale comme alternative au populisme et au centrisme autoritaire macronien. La balle est désormais dans son camp.

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