Élection présidentielle : Macron ne se laissera pas « clintoniser »

La présidentielle se jouera sur les réseaux sociaux. C’est pourquoi, stratégiquement, Emmanuel Macron a choisi de lancer son offensive de comm à l’endroit des Millenials.

Par Frédéric Mas.

Macron face à Carlito et McFly, Zemmour sur Instagram, Mélenchon sur TikTok : l’élection présidentielle se joue désormais sur les réseaux sociaux, devenus depuis une décennie le lieu où se fabrique l’opinion.

Réactions mitigées des médias devant la performance d’Emmanuel Macron face aux deux youtubeurs Carlito et McFly. Les deux influenceurs, véritables stars auprès d’une partie de la jeunesse, se sont livrés à leur concours d’anecdotes avec un chef de l’État qui incarnait tout sauf la verticalité jupitérienne.

Décontracté, Emmanuel Macron s’est lancé dans une opération de séduction beaucoup plus pop que politique. Cependant, rien n’est laissé au hasard pour séduire. Le média dépolitise et casse l’image du politicien traditionnel, mais pour mieux vendre la marque Macron auprès d’une jeunesse totalement étrangère à la chose publique.

Éviter la clintonisation de Macron

Jouer la connivence culturelle entre générations suffira-t-il pour mobiliser les millenials ? C’est que l’enjeu est loin d’être anodin. Derrière la légèreté apparente de la communication, il y a pour les hommes du Président la peur d’une sortie de route de l’élection à la Donald Trump. Ou plus précisément, le cauchemar d’une clintonisation d’Emmanuel Macron. Souvenons-nous.

En 2016, tous les sondages et tous les commentateurs faisaient d’Hillary Clinton la future présidente des États-Unis. Rien ne devait s’opposer à la success story de la gauche progressiste. Finalement rien ne se passe comme prévu, et l’outsider Donald Trump remporte l’élection.

Selon son directeur de campagne numérique Brad Parscale : « Facebook et Twitter sont la raison pour laquelle nous avons gagné cette chose […] Twitter pour M. Trump. Et Facebook pour la collecte de fonds. »

Les analyses se sont empressées de dénoncer la multiplication des « bulles informationnelles », ces poches idéologiques qui fonctionnent en circuits fermés partout sur le net, et surtout l’explosion des fake news, ces messages mensongers visant essentiellement à marteler les slogans et l’idéologie de ceux qui les propagent. Mark Zuckerberg lui-même s’est livré à son autocritique.

Derrière Facebook et Twitter, Wikileaks s’est également invité dans la campagne. La diffusion des milliers de messages piratés de la messagerie Gmail de John Podesta, le directeur de campagne d’Hillary Clinton, a révélé au grand jour certains de ses mensonges et de ses coups tordus.

C’est sur les réseaux sociaux que Donald Trump a gagné en réputation et qu’Hillary Clinton a perdu la sienne. Auprès des millenials, la candidate démocrate s’est totalement ringardisée face à un Trump devenu icône des nerds du coin /pol /de 4Chan.

Rien ne dit que le scénario ne puisse se répéter en France en 2021. Marine Le Pen a le vent en poupe, et Macron peine à renouer avec son électorat de 2017.

La situation aujourd’hui

Aujourd’hui, tout a-t-il changé ? Donald Trump n’est plus à la Maison Blanche. Twitter et Facebook ont repris en main leur politique de modération, chassant les opinions jugées déviantes ou hétérodoxes, à commencer par celle de l’ex-Président.

Les manipulations algorithmiques de Facebook en prévision des élections sont devenues monnaie courante depuis 2015, sans pour autant garantir l’élimination des fake news ou le soutien des bonnes pratiques en matière de journalisme.

La réponse de Facebook face à la crise sanitaire nous donne un avant-goût de ce que sera la campagne présidentielle : pour éviter la propagation des messages « complotistes » « antivax » ou même simplement sceptiques à l’endroit de la politique sanitaire chaotique des États, des messages de prévention apparaissent automatiquement sur les posts relatifs aux vaccins ou au covid-19.

On lutte contre les bulles informationnelles en bombardant les internautes de propagande gouvernementale. Désormais, les big techs ne contrôlent pas seulement le contenu et la visibilité des opinions politiques de leurs utilisateurs, elles orientent la recherche scientifique dans le sens désiré par les gouvernants afin d’éviter toute déstabilisation à grande échelle. État et géants du net marchent main dans la main pour contrôler les termes du débat public.

Wikileaks est désormais hors de combat, son charismatique leader Julian Assange croupit dans une prison, pressé par les persécutions judiciaires et médiatiques du Royaume Uni et des États-Unis.

La tentative ratée d’encadrement de la liberté d’expression numérique par la loi Avia au niveau national va finalement revenir par la fenêtre grâce au Digital Service Act au niveau européen. Le tout poussé par la macronie au nom de la lutte contre « la haine en ligne ».

Tous les coups sont-ils permis pour endiguer la montée en puissance du populisme ? Va-t-on continuer à agiter la peur de l’extrême droite pour sacrifier la liberté d’expression, qui se réduit chaque jour à une peau de chagrin ? Réponse dans les mois à venir.

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