Confinement : pourquoi enfermer des non-malades asymptomatiques ?

In jail BY Erica Harrington (CC BY-NC-ND 2.0) — Erica Harrington , CC-BY

Si les asymptomatiques ne transmettent pas le virus, alors pourquoi continuer à confiner la population ?

Par Jeffrey A. Tucker.
Un article de l’American Institute for Economis Research

Mise à jour importante sur le contenu de l’article en fin de texte.

L’expression « brouillard de guerre » est attribuée à Carl von Clausewitz. Elle désigne aujourd’hui la confusion et l’incertitude ressenties par tous au milieu d’un conflit. Il est souvent difficile de savoir qui prend les décisions et pourquoi, et quelles sont les relations entre les stratégies et les objectifs. Même le raisonnement peut devenir incompréhensible, la frustration et la désorientation remplaçant la clarté et la rationalité.

En 2020, nous avons fait l’expérience du brouillard de l’atténuation des maladies.

La stratégie du confinement

La première série de mesures de confinement ne visait pas à supprimer le virus, mais à le ralentir pour une seule raison : préserver la capacité des hôpitaux. La question de savoir si, et dans quelle mesure, la courbe a réellement été aplatie sera probablement débattue pendant des années, mais à l’époque, il n’était pas question d’éteindre le virus.

La forme des courbes, en à pic hautes et étroites ou basses et larges, était le même dans les deux cas. Les gens allaient attraper le virus jusqu’à ce que l’immunité collective soit atteinte.

Progressivement, et parfois de manière presque imperceptible, la raison d’être des mesures de confinement a changé. L’aplatissement de la courbe est devenu une fin en soi, indépendamment de la capacité des hôpitaux.

Cela s’explique peut-être par le fait que le problème de l’encombrement des hôpitaux était extrêmement localisé dans deux arrondissements de New York, tandis que les hôpitaux du pays se vidaient pour des patients qui ne venaient pas : 350 hôpitaux ont mis leurs employés au chômage technique.

Cet échec était suffisamment embarrassant, compte tenu des coûts exorbitants. Les écoles ont fermé, les commerces aussi, des couvre-feux comme en temps de guerre ont été imposés, les voyages ont presque cessé, tous les grands événements ont été annulés, etc.

Il était évident qu’il fallait trouver une excellente raison, solide et scientifique, pour expliquer pourquoi les politiciens et leurs conseillers avaient, de leur propre chef, décidé de supprimer une grande partie de ce que nous considérions autrefois comme des choses du quotidien.

Nous sommes sales et impurs sans le savoir

Les discussions à ce sujet ont commencé en mars mais se sont espacées. Au cours de l’été, l’idée d’une propagation asymptomatique a commencé à faire son chemin, petit à petit. Elle a finalement connu un regain d’intérêt au cours de la première semaine de juin. Elle s’est de nouveau essoufflée jusqu’à très récemment.

La propagation asymptomatique était la réponse donnée à la grande question : je ne suis pas malade, alors pourquoi devrais-je être enfermé ? Pourquoi mettons-nous en quarantaine les personnes en bonne santé ? Et qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire, de toute façon, d’être malade sans symptômes ? Pourquoi la moitié des tests PCR positifs sont-ils attribués à des personnes qui, par ailleurs, semblent aller parfaitement bien ?

Toutes ces questions légitimes ont trouvé une réponse dans cette seule phrase : la propagation asymptomatique. Vous ne vous sentez peut-être pas malade. Vous n’aurez peut-être jamais de symptômes du SRAS-CoV-2. Pourtant, vous pourriez être un super propagateur sans le savoir, infectant autour de vous des personnes qui seront porteuses de la maladie et d’autres qui en mourront.

C’est également à ce moment-là que, subtilement et imperceptiblement, on nous a demandé de considérer nos concitoyens non pas comme des êtres humains dotés de dignité et de droits, mais comme des vecteurs de maladie porteurs de pathogènes. Nous devions être masqués, tous, parce que nous sommes sales et impurs sans le savoir : nous ne pouvons pas être autorisés à respirer près des autres, donc même avec un masque, nous devons rester à deux mètres de distance.

(En tapant ces mots, je suis sûr que si quelqu’un les lit dans dix ans, il pensera que j’écris une fiction ou que j’exagère. Au futur lecteur : tout cela est vrai).

La propagation par des asymptomatiques est-elle fréquente ?

Le 7 juin, le Dr Maria Van Kerkhove, chef de l’unité des maladies émergentes et des zoonoses de l’OMS, a déclaré lors d’une conférence de presse que d’après les recherches connues, la propagation asymptomatique était « très rare » :

D’après les données dont nous disposons, il semble encore rare qu’une personne asymptomatique transmette effectivement à un individu secondaire […] C’est très rare.

Il y a eu une explosion de fureur compréhensible de tous les côtés. Les personnes opposées aux confinements criaient sur Twitter que si cela est vrai, la raison d’être des confinements disparaissait en grande partie. Nous pouvons retourner à nos vies normales. Nous pouvons tout ouvrir à nouveau !

J’ai écrit à ce moment-là :

Ce que cela suggère, bien sûr, c’est qu’il n’y a rien de mystérieusement magique ou insidieux dans ce nouveau virus. Il se comporte comme les virus que les scientifiques étudient depuis cent ans.

Ce que nous faisons avec un virus normal est d’être prudent avec les autres lorsque nous avons des symptômes. Nous ne toussons pas et n’éternuons pas sur les gens et restons généralement chez nous si nous sommes malades. C’est comme ça que ça a toujours été.

Il n’est pas nécessaire de procéder à un confinement pour y parvenir ; il suffit de continuer à vivre normalement, de traiter les malades et de ne pas perturber la vie.

Si on agit ainsi avec celui-ci, tout ce que nous avons fait au cours des mois – le port de masques, la danse de la gigue pour ne pas être à côté des gens, l’annulation de tout, la paranoïa sauvage et les confusions modernes – a été une perte destructice et  incommensurable de temps, d’énergie et d’argent.

De l’autre côté, il y avait les grands médias pro-confinement, comme on pouvait s’y attendre, qui ont crié au loup. Le cri a été si fort que l’OMS est immédiatement  revenue sur sa déclaration, le plus souvent par des allusions et des suggestions qui ne disaient pas de choses fausses, mais qui ne répudiaient pas non plus la déclaration initiale :

Il y a beaucoup de paramètres pour  répondre à cette question. Il y a beaucoup d’inconnues. Il est clair que les individus symptomatiques et asymptomatiques font partie du cycle de transmission. La question est de savoir quelle est la contribution relative de chaque groupe au nombre total de cas.

Après cela, la question a semblé s’estomper.

Nous sommes revenus à l’hypothèse que tout le monde était potentiellement atteint d’une maladie, ce qui a permis à nos concitoyens de devenir de vertueux gardiens du port du masque, de rester à la maison et de se séparer, de crier et de hurler après les autres s’ils ne s’y conformaient pas. Les données scientifiques sur la question n’étaient pas claires, nous a-t-on dit, alors continuons à détruire la vie telle que nous la connaissions autrefois.

Le brouillard de l’atténuation des maladies, en effet. Mais comme pour la plupart des « sciences » tout au long de cette épreuve, il s’est finalement avéré que le bon sens et la rationalité l’emportaient sur les affirmations et les prédictions invraisemblables qui conduisaient à des expériences de contrôle social sans précédent.

La contamination par les asymptomatiques n’est pas rare, elle est inexistante

Dans le cas présent, le vecteur de la rationalité est une gigantesque étude menée à Wuhan, en Chine, auprès de 10 millions de personnes. L’article paraît dans Nature Communications, publié le 20 novembre 2020.

La conclusion n’est pas que la propagation asymptomatique est rare ou que la science est incertaine. L’étude a révélé quelque chose qui n’arrive pratiquement jamais dans ce genre d’études. Il n’y avait pas un seul cas documenté.

Oubliez la rareté. Oubliez même la suggestion précédente de Fauci selon laquelle la transmission asymptomatique existe mais ne conduit pas à la propagation. Remplacez tout cela par : jamais. En tout cas, pas dans cette étude sur 10 000 000 de personnes.

Des mesures strictes de contrôle du Covid-19 ont été imposées à Wuhan entre le 23 janvier et le 8 avril 2020. Les estimations de la prévalence de l’infection après la levée des restrictions pourraient éclairer la gestion de la pandémie après le verrouillage. Nous décrivons ici un programme de dépistage de l’acide nucléique du SRAS-CoV-2 à l’échelle de la ville entre le 14 mai et le 1er juin 2020 à Wuhan. Tous les résidents de la ville âgés de six ans ou plus étaient éligibles et 9 899 828 (92,9 %) ont participé.

Aucun nouveau cas symptomatique et 300 cas asymptomatiques (taux de détection de 0,303/10 000, IC 95 % 0,270-0,339/10 000) ont été identifiés. Il n’y a eu aucun test positif parmi les 1174 contacts proches de cas asymptomatiques. 107 des 34 424 patients ayant déjà été infectés par le Covid-19 se sont de nouveau révélés positifs (taux de re-séropositivité de 0,31 %, IC à 95 % : 0,423-0,574 %). La prévalence de l’infection par le SRAS-CoV-2 à Wuhan était donc très faible cinq à huit semaines après la fin du confinement.

On pourrait penser qu’il s’agit là d’une nouvelle de la plus haute importance. Elle nous permettrait de tout ouvrir immédiatement. Toute la base des mesures de confinement après l’aplatissement de la courbe s’étant effondrée, nous pourrions reprendre une vie normale. La peur pourrait s’évaporer. Nous pourrions nous consoler avec notre intuition normale selon laquelle les personnes en bonne santé peuvent sortir et se déplacer sans risque pour les autres. Nous pourrions enlever nos masques. Nous pourrions aller au cinéma et à des événements sportifs.

D’après ce que je sais, il n’y a eu qu’un seul reportage à ce sujet. C’était sur Russia Today. Je n’ai pas été en mesure d’en trouver un autre. Les personnes qui ne suivent pas les bons comptes sur Twitter ne sont même pas au courant.

Nous entendons toujours dire que nous devrions suivre la science. L’affirmation est sans fondement dorénavant. Nous savons ce qui se passe réellement. Le lobby de l’enfermement ignore tout ce qui contredit son récit, préférant des anecdotes non vérifiées à une véritable étude scientifique portant sur 10 millions d’habitants de ce qui a été le premier grand foyer mondial de la maladie que nous essayons de gérer. On pourrait s’attendre à ce que cette étude fasse l’objet de nouvelles internationales massives. Pour autant que je puisse dire, elle est ignorée.

Avec des preuves solides que la propagation asymptomatique n’est pas une force motrice de la pandémie, nous devons nous demander : qui prend les décisions et pourquoi ? Une fois encore, cela me ramène à la métaphore du brouillard. Nous sommes tous dans la confusion et l’incertitude quant à la relation précise entre les stratégies et les objectifs de la panoplie de règles et de contraintes qui nous entourent.

Même la logique est devenue incompréhensible – voire réfutée – à mesure que la frustration et la désorientation ont supplanté ce que nous nous rappelons vaguement comme étant la clarté et la bon sens de la vie quotidienne.

[Mise à jour : 2/06/2021 : NDLR : Correction Une note de l’University of East Anglia – qui a participé à l’étude menée à Wuhan – indiquait quelques jours après la publication de l’étude que « l’équipe de recherche prévient que ses découvertes ne montrent pas que le virus ne peut pas être transmis par les porteurs asymptômiques. Au contraire, des interventions non pharmaceutiques strictes telles que le port de masques, le lavage des mains, la distanciation sociale et le confinement ont contribué à réduire la virulence du Covid-19 ». Par ailleurs, l’OMS indique sur son site internet que « qu’elles présentent ou non des symptômes, les personnes infectées peuvent être contagieuses et transmettre le virus à d’autres personnes ».]

Sur le web-Traduction par Nicolas B

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