Le passeport vaccinal, prétexte à l’extension de l’État

STOP by F. GOPP(CC BY-NC-ND 2.0) — F. GOPP, CC-BY

Accuser les libéraux de retarder la levée du confinement parce qu’ils s’opposent au passeport vaccinal est un argument qui ne tient pas.

Par Ryan McMaken.
Un article du Mises Institute

Au début du mois, le magazine conservateur The Spectator a publié un article au titre absurde : « Les arguments libéraux en faveur du vaccin ». La version en ligne porte désormais le titre « Passeport vaccinal, un billet pour la liberté » mais la version imprimée est peut-être plus représentative de ce que l’auteur essaie de dire.

L’auteur, Matthew Parris, un ancien politicien conservateur croit apparemment que les confinements permanents font partie intégrante de la réalité et que la seule façon de les contourner est que le gouvernement organise un système de passeport vaccinal. Pour lui, le confinement lié au covid est juste une loi de la nature, comme la gravité. Si seulement maintenant nous pouvions trouver un moyen de contourner ces confinements imposés par la nature !

À ce stade, la faille dans la logique de Parris devrait être évidente. Il n’y a rien de naturel ou d’inéluctable dans les confinements. Ils sont une invention de l’État. En fait, ils sont tellement contre nature qu’ils nécessitent l’utilisation des forces de police pour être appliqués. Ils nécessitent des policiers, des menottes, des tribunaux, des prisons et des amendes pour s’assurer qu’ils soient respectés. Ces hors-la-loi nombreux qui ignorent cette supposée force de la nature doivent être punis.

Tout cela échappe pourtant à Parris.

Par exemple, son article commence ainsi :

Sur le principe, je suis favorable aux passeports de vaccination, et je ne comprends pas comment – encore une fois sur le principe – quelqu’un pourrait être contre la théorie…

En d’autres termes, dans l’esprit de Parris, sa position est si juste et sensée qu’il ne peut même pas comprendre comment quelqu’un pourrait ne pas être d’accord avec lui.

Évidemment, c’est toujours une façon très suspecte de commencer un article. S’il s’en donne la peine, tout commentateur politique intellectuellement sérieux peut au moins imaginer pourquoi certains pourraient ne pas être d’accord avec lui.

Mais après avoir passé des décennies au gouvernement, Parris est tellement entiché de l’idée que celui-ci doit contrôler le moindre de vos mouvements que toute autre option est apparemment hors de portée de la pensée rationnelle.

Et il continue :

Il me semble non seulement raisonnable et juste mais aussi évident de limiter l’accès aux emplois ou aux espaces où existe un risque accru de transmission virale, aux gens pouvant prouver leur haut degré d’immunité […] Il n’y a absolument rien de libéral à retarder pour tout le monde la levée du confinement, simplement parce que ce ne serait pas sûr pour quelqu’un.

Encore une fois, notez le postulat de base : le gouvernement doit vous dire où vous êtes autorisé à aller et ce que vous êtes autorisé à faire. Ce sont ces ignobles libéraux qui retardent la levée des confinements. Pour Parris, les politiciens ont travaillé dur pour trouver un moyen de libérer notre société. Ces nobles décideurs ont découvert le passeport vaccinal. Enfin, les gens peuvent être autorisés à sortir de chez eux. Mais maintenant ce sont les libéraux qui s’y opposent !

Au contraire de ces libéraux, Parris nous assure qu’il est favorable à ce que les gens puissent quitter leur domicile et se rendre mutuellement visite dans des lieux où ils peuvent se rassembler. C’est juste qu’avant, il avait les mains liées. Il n’avait pas d’autre choix que de vous maintenir enfermés.

Maintenant, chers contribuables, n’allez-vous pas laisser Parris et ses amis vous libérer ? Ils veulent que vous soyez libres. C’est juste qu’ils ne peuvent rien faire tant que vous n’avez pas adopté le passeport vaccinal !

Si vous trouvez que Parris ressemble un peu à un mari violent, vous n’êtes pas loin du compte. Tout comme cet homme dit à sa femme : « Tu vois ce que tu m’as fait faire ! » après l’avoir frappée car elle a laissé brûler les tartines, les partisans du passeport vaccinal adoptent une attitude similaire : « Tu vois ce que tu me fais faire ? Je veux te laisser sortir de chez toi, mais tu refuses de te soumettre à notre système de passeport ô combien libéral ! »

Et pourtant, Parris n’est pas le seul à adopter ce genre de raisonnement. Beaucoup d’autres continuent à plaider pour ce passeport, comme s’il représentait un régime de retour à la liberté, un assouplissement des restrictions.

Mais, comme l’ont souligné ce mois-ci dans le Wall Street Journal l’épidémiologiste Martin Kulldorff et le médecin de Stanford Jay Bhattacharya, rien dans le système de passeport ne vise à réduire le contrôle du gouvernement sur notre vie quotidienne. Au contraire, il s’agit d’étendre et d’accroître le pouvoir du gouvernement. Kulldorff et Bhattacharya écrivent :

L’idée est simple : une fois que vous avez reçu vos injections, vous obtenez un document ou une application téléphonique que vous utilisez pour entrer dans des lieux auparavant inaccessibles, comme des restaurants, des théâtres, des stades, des bureaux ou des écoles.

Cela ressemble à un moyen d’assouplir les restrictions coercitives du confinement, mais c’est le contraire. Pour comprendre pourquoi, il suffit de penser aux restaurants. Dans la plupart des régions des États-Unis, ils ont déjà rouvert, parfois à capacité limitée. Un passeport vaccinal interdirait l’entrée aux clients potentiels n’ayant pas été vaccinés…

Les avions et les trains qui ont continué à fonctionner tout au long de la pandémie seraient soudainement interdits aux personnes non vaccinées…

Le passeport vaccinal doit donc être compris non pas comme un assouplissement des restrictions mais comme un dispositif coercitif destiné à encourager la vaccination…

Naturellement, le gouvernement prétend que tout cela est requis par la science, mais…

Dire que tout le monde doit être vacciné est aussi infondé scientifiquement que de dire que personne ne doit l’être. Les vaccins sont essentiels pour les personnes âgées à haut risque et leurs soignants, et recommandés pour beaucoup d’autres.

Mais ceux qui ont été infectés sont déjà immunisés. Les jeunes courent peu de risques, et les enfants – pour lesquels aucun vaccin n’a été approuvé de toute façon – ont un risque de mortalité bien moindre que celui de la grippe. Si les autorités imposent la vaccination à ceux qui n’en ont pas besoin, le public commencera à remettre en question les vaccins en général.

La science n’impose rien en termes de politique publique. Ce sont plutôt les décideurs politiques soutenus par le pouvoir puissant de l’État qui imposent des contraintes. Il s’agit de choix politiques, pas de forces de la nature.

De plus, comme le notent Kulldorff et Bhattacharya, il ne s’agit même pas de choix politiques prudents. Ils sont basés sur des conclusions douteuses tirées de données scientifiques. Les auteurs poursuivent :

La plupart de ceux qui soutiennent cette idée appartiennent à la classe de ceux qui ont des ordinateurs portables – des cadres privilégiés ayant travaillé en toute sécurité et confortablement à la maison pendant l’épidémie. Des millions d’Américains ont effectué des activités essentielles sur leur lieu de travail habituel et se sont immunisés à la dure.

Maintenant, on les obligerait à risquer de subir les effets indésirables d’un vaccin dont ils n’ont pas besoin. Les passeports inciteraient les travailleurs jeunes, à faible risque, en Occident et dans les pays en développement, à se faire vacciner avant les membres plus âgés, plus à risque mais moins fortunés. De nombreux décès inutiles en résulteraient.

Mais nous savons comment le gouvernement se justifiera de sa politique de vaccination obligatoire au cas où certains seraient victimes d’effets indésirables. « Nous n’avions pas le choix ! » insisteront les politiciens. « La science nous a forcé la main ! »

C’est une façon commode pour eux de se défausser de la responsabilité d’avoir contraint une grande partie de la population – surtout celle à faible risque – à se soumettre à certaines procédures médicales imposées par l’État.

Mais essayons de ne pas tomber dans une vision trop cynique. Il est tout à fait possible que ces personnes soient réellement convaincues. Comme Parris, les décideurs politiques qui imposent ces politiques aux citoyens et aux contribuables ne sont peut-être pas capables de concevoir un autre mode d’action. Ce niveau de certitude morale est le privilège de la classe dirigeante, et il n’a assurément rien à voir avec la science.

Sur le web-Traduction Margot Arold.

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