Le Covid a dévoilé la pauvreté du système de soins

Hospital BY Naoki Takano(CC BY-NC 2.0) — Naoki Takano, CC-BY

Le pouvoir est dans la confusion, pour une fois confronté à la réalité de la décrépitude qu’il a instaurée dans le système de soins.

Par Denis Dupuy.

J’avais pensé les ARS dans la précaution extrême, alors qu’elles nous interdisaient d’opérer. J’ai même cru que notre clinique profitait de l’aubaine. Erreur.

Nous faisons face à une démission massive de personnel, hôpitaux comme cliniques. Le pouvoir est dans la confusion, pour une fois confronté à la réalité de la décrépitude qu’il a instaurée.

Fin de processus… Bienvenue chez les pauvres.

Le système de soins, c’est une administration obèse et des soignants mal payés

Chez nous, les administrations obèses, désorganisées, concurrentes, sont tellement nombreuses que personne ne pourrait en dresser une liste exhaustive. Quant au personnel qui y œuvre… DG machin, AR bidule, commission chose… Les sangsues se sont multipliées depuis 30 ans, arrosées de taxes ruineuses et d’emprunts nationaux. Elles ont imposé leurs modèles bancals au gré des fantasmes d’un pouvoir central obnubilé par sa seule survie politique.

Le personnel soignant, loyal, a longtemps résisté, sous-payé, déconsidéré. Une infirmière débute à moins de 2000 euros, avec un Baccalauréat plus trois ans et demi puisqu’on lui refuse le +4. L’épidémie a été l’épreuve de trop : je ne les jamais connues aussi démotivées.

J’ai toujours admiré et respecté ces gamines d’à peine plus de 20 ans à qui on laisse le soir un service de trente malheureux et qui vous les rendent, reposés, soignés, nourris, au terme d’une nuit sans sommeil à galoper de perfusions à sondes, d’injonctions à tapes réconfortantes, dans le concert des vociférations, des geignements et des agressions verbales… Et on est parvenu à dégoûter de leur tâche ces héroïnes modernes.

Appauvrissement côté médecins

Les médecins, eux, étant des abrutis et des privilégiés incapables de s’organiser, les réglementations ont été multipliées quand partout ailleurs dans les nations riches, le secteur privé était autorisé à mener sa barque. Les généralistes ont doucement été amenés à se comporter en intermédiaires entre patients et administrations, à remplir de la paperasse et à honorer les formalités dont ils sont abreuvés.

Les spécialistes toujours plus pressurés ont vu croître les obligations et les procédures alors que leurs tarifs, indignes en comparaison de ceux de pays de même niveau, stagnaient ou diminuaient…

Savez-vous combien rapporte une vasectomie à un chirurgien de secteur un, zéro dépassement, BAC plus 12 comme moi-même ? 90 euros de chiffre d’affaires soit 30 euros de revenu charges déduites. Avec procès à la clé en prime. +270 % de vasectomies en France : demm…dez vous. Les médecins, à leur tour, sont dégoûtés.

Dès lors, les patients ne s’y retrouvent plus, implorant les soins dans des zones désertées ou pauvrement servies, forcés de payer toujours plus quand la « meilleure assurance du monde » rembourse toujours moins. La « meilleure » : la bonne blague… 60 % des frais médicaux, entre 20 et 60 ans, concernent dents et optique, aucunement pris en charge…

De rustine en rustine, le système s’est déglingué de toutes parts avant de céder, terrassé par un virus. Des services entiers ferment faute de personnel. Une clinique toulousaine proche, à l’organisation sociale enviée, cherche à recruter 60 infirmières quand partout les démissions se succèdent… Plus personne ne veut des métiers de santé, je vous dis.

Les administrations, les contraintes et certains patients, plus nombreux chaque année, en ont fait un repoussoir et voici les autorités face au chaos, à décréter dans la panique.

La solution ?

Libérer l’initiative, supprimer les postes administratifs inutiles, abaisser les charges fiscales délirantes afin d’alléger les coûts, accorder la confiance aux acteurs de terrain, abandonner des privilèges et des droits acquis. Bref, une tripotée de sacrifices bien amers, dix ans, facile, avant de sortir la tête de l’eau.

Ça ressemble à un combat perdu d’avance, à l’heure où l’on préfère sauver le climat et saborder l’industrie, à l’heure où l’on continue de jalouser les riches et de baver, dans le ressentiment, sur Bigpharma ou tous ceux qui réussissent, portés par nos incompétences en science, en maths ou en physique, dans un pays qui ne sait même plus orthographier sa propre langue, écolier, président de la République comme ingénieur.

L’enrichissement se doit d’être culturel et intellectuel, avant de sonner sous forme de monnaie. C’est ainsi, depuis toujours, les idiots restent pauvres. Alors il serait temps que chacun produise son effort en serrant les dents, plutôt que d’attendre des autres et du gouvernement. Je me demande s’il ne serait pas plutôt temps de fuir… Je préférais, finalement, penser que les ARS déconnaient mais non : c’est la panique.

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