Restrictions Covid dans les pays européens : où est passé l’amour pour la liberté des Français ?

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Les hommes politiques cherchent avant tout à se maintenir au pouvoir et à être réélus. S’ils perçoivent que l’opinion publique est en faveur de décisions radicales, ils la suivront.

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

Depuis un an, les gouvernements de la quasi-totalité des pays du monde ont pris des mesures contre la Covid. Bon nombre d’entre elles ont restreint les libertés individuelles et causé d’importants dégâts à l’économie comme à la santé mentale des populations.

Mais qu’en pensent ces dernières ? Dans les pays occidentaux, l’opinion publique a une certaine influence sur les décisions politiques. « L’Eurobarometer », une compilation d’études et de sondages réalisés au sein des pays de l’UE, donne des indications intéressantes sur le ressenti des populations. Il en ressort une tendance française peu libérale qui s’oppose à celle des Polonais, par exemple.

Cette différence de mentalité peut s’expliquer par le contexte interne des deux pays.

Les Français soutiennent les restrictions, les Polonais les rejettent

L’édition de mars 2021 sur « l’opinion publique en période de Covid » de l’Eurobarometer révèle que 71 % des Français sont favorables au confinement, sachant que ce taux chute à 58 % lorsqu’on interroge les seules personnes concernées par cette décision, lorsque le confinement ne s’étend pas à tout le territoire. Cette approbation générale a perduré : 77 % de la population favorable en octobre 2020, 72 % en février 2021.

Inversement, en Pologne, le refus domine. En février, seuls 36,3 % des Polonais souhaitaient un retour des restrictions contre 47,8 % en octobre de l’année dernière. Les plus opposées aux mesures radicales sont les femmes (49 %), les personnes entre 24 et 34 ans (62 %), celles qui ont fait des études supérieures (50 %) et celles dont les revenus sont faibles (52 %).

De plus, cette tendance est à la hausse. En mars 2021, 50,5 % des Polonais estiment que les premières réactions au coronavirus étaient trop hystériques et qu’un confinement complet au printemps 2020 était inutile. Ils sont 77 % à vouloir que le gouvernement assouplisse certaines mesures et les applique uniquement dans les zones les plus touchées par le Covid-19.

Et cela alors qu’elles sont actuellement moins contraignantes qu’en France : les bars, restaurants et centres de loisirs sont fermés mais il n’existe aucune restriction de déplacement et les boutiques hors centres commerciaux restent ouvertes.

La Pologne affiche une position plus nette qu’ailleurs, mais son opinion publique n’est pas la seule à s’opposer au confinement.

On constate une évolution chez les Allemands. En octobre 2020, ils étaient 63 % à le considérer comme nécessaire. En mars 2021, la tendance s’est quelque peu inversée : 53 % sont favorables à une abrogation partielle des restrictions et 10 % à la levée totale.

De même en février, les Italiens étaient largement favorables (64 %) à la réouverture des bars et restaurants dans les territoires n’enregistrant que peu de cas Covid (zone jaune).

La stratégie du confinement fait de moins en moins consensus chez nos voisins. On peut dès lors s’étonner qu’elle reçoive un soutien important et constant des trois-quarts des Français.

Restrictions Covid  : une relation différente envers l’État

La dépendance des populations à l’État apporte une explication.

Une étude de l’IFOP d’octobre 2020, indique que 74 % des Français apprécient les services publics. Comme nous l’avons souligné dans un précédent article, ils sont attachés à l’interventionnisme social de l’État. En conséquence, il n’est guère surprenant qu’ils soient sensibles au discours médiatique des hôpitaux saturés, utilisé pour justifier le confinement.

Pour les Polonais, c’est différent. Leur pays a subi les occupations nazie et soviétique pendant la moitié du XXe siècle. Il découle de ce passé une attitude plus méfiante envers l’interventionnisme étatique, surtout quand il devient disproportionné. Avec 85 % des Polonais en faveur de l’économie de marché contre 56 % en France, il existe une différence non négligeable à propos de la place de l’initiative individuelle dans les deux sociétés.

Ces données démontrent que la plus ou moins grande sévérité des mesures n’obéit pas seulement à des considérations sanitaires. Les hommes politiques cherchent avant tout à se maintenir au pouvoir et à être réélus. S’ils perçoivent que l’opinion publique est en faveur de décisions radicales, ils la suivront. C’est ce qui se passe en France.

Le rôle des médias et des faiseurs d’opinions n’est pas à négliger non plus dans cette crise : le climat de peur instauré dans notre pays par certains d’entre eux et leur penchant pour des solutions étatistes ont beaucoup joué dans l’acceptation des restrictions.

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