Vive la vie sans l’ENA !

Supprimer l’ENA est une bonne idée si cette décision s’inscrit dans le cadre d’une réforme radicale de la haute administration et du service public. Mais pas s’il ne s’agit que de remplacer l’ENA par une autre institution qui lui ressemble.

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Vive la vie sans l’ENA !

Publié le 12 avril 2021
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Par Michel Faure.

« Que l’État se borne à être juste, nous nous chargerons d’être heureux. » Benjamin Constant

Supprimer l’ENA est une bonne idée si cette décision s’inscrit dans le cadre d’une réforme radicale de la haute administration et du service public dans son ensemble. Par contre, s’il ne s’agit que de remplacer l’ENA par une autre institution qui lui ressemble, un zeste de diversité en plus, mais le maintien du classement de sortie et l’exclusivité de l’accès à la haute fonction publique, alors fermer l’ENA ne sert à rien.

Notre exécutif, quasi omnipotent face à un Parlement marginalisé, s’appuie pour gouverner, non sur les représentants du peuple, mais sur une haute administration qui a pour caractéristiques d’être non élue, inamovible, idéologiquement formatée vers la dépense keynesienne – signe illusoire de l’action – et très créative en matière réglementaire.

Elle prend des décisions qui nous affectent, vit dans sa bulle et protège ses privilèges exorbitants au regard de nos principes constitutionnels, notamment celui de l’égalité, pour bénéficier par un statut particulier d’emplois à vie, de salaires généreux et d’un calcul des retraites très avantageux par rapport au régime du privé.

5,6 millions de fonctionnaires

Cette élite s’appuie sur le travail de plus de 5,6 millions de fonctionnaires qui n’ont pas tous fait l’ENA, certes, mais leur nombre et leur utilité posent néanmoins problème. Valery Giscard d’Estaing estimait quand il était au pouvoir qu’au-delà de 40 % de prélèvements obligatoires, la société « basculait dans le socialisme »1.

Nous y sommes aujourd’hui, avec 45 % en 2019. Et tout cela pour un résultat désolant. Parmi les pays de l’OCDE, le nôtre est celui où les impôts sont les plus lourds et le chômage l’un des plus élevés.

La part des dépenses publiques dans le PIB français ne cesse de croître depuis des décennies. Il est passé de 54 % en 2019, avant la crise de la covid, à 62,8 % en 2020, après le « quoi qu’il en coûte ». Bref, le secteur public continue à asphyxier lentement le secteur productif et marchand, c’est-à-dire le secteur privé.

Par ailleurs, cet État sur-dimensionné nous sert mal. Il a montré ses limites avec la pandémie, entravant l’action par un curieux mélange de lobbying, de précaution, de minutie réglementaire et de décisions multiples et contradictoires généralement liberticides.

Donc, oui, il faut supprimer l’ENA, mais il faut aussi réformer et ouvrir le service public.

Fermer l’ENA

De nombreux pays comparables au nôtre2 comptent des facultés d’administration publique dans leurs universités qui ne sont d’ailleurs pas les seules sources de recrutement des hauts fonctionnaires. Ces derniers ne sont pas non plus protégés par un statut leur garantissant en toutes circonstances un emploi à vie et une retraite en béton.

Ces pays sont gérés par des personnes ayant parfois déjà dirigé des entreprises privées, ou par des ingénieurs, des médecins, des avocats, des experts dans des domaines pouvant intéresser l’action gouvernementale. La vie politique s’en trouve fluidifiée et plus diverse, dotée de compétences nouvelles.

Nous pourrions nous aussi organiser un recrutement de candidats plus polyvalents que les énarques pour gérer les affaires publiques. L’ENA a été une école néfaste pour la France, formant et officialisant une caste favorisant les dépenses, entravant les réformes, et bénéficiant de privilèges exorbitants et contraires aux principes d’une société ouverte.

Abandonner le statut de la fonction publique

À l’exception des militaires, le statut de la fonction publique devrait être supprimé lui aussi. Les employés du privé et du public devraient partager le même contrat universel de travail permettant embauches, démissions et licenciements négociés et, par voie de conséquence, allers et retours possibles du privé au public, et du public au privé.

Une conséquence naturelle de cette alignement de la fonction publique pourrait être l’instauration d’un spoil system qui offrirait aux nouveaux gouvernements une administration en phase avec leurs projets, lesquels ont été approuvés par les électeurs. La bureaucratie serait ainsi renouvelée, dynamique et agile.

L’État obèse ainsi remplacé par une administration resserrée et efficace, sans privilèges particuliers et attentive à ce qui se passe dans le monde réel de l’économie productive et marchande, connaîtrait sa première cure d’amaigrissement. Les fonctionnaires viendraient souvent du privé, en appliqueraient les méthodes dans la sphère publique.

Certains auraient peut-être envie, au cours de leur vie professionnelle, de revenir dans le privé où sera valorisée leur expérience dans l’administration. D’autres, de  revenir dans le secteur public, où sera appréciée leur expérience de l’entreprise et des marchés.

Nous entrerions alors dans une modernité calme, gouvernée par des politiciens modestes. Et vous verrez, tout ira bien.

 

  1. En 1974, ils en étaient à 33,7 % du PIB.
  2. Les experts parlent de la fonction publique d’emplois (recrutement pour occuper un emploi donné), et de fonction publique de carrière (recrutement dans un corps donnant accès à plusieurs emplois). Les pays ayant un système fondé sur la carrière sont, dans l’ordre, la France, l’Irlande, le Luxembourg, le Portugal, la Belgique, la Pologne et l’Italie.
    Les pays ayant un système basé sur la position sont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Finlande et le Danemark. Source : OCDE, Panorama des administrations publiques (2009).
Voir les commentaires (17)

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Créer un compte Tous les commentaires (17)
  • La célèbre formule « Il faut que tout change pour que rien ne change » va s’appliquer à merveille !

    • Bonjour, supprimer l’ENA est une « fausse-bonne » idée et une simple redite électorale des Chirac, Hollande… etc, qui se plaignaient de la nuisance de l’ENA tout en ayant fait carrière grâce leur diplôme.. comme Macron. On croit rêver !
      C’était tout simplement une pique aux énarques pas du même bord politique .. par exemple VGE.
      Macron va le faire. Mais, il sera obligé de combler avec les rangs de l’administration préfectorale avec des « copier-coller » d’énarques, ainsi que les rangs de la justice administrative (inventée exprès pour trancher les litiges entre les citoyens et l’Administration… une « invention » exorbitante bien française).
      C’est donc un simple coup de com… Pas sympa de ça part.

      • J’aurais mieux fait d’écrire, un « il sera obligé de combler les rangs de l’administration préfectorale et de la justice administrative avec des copier-coller », deux « Pas sympa de sa part ». L’esprit est prompt, mais la plume est faible.

      • Le problème aussi c’est qu’on en génère un peu trop de ces hauts-fonctionnaires puisse que l’on semble obligé d’en parachuter un certain nombre dans les grandes entreprises (surtout quand les entreprises, en question, fonctionnent ¿trop? bien).
        Proposer les postes disponibles (qui vont le devenir), ça se planifie du moins, il me semble… Mais le proposer pour des diplômés qui ont une ou des expériences réussies dans la vraie vie et pas à des jeunes (généralement Sciences-Po) ne connaissant que le bachotage!

    • P.S. le statut de la fonction publique ne peut tout simplement pas être supprimé pour l’Armée… et pour la Justice aussi.
      Par, ailleurs des fonctionnaires dans les administrations ministérielles, il semble très exagéré de crier au loup quand même.
      Non, le vrai problème est l’incapacité de l’État français à faire travaille ensemble public et privé.
      Ce qui peut expliquer, cet acharnement à verrouiller « l’Administration d’État ».

  • Le problème n’est pas tant de supprimer l’ENA qu’on peut conserver comme école de secrétariat que de supprimer son monopole du haut fonctionnariat qui laisse de côté tant de talents autrement mieux formés et moins prétentieux.
    Parce que en même temps changer le sigle et maintenir le monopole ça fait un peu canular.

    • Parfait ! Macron en diminuant le niveau a l’entrée par une sélection « Diversité » au lieu du « Mérite », peut réussir a aggraver le problème, C’est son but !

    • très franchement qu’apprend-on concrètement à l’ENA ???

      et le concours d’entrée ne sélectionne que les bons en bachotage (les Agnan du petit Nicolas) : sans intérêt !

      • « que les bons en bachotage »

        Evitons les généralisations abusives.

        Si étonnant que cela puisse nous paraître, quelques têtes fort bien faites sont passées par l’Ena et sont donc restées le plus souvent parfaitement inconnues du grand public.

        • Je viens à la rescousse.
          Le nombre d’Énarques passé au privé avec réussite est plus qu’impressionnant… révélateur tout simplement. Ce n’est tout simplement la qualité de cette École qui est en cause, mais son « rayonnement politique » perçu comme nocif par certains et au gré des polémiques politiciennes qu’ils suscitent pour esbaudir l’opinion.
          Et je le dis sans rancune, car je n’ai appartenu à ces cercles et de loin.

        • « bons en bachotage » Ça, c’est le problème Éducation Nationale donc pas que l’ÉNA… Même dans les écoles d’Ingé, les profs ne semblent pas connaître le travail en équipes pour leurs élèves ou plutôt étudiants ; en fait il faut aller dans des formations continues (AFPA, par ex) pour que ce soit mis en œuvre. Travailler en binômes, préparer des projets à 4 ou/et à 8 non, c’est tout seul dans son coin (et en cette période, l’un des pb des édudiants n’est-il pas la solitude ?).
          Pour en revenir à l’ÉNA, suppression n’est peut-être la solution, nous avons besoin de hauts-fonctionnaires !… Modifier son recrutement serait une bonne idée, je pense, cela fonctionnerait comme la formation continue après 15 à 20 ans d’activités dans (la vraie vie) le privé des postes de serviteurs de l’État seraient proposés à des Ingé, HEC, des X, des militaires et quelques fonctionnaires en postes mais pas plus de 15%.
          Au moins ON aurait des gens connaissant le prix de la baguette (même si elle est un peu de luxe) !

  • C’est quand même curieux un type qui souhaite fermer sa propre école.. Considère-t-il qu’il a été ma formé ? Que cette école est néfaste pour notre pays ??

    • Les énarques les plus ambitieux n’éprouvent pas d’attachement particulier pour leur alma mater et peuvent au contraire se réjouir de voir disparaître la concurrence de petits frères aux dents longues.

  • et comment va s’appeler le remplaçant encore plus marxiste que marxiste (en le cachant soigneusement) ?

    • Comme vous je considère que changer le nom de l’ENA et son mode de fonctionnement à la marge ne va rien changer. C’est juste démago.
      Si tu veux viser juste, il faut juste manager le public comme le privé: t’es pas bon, tu es dégagé, et non promu. Il s’agit juste de les forcer à assumer leurs responsabilités, et d’être comptables de leurs décisions

  • Ça ce n’est pas le problème ÉNA, mais le fait que les élus (même si beaucoup sont issus de cette école) mais à la non-limitation du nombre de mandats possible dans une vie… (2 mandats max national, régional, départemental ou ville de plus 30000habitants

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