La suspension d’AstraZeneca trace la route sanitaire de la servitude

seringue BY Bachellier Christian (CC BY-NC-ND 2.0) — Bachellier Christian , CC-BY

Puisque les populations ne pourront plus être convaincues d’être vaccinées après cette erreur politique, qui nous dit que les gouvernements ne transformeront pas en obligations ce qui hier n’étaient que des recommandations ?

Par Frédéric Mas.

La suspension « par précaution » du vaccin AstraZeneca, parce qu’elle alimente le climat de défiance politique généralisée, risque fort d’engendrer de nouvelles mesures liberticides de la part du gouvernement.

Ce lundi 15 mars, la France a suivi le mouvement initié par l’Autriche, réclamant l’arbitrage de l’autorité européenne du médicament. Le 8 mars dernier, les autorités autrichiennes ont suspendu l’administration du vaccin suite au décès d’une infirmière.

AstraZeneca suspendu partout en Europe

Plusieurs pays scandinaves ont suspendu tous les vaccins AstraZeneca, suivis par les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne. En cause, le développement de problèmes sanguins qui se sont révélés parfois mortels. De son côté, l’OMS recommande de continuer à vacciner. Pour Soumya Swaminathan, la responsable scientifique de l’OMS, le bénéfice de la vaccination l’emportait sur les risques liés au Covid-19.

Pour l’instant, rien n’autorise à tracer clairement la responsabilité des vaccins dans ces problèmes de santé. L’incidence reste d’abord chronologique, et surtout extrêmement minoritaire comparée aux effets positifs attendus de la campagne vaccinale.

Certains observateurs s’indignent contre des décisions politiques précipitées au nom du sacro-saint principe de précaution. Pour le docteur Gérald Kierzek, interrogé par LCI, cette suspension risque fort de « briser la confiance » et de « tuer » la vaccination.

Rafik Smati, interrogé par BFM-TV, pose la question : « imaginez que le principe de précaution ait été brandi de cette façon lors des grands moments de l’histoire du monde, lors des grandes inventions, jamais l’humain ne serait allé sur la Lune… ? »

Comme l’observait Michel Negynas dans Contrepoints, la course au risque zéro du principe de précaution s’apparente davantage à du suivisme électoraliste qu’à une politique publique raisonnée en matière sanitaire : « Nous construisons ainsi un monde qui vit dans la peur, et à terme, va dépenser la plus grande partie de son PIB à éliminer des risques de plus en plus faibles : il n’y aura pas de limite. »

Une aubaine pour les antivax

En suspendant ces vaccins, les gouvernements répondent d’abord aux franges de l’opinion publique les plus paniquées par la crise sanitaire. C’est une aubaine pour les antivax, les complotistes ou plus prosaiquement les sceptiques radicaux.

S’aligner sur les minorités anti-vaccins covid pour interdire le vaccin, même momentanément, n’aura qu’un seul effet, ensabler la campagne vaccinale et donner à l’État une raison supplémentaire de multiplier ses mesures liberticides au nom de la guerre contre le virus. En effet, c’est parce que la défiance se généralise que l’État s’estime légitime à intervenir pour tenter de se substituer au capital social qu’il a lui-même participé à détruire.

Puisque les populations ne pourront plus être convaincues d’être vaccinées de leur plein gré après cette erreur politique, qui nous dit que les gouvernements ne transformeront pas en obligations ce qui hier n’étaient que des recommandations ? Emmanuel Macron voulait accélérer la cadence de la campagne vaccinale, et ce nouvel épisode ne fera que la ralentir, renvoyant au passage le retour à la normale à une date ultérieure. La seule solution libérale qui puisse débloquer la situation est pourtant simple et connue : libéraliser la distribution de vaccins et autoriser tout le personnel qualifié à vacciner pour échapper aux lourdeurs bureaucratiques nationales.

Le gouvernement macronien pourrait vouloir emprunter la voie totalement inverse, celle de la coercition étatique étendue. Appuyé par les franges de la population que la lassitude et la détresse ont rendu serviles, il pourrait présenter aux Français l’obligation vaccinale comme une nécessité, au même titre que le traçage des données de santé par passeport vaccinal et par QR code. La nouvelle route de la servitude pourrait nous conduire tout droit de l’État de droit à l’État de surveillance globale.

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