Union européenne : du marché commun à la farce tragique

European union Brussels DC BY Patrick (CC BY-NC-ND 2.0) — Patrick , CC-BY

Selon les données actuelles, le retour à la normale, en Europe, se fera avec un an de retard sur l’Amérique et le Royaume-Uni.

Par Drieu Godefridi.

Sur l’Union européenne (UE), les avis sont tranchés, entre ceux qui la taxent d’inutile et coûteuse, et ceux qui l’instituent en avenir de l’Europe et modèle pour le genre humain.

Qu’en est-il ?

Avant de devenir la sentencieuse « Union européenne », la construction européenne fut d’abord une formidable réussite. Beaucoup de libéraux ont la mémoire courte, mais l’UE n’a pas toujours été le monstre bureaucratique liberticide qu’elle est devenue.

À l’époque des plus modestement nommées « Communautés européennes » — de l’économie, du charbon et de l’acier, de l’atome — l’Europe a réalisé quatre libertés de circulation : des personnes, des capitaux, des services et des biens.

En dépit de ses défauts, de ses carences, de ses innombrables imperfections — rien de ce qui est humain n’est parfait — ce « marché commun » a contribué de façon massive et substantielle à la liberté et la prospérité des Européens.

Union européenne, paix et prospérité

Impossible de ne pas considérer comme un progrès de civilisation le fait, pour un Français, de se déplacer librement en Italie ; ou le droit, pour un entrepreneur espagnol, de proposer librement ses services aux citoyens des Pays-Bas. Cette Europe du « marché commun » était en tout point conforme à l’intuition géniale de Jean Monnet, qui souhaitait « la paix par la prospérité ».

L’ennui est que les étatistes de toutes les églises idéologiques ne pouvaient évidemment se satisfaire de cette Europe-outil, un outil qui plus est de nature essentiellement économique. Non, il fallait ajouter une Europe politique, une Europe sociale, une Europe de la défense, une Politique étrangère européenne, une Europe écologique et même « géopolitique » (© Ursula von der Leyen) !

Cette évolution a d’abord consisté à subvertir les institutions européennes pour leur faire accomplir, en plus de leur visée économique, des missions qui leur étaient étrangères.

Ensuite, ce sont les institutions et procédures qui furent, et sont constamment, adaptées, « rénovées », révolutionnées, pour servir les finalités extra-économiques, fût-ce aux dépens de la visée économique.

L’Europe économique marginalisée

Aujourd’hui, la finalité économique de la construction européenne est officiellement — par les traités — ravalée à la portion congrue, le cédant en titre comme en fait aux exigences de l’Europe politique, sociale, environnementaliste.

Ainsi l’UE qui offrait autrefois un contre-pouvoir aux foucades idéologiques des États-membres, en est-elle désormais la caisse de résonance, la permanente amplification. Aucune résolution adoptée par le Parlement allemand ou français dans le domaine du gender ou de l’écologie ne peut rivaliser avec les proclamations de plus en plus extrêmes adoptées, sur ces sujets comme d’autres, par les institutions européennes.

Ce qui permet à ces institutions européennes de s’engager toujours plus avant dans la voie de l’extrémisme idéologique, est qu’elles échappent à la sanction démocratique. Certes, on les habille de mots et de verbe ; d’un logos légitimiste visant à faire accroire que les institutions européennes, certes imparfaites, sont de plus en plus démocratiques, en attente de le devenir complètement.

L’Union européenne n’est pas une démocratie

Rien n’est moins vrai ; l’UE n’est pas une démocratie, ne l’a jamais été et ne le sera jamais.

Quel est le pourcentage de citoyens européens qui est capable de nommer ne serait-ce qu’un seul de « ses » parlementaires européens, ne serait-ce qu’un seul de « ses » commissaires européens, ne serait-ce qu’un seul juge de la Cour de justice de l’UE ?

Les Américains se « sentent » et disent Américains avant d’être du Wyoming ou de l’Arkansas ; les Italiens, Espagnols, les Suédois, les Polonais, les Slovènes s’identifient à leur pays avant d’être Européens — au sens générique, non celui de l’UE.

Par des motifs historiques, les Allemands jouent le jeu de l’UE. Tandis qu’ils ont relativement bien géré la première partie de la récente pandémie, ils ont résolu de s’en remettre à l’UE pour la gestion des vaccins.

Il y a une logique dans cette démarche : pour négocier avec « Big Pharma », on est plus fort ensemble et puis, n’est-ce pas l’occasion de prouver à la face des Européens que cette UE qu’ils n’aiment pas est utile ?

Las ! Non contente d’être inutile et coûteuse, dans cette affaire l’UE s’est montrée horriblement, comiquement, tragiquement, inefficace.

Le triomphe vaccinal des Américains

Dans 500 ans, quand les historiens contempleront la période Covid, ils diront que l’opération « Warp Speed » montée par les Américains fut un triomphe de science et de logistique. Alors qu’il a fallu 5 ans pour concevoir un vaccin contre Ebola — précédent record mondial ! — il n’aura pas fallu un an pour que des vaccins contre le Covid soient mis au point, en Occident essentiellement sous la pression et le financement des contribuables américains.

Rapidement, le gouvernement américain a compris que le défi était également logistique : c’est beau de concevoir des vaccins, encore faut-il les produire en vastes quantités, puis les distribuer.

Ce sont des usines entières qui furent bâties en l’espace de quelques semaines aux fins de la production des vaccins (pas encore conçus à l’époque !), dans un effort dont le souffle et l’ampleur ne sont pas sans évoquer l’effort industriel américain de 1941.

Quand il s’est agi de distribuer les vaccins, le gouvernement américain fit appel au meilleur outil à sa disposition : l’armée des États-Unis. Au final, le programme américain de vaccination massive fut réalisé dans des délais inouïs, qui viennent encore d’être réduits de deux mois.

Par comparaison avec les États-Unis et l’Asie, l’échec de l’UE est total. Alors qu’en Europe, le challenge n’était plus que produire et distribuer les vaccins, l’UE échoua lamentablement sur ces deux chapitres, à telle enseigne que le programme européen de vaccination est dix fois en retard sur Israël, trois fois sur les États-Unis.

Il n’est pas jusqu’au Royaume-Uni qui, dans le premier test grandeur nature depuis le Brexit, ne fait quatre fois mieux que l’Union européenne en termes de vaccination.

Selon les données actuelles, le retour à la normale, en Europe, se fera avec un an de retard sur l’Amérique et le Royaume-Uni. Cette petite année représente une multitude cruelle de déficits, de faillites et de désastres personnels. C’est, en termes relatifs, une régression économique massive qui attend l’UE, par comparaison avec le reste du monde.

La gestion des vaccins par l’UE est une métonymie de l’UE : une farce tragique aux mains d’idéologues aussi obtus qu’inefficaces. Les « élites » de l’UE sont faibles, lâches et pusillanimes, car elles savent ne représenter personne, et n’être en dernière analyse que le jouet de gouvernements jamais d’accord entre eux — mais qui jouissent de la légitimité démocratique.

La sagesse commanderait de réduire l’UE au marché commun. L’hybris idéologique qui anime les institutions européennes et leurs commanditaires idéologiques les précipitera dans la direction opposée, celle d’une radicalisation toujours plus grande, aux dépens des intérêts vitaux des Européens.

Jusqu’à la chute finale (Polybe).

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