Union européenne : la centralisation politique va condamner son économie

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Union européenne : la centralisation politique va condamner son économie

Publié le 10 septembre 2020
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Par Antonis Giannakopoulos.
Un article de Mises.org

Dans le sillage des fermetures économiques désastreuses liées au covid-19, la classe politique a désespérément tenté de sauver le système de l’euro en faillite. Le 21 juillet, les dirigeants européens se sont mis d’accord sur ce qu’ils ont nommé un accord historique. Il ne s’agissait rien de plus qu’un plan de relance de plusieurs billions d’euros.

Toutefois, il est plus probable que le fonds de relance retarde toute chance de voir se réaliser une restructuration économique bien nécessaire. Ce qu’il va faire, c’est gaspiller des ressources et des capitaux rares tout en préparant l’Europe à une nouvelle crise financière et de la dette. Plus important encore est la voie dangereuse vers la centralisation politique que l’UE emprunte en raison de la crise.

Le Parlement européen est largement dominé par les partisans de la centralisation et peu d’individus y défendent les principes de la décentralisation et de la liberté économique exacerbés par la crainte du pouvoir croissant de Bruxelles.

Le projet social-démocrate de l’Union européenne a-t-il finalement triomphé ?

La vision libérale classique

Avant même la signature du traité de Rome en 1957, qui a créé l’institution centrale devenue plus tard l’Union européenne, il y a eu des tensions entre les deux voies qu’une union européenne devrait emprunter. Celle-ci est apparue entre la vision libérale classique et la vision sociale-démocrate. La vision libérale se concentre principalement sur la défense de la liberté individuelle et le respect des droits de propriété tout en promouvant une zone européenne de libre-échange avec un marché libre robuste.

Le traité de Rome a été une grande victoire pour les libéraux, car il a été construit sur deux principes fondamentaux : la liberté de circulation et la libre circulation des biens, des services et des capitaux financiers. En bref, le traité visait à restaurer les droits et les valeurs qui avaient été perdus au début du XXe siècle avec la domination du nationalisme et du socialisme sur le continent européen.

Les libéraux ont également eu tendance à mettre l’accent sur la décentralisation, car de nombreux éléments prouvent qu’elle n’a pas été un obstacle au progrès économique en Europe. L’Italie, l’Allemagne et la Suisse (jusqu’à ce jour) ont connu de grands progrès : la concurrence entre les différents royaumes a conduit à plus de liberté, ouvrant la voie à la création et à l’essor de la classe marchande, bancaire et moyenne urbaine. Sans cela, la révolution industrielle, qui a également eu lieu à une époque de décentralisation et de libre-échange, n’aurait pas été possible.

Dans une Europe moderne « unie », la concurrence est cruciale si l’on veut que la vision libérale classique l’emporte. Si la concurrence monétaire existait, les différentes autorités monétaires seraient obligées de se faire concurrence, tandis que la concurrence fiscale permettrait aux gens de voter « avec leurs pieds » en quittant les pays les plus imposés.

Mais ce n’est pas une vision populaire au sein de la Commission européenne actuelle.

Le projet social-démocrate européen

Contrairement à la vision libérale classique, les sociaux-démocrates considèrent l’Europe comme un empire protectionniste et interventionniste. Le précurseur de cette vision était Napoléon. La différence essentielle entre vision napoléonienne et l’UE est que la centralisation du pouvoir ne se fait pas par des moyens militaires, mais par la législation et le processus politique.

La Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Parlement européen ont été très efficaces dans cette tâche. Au fur et à mesure que les liens économiques entre les pays se sont développés, les politiciens europhiles ont réussi à créer un système paneuropéen de redistribution sociale.

Les pays pauvres du sud de l’Europe n’ont pas été en mesure de faire face à la réglementation croissante, mais les subventions et les transferts de richesse des pays riches du nord ont aidé les membres du sud à s’adapter aux nouvelles règles de l’UE tout en rendant les membres plus pauvres dépendants des subventions de l’UE.

L’euro est un projet politique

En outre, les transferts de richesse de l’UE, combinés à la monnaie unique, ont permis à des pays plus pauvres comme la Grèce, l’Espagne et l’Italie d’augmenter leurs dépenses et leur dette publiques tout en prenant peu de mesures pour renforcer leur secteur privé. En d’autres termes, la centralisation tant monétaire que budgétaire a permis aux membres les plus pauvres du Sud de suivre des politiques économiques et monétaires insoutenables.

Ces tendances étaient déjà en place avant la crise financière de 2008-2009. Puis sont venus les plans de sauvetage de l’époque de la Grande Récession et maintenant la crise du covid-19.

Les sauvetages effectués lors de la crise de la dette de 2009 n’ont pas seulement eu un coût économique, mais aussi un coût politique : les États-nations ont renoncé à contrôler les questions internes et suivent de plus en plus les instructions et les ordres de Bruxelles sur la manière de gérer leur pays, avec de graves conséquences s’ils ne s’y conforment pas.

Ron Paul avait raison lorsqu’il a déclaré que la corruption et l’ambition politique des politiciens et des banquiers europhiles ont fait de l’UE « un gouvernement bruxellois non élu et tyrannique, où ceux qui ont leurs entrées sont bien rémunérés et préservés du vote des simples citoyens ».

Revenir aux principes du libéralisme

L’Europe a plus que jamais besoin des principes qui ont fait son succès : la décentralisation, le libre-échange et des marchés sains. Le Brexit peut être le point de départ. Nous avons besoin d’une Europe faite de Suisses et de Liechtensteins  plutôt que des États-Unis d’Europe.

Un pas dans la bonne direction serait une réforme vers une pure zone de libre-échange entre États souverains au lieu d’une union politique. La monnaie commune devrait être abolie ; un système de concurrence monétaire serait préférable, comme le suggère F.A. Hayek.

L’union a créé une énorme division entre les pays du Nord et du Sud, les citoyens devenant très méfiants et hostiles les uns envers les autres. Les Allemands, par exemple, considèrent les Européens du Sud comme paresseux et improductifs, tandis que les Européens du Sud considèrent les Allemands comme les véritables dirigeants de leur pays. Des divisions similaires existent depuis le début du XXe siècle, mais le système de centralisation de l’UE les a aggravées. C’est exactement le contraire de ce que les créateurs de l’UE avaient promis.

Aujourd’hui, le projet européen est peut-être en train d’échouer, et deux options sont possibles pour l’avenir. Soit les citoyens européens reconnaissent les conséquences désastreuses d’un plan de redistribution des richesses à l’échelle européenne et refusent de se plier aux prochains plans de sauvetage, transferts de richesses et efforts de centralisation politique, soit nous nous dirigeons vers une succession de crises bancaires et de dettes qui conduiront à une forte inflation et à une centralisation politique avec des problèmes encore plus importants à l’avenir.

Traduction Contrepoints

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  • Si « le traité de Rome a été une grande victoire pour les libéraux », il ne faut pas oublier que la CECA avait auparavant posé les bases d’une instance supranationale qui est devenue plus tard la Commission Européenne, non élue et bureaucratique.
    « Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une autorité commune […]. La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de base commune de développement économique, première étape de la Fédération Européenne. » (R. Schuman)
    Aux institutions de la CECA, il ne manquait rien des attributs d’un État souverain : une « Haute Autorité » supranationale qui tient lieu en quelque sorte de gouvernement, un Parlement composé des délégués des Etats, un Sénat, sous la forme d’un comité consultatif, et surtout une Cour de justice dont la jurisprudence est censée primer sur les lois nationales votées.
    Le tout sous la supervision du Département d’Etat…

  • je parie sur  » les problèmes plus importants à l’avenir  » ; en tout cas pour les pays socialistes et laxiste dont la France fait bel et bien parti ;

  • Dans le « nouveau monde » façon 1984, les mots désignent le contraire de ce qu’ils signifient. Le mot « libéralisme » est ainsi la victime de cette imposture lexicale.

  • pour ma part, l’idée de « concurrence monétaire » est absurde. Je pense que c un des points contradictoire de la pensée de Hayek avec l’idée d’ordre spontané. L’ordre spontané conduit naturellement à une unique monnaie de part sa fonction (faciliter et maximiser les échanges marchands). Aussi un système concurrentiel ne peut être que transitoire mais au final, la logique de l’ordre spontané devrait conduire à l’unicité de la monnaie

    • Concernant l’idée de la concurrence des monnaies, je pense au contraire que l’on s’écarte de plus en plus des monnaies fiat centralisées, la valeur de ces dernières tendant historiquement vers 0 (voir moins). Je pense qu’on tends au contraire vers des monnaies toujours plus locale, éventuellement convertible dans une sorte d’étalon universel, mais cet étalon ne saurait alors en aucun cas être une monnaie fiat, puisqu’elle ne serait pas acceptée et acceptable par de très nombreuses populations (en particulier Inde et au Pakistan).

      Ensuite, tout système a pour vocation à évoluer…et la concurrence est le moteur même de cette évolution. La concurrence ne constitue donc pas un état transitoire mais l’état normal du système. Le jour où cette concurrence disparait, le système finit par mourrir.

    • Rien de tel que la concurrence monétaire. Elle permet d’éviter les abus de la puissance de l’état, entre autres distribuer des richesses qui ne sont pas encore créées, ce qui est un non-sens démocratique.

  • Actuellement les états européens n’ont aucun pouvoir, les lobbies décident.

  • Sauf qu’à partir du moment où des fonctionnaires ignorants s’occupent de régenter cela tourne inévitablement à la catastrophe! On le constate tous les jours avec l’administration Bruxelloise.

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