Couvre-feu et confinement ne sont qu’un appoint, vaccinons pour en finir

COVID immunization by Province of British Columbia(CC BY-NC-ND 2.0) — Province of British Columbia, CC-BY

Tout doit être fait pour éviter le confinement autoritaire sous quelque forme que ce soit, et nous disposons de deux solutions complémentaires. OPINION.

Par Jean-Paul Laplace.

Le lundi 1er mars, la presse a fait écho aux propos du président de la République, incitant des jeunes gens à « tenir encore 4 à 6 semaines », et à supporter encore le couvre-feu dès 18 heures.

On ne peut que saluer ce propos qui, en proposant un horizon, vient soutenir l’espoir du retour à une vie libre de sa spontanéité sociale et affective.

Mais on s’interroge aussitôt. S’agit-il d’un propos rassurant, d’une simple espérance, ou d’un raisonnement fondé ? Voilà qui incite à évaluer les solutions disponibles face à la situation actuelle sur le territoire national.

Une situation à haut risque

De fait l’épidémie ne faiblit pas vraiment en France où l’on enregistre en moyenne quelques 21 000 cas positifs et 300 décès quotidiens. Après l’embellie de l’espoir porté par les vaccins, l’irrésistible expansion des divers variants fait redouter une mise en défaut de la protection vaccinale.

Les hôpitaux avaient retrouvé une configuration presque normale et repris le cours des hospitalisations ordinaires ou programmées. Les voici à nouveau confrontés à un afflux important de patients, au bord de la saturation, avec des personnels déjà usés par les mois écoulés, et contraints à déprogrammer les interventions non urgentes.

N’imaginons pas que le Ségur de la Santé ait résolu les problèmes graves de l’institution hospitalière. Quelques pansements sur les plaies, mais aucune réforme de fond qui au demeurant ne pourrait porter ses fruits qu’à moyen terme.

Le virus est partout à un niveau qu’il convient de contenir.

La situation peut à tout moment déraper, les exemples récents de Nice ou de Dunkerque, ou encore celui de la Moselle, sont là pour le rappeler. La France a connu il y a peu (le 24 février 2021) un pic journalier à 31 519 cas confirmés de contamination, chiffre que nous n’avions pas connu depuis mi novembre 2020.

Ce sont aujourd’hui vingt départements qui sont en alerte renforcée. L’Île-de-France qui représente une population considérable est dans une situation alarmante. L’accroissement de l’incidence y est le double de la moyenne nationale, soit + 16,6 % le 26 février et les entrées en réanimation sont en augmentation continue.

Légèreté et maladresses

Jouant comme à son habitude les Père Fouettard, le Premier ministre répète le 2 mars, évoquant les départements dits sous tension, que « les semaines qui arrivent vont être difficiles ». Mais, à son tour, il assure quand même que « l’horizon va s’éclaircir ».

Bien sûr on s’efforce de casser les chaînes épidémiques, de disperser les rassemblements festifs clandestins et de calmer sa majesté Carnaval. On incite avec insistance au télétravail. On interdit la vente d’alcool qui favorise les regroupements conviviaux autour des points de vente et incite au relâchement de l’attention.

Malencontreusement décrié par des acteurs publics voici un an, on redécouvre les vertus du port du masque. Ainsi le Préfet des Yvelines décide-t-il par arrêté (2 mars 2021) de l’obligation du port du masque dans l’ensemble du département. Enfin ! serions-nous tentés de dire, s’agissant d’une mesure simple et d’une efficacité certaine.

Il y a bien longtemps en effet que le port systématique du masque en tout temps et en tout lieu a été rendu obligatoire, par exemple sur l’ensemble du territoire de la Communauté urbaine de Lyon. Et l’on découvre avec incrédulité que dans des villes comme Dunkerque et Nice où l’épidémie a flambé récemment, le port du masque n’était pas obligatoire !

Qui, du maire ou du préfet, a tant tardé à l’imposer ? Peu importe ; mais cette carence fautive n’a pas empêché plusieurs maires de pleurnicher devant les caméras compatissantes pour réclamer davantage de vaccins pour leur ville. Comme si le fait d’avoir manqué de rigueur autorisait des manquements aux règles d’une répartition équitable.

La fausse bonne idée

Quoi qu’il en soit, il était un peu tard pour intervenir, à Dunkerque ou à Nice, et ne restait pour soulager les hôpitaux que la mesure primitive de la restriction de liberté pour limiter les contacts. Le couvre-feu a donc été privilégié. Mais au-delà du classique 18 heures à 6 heures, déjà contesté avec l’allongement de la période diurne, on a innové en inventant le couvre-feu du week-end.

Un coup de génie ! On essaie d’enfermer les gens justement les deux jours où, en principe libérés des contraintes de la semaine, ils espèrent s’aérer, voir autre chose que quatre murs, forts de cette certitude (établie) selon laquelle les contaminations surviennent très majoritairement en intérieur mais très peu en plein air.  L’incompréhension, déjà grande, gagne encore dans l’esprit des Français.

Néanmoins, rusés comme à leur habitude, en région PACA, les Français ont massivement quitté les communes littorales soumises à ce couvre-feu d’un nouveau genre, pour filer vers l’arrière pays et ses stations de ski. Ainsi avons-nous assisté à de gigantesques embouteillages de véhicules offrant aux caméras de télévision l’image de la promiscuité de leurs occupants… Le contraire du but recherché !

Nous saurons bientôt si un semblable dispositif sera étendu dès le 6 mars à d’autres départements, incitant à d’autres évasions ! On n’ose imaginer quel pourrait en être le résultat en Île-de-France, alors qu’on redoute déjà une vague différée consécutive au retour massif des vacances d’hiver de la zone C le 28 février.

L’espoir en deux solutions

En réalité tout doit être fait pour éviter le confinement autoritaire sous quelque forme que ce soit, et nous disposons de deux solutions complémentaires.

La première procède de nos comportements individuels, de notre vigilance à respecter les gestes barrière simples, peu onéreux, et efficaces, même face aux variants : distanciation, port du masque, hygiène et gestes adaptés.

Ces comportements individuels sont une arme essentielle au bénéfice de la collectivité. Et je suis heureux de constater que le ministre en charge de la Santé le dise enfin : « Le comportement de chacun au quotidien est important ».

La seconde solution qui nous est offerte est celle de la vaccination. La chance qu’elle représente est encore sous-estimée, eu égard à sa grande efficacité potentielle. Son déploiement est hélas beaucoup trop lent. Elle montrera toute sa puissance à la condition d’être rapide et massive, et de surmonter quelques écueils.

Le bénéfice attendu ne doit pas être anéanti dans les marécages d’une administration défaillante ou frileuse, empêtrée dans ses procédures et ses instructions interminables. Là réside le plus grand risque d’échec.

Les réticences exprimées devant tel ou tel vaccin, motivées par des peurs ou des incompréhensions, sont navrantes. Alors que la vaccination a été étendue depuis le 6 février 2021 à l’ensemble des professionnels de santé, seulement 25 % des 600 000 doses d’AstraZeneca destinées aux soignants auraient été utilisées en un mois. Beaucoup de Français auraient aimé pouvoir profiter de ce stock dormant.

Enfin il est choquant qu’aussi peu de soignants soient à ce jour vaccinés. En Île-de- France, au 26 février 2021, seulement 34 % du personnel médical de l’APHP aurait reçu une première injection et entre 16 et 17 % des autres personnels.

Dans le même temps, Santé publique France dénombrait 44 401 cas de Covid nosocomiale dont plus de la moitié concerne des patients (26 839) et 186 décès au 14 février 2021. Cela est grave.

Le vaccin mieux que le couvre-feu

En définitive, le confinement complet généralisé nous est interdit de fait, et en brandir la menace serait très maladroit. Les confinements limités sous forme de couvre-feu peuvent au mieux permettre de limiter la surcharge des hôpitaux, ce qui est probablement le but recherché. Mais en aucun cas le couvre-feu, de plus en plus mal toléré, ne constituera la solution susceptible de nous conduire au bout du tunnel.

Seule la vaccination nous montre la sortie de crise, mais elle va devoir changer de rythme, et vite. L’espoir d’une issue perceptible dans quatre à six semaines, indiqué par le chef de l’État et repris depuis par la communication du gouvernement, repose à l’évidence sur un calcul raisonné, fondé sur la mise en œuvre rapide et massive des vaccins dont la livraison est acquise ou programmée. Il faut pour cela que l’intendance suive…

Nous avons tous envie d’y croire.

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