Après le Brexit, le libre-échange renaît au Royaume-Uni

Brexit by Duncan Hull(CC BY 2.0)

Jusqu’à présent, la Grande-Bretagne a signé 63 nouveaux traités commerciaux, y compris avec l’Union européenne.

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« Libre et dans le monde » était la Une du Spectator du 23 juin 2016, le jour du référendum du Brexit. La couverture montrait la Grande-Bretagne comme un papillon brillant sortant d’une petite boite à l’effigie de l’Union européenne.

Je mentionne cette Une pour deux raisons.

Première raison

D’abord parce que si j’étais Américain, j’aurais pu facilement avoir eu l’impression que le Brexit était la version britannique du trumpisme – fait de nostalgie, de nataliste et de protectionnisme. Ce point de vue, propagé tant par les opposants que par les supporters de Trump, trouve une expression quasi hystérique dans les pages du New York Times, qui publie régulièrement des articles montrant à quel point la Grande-Bretagne est devenue un enfer raciste.

En fait, tous les libertariens que je connais, à une excentricité près, ont voté pour quitter l’Union européenne. Il y a longtemps que nous l’avons démasqué comme étant un racket dirigiste, corporatiste et autoritaire.

La condition pour que le Royaume-Uni intègre le marché européen était que nous abandonnions le libre échange avec les pays les plus distants – notamment ceux du Commonwealth, comme le Canada et la Jamaïque, qui avaient un accès illimité à nos marchés. Pendant les années 1970, nous avons été obligés d’appliquer les tarifs douaniers communs par étapes et, avec ça, les différentes barrières non douanières conçues pour soutenir les industries continentales liées aux politiciens.

La conséquence du départ de l’Union européenne est qu’il nous est désormais possible de commercer librement avec tous les continents, y compris naturellement avec l’Europe.

Deuxième raison

Elle nous ramène au dessin du papillon. Au moment où j’écris ces lignes, la Grande-Bretagne a signé une série impressionnante de 63 nouveaux accords commerciaux, dont un avec l’Union européenne.

Ce n’était pas dans le script des anti-Brexit. Ceux qui ont mené campagne pour rester dans l’Union pensaient que la Grande-Bretagne serait plus faible et plus introvertie en dehors. Le Premier ministre conservateur Boris Johnson, alors maire de Londres a passé toute la campagne du référendum à évoquer une Grande-Bretagne insulaire et flamboyante. Mais le camp adverse ne l’a jamais cru, convaincu que la seule raison possible de voter la sortie était l’hostilité à l’immigration.

Boris pensait bien ce qu’il a dit. L’année dernière, au musée maritime de Greenwich, il a fait le discours sur le marché libre le plus engagé que j’aie jamais entendu de la part d’un responsable politique. Il voyait le Brexit comme une chance pour le pays, ayant offert au monde Adam Smith et David Ricardo, de retrouver sa vocation mondiale :

L’humanité a besoin d’un gouvernement quelque part qui est au minimum prêt à défendre ouvertement la liberté d’échanger, un pays prêt à enlever ses lunettes de Clark Kent et à sauter dans une cabine téléphonique pour en sortir la cape au vent, tel un champion infatigable du droit des populations de la terre à acheter et à vendre librement.

Quatre semaines après ce discours, le monde s’est confiné pour se protéger du coronavirus. Assez bizarrement, les horreurs prédites par les partisans de l’Union européenne se réalisèrent alors, mais pas pour la raison qu’ils attendaient. La Grande-Bretagne a en effet souffert d’une récession, d’une augmentation du chômage et d’une fermeture des frontières.

Bien que les confinements aient asphyxié l’activité économique et provoqué l’effondrement des échanges commerciaux, il y a toutes les raisons d’être optimiste sur le Brexit.

L’accord passé avec l’Union européenne lui donne ce quelle a toujours voulu – et ce que les opposants ont d’ailleurs toujours considéré comme impossible – c’est-à-dire le libre échange sans l’union politique. Plutôt que d’accepter les règles de l’Union européenne en échange d’un accès préférentiel à son marché, comme le voulait l’ancienne Première ministre conservatrice Theresa May, Johnson a insisté sur une autonomie réglementaire totale.

Cela implique en effet que certaines industries du service feront face à de nouvelles barrières lorsqu’ils vendront à l’Union européenne, mais leurs yeux sont déjà tournés vers des horizons plus lointains. Dans tous les cas, les libre-échangistes comprennent que les barrières font toujours plus de tort au pays (ou à l’union douanière) qui les impose. Il y a une vue mercantiliste, presque pré-moderne, dans la décision de l’Union d’ouvrir ses marchés comme une faveur à des alliés sélectionnés, plutôt que de voir cela comme une stratégie de croissance.

Certains des 62 autres traités commerciaux, confirment les accords existants avec la promesse d’aller bien plus loin lorsque le calendrier le permettra. D’autres comme celui avec le Japon, sont déjà plus aboutis que ce qu’offrait l’UE. Quelques-uns, notamment avec l’Australie et la Nouvelle Zélande, sont nouveaux étant donné que Bruxelles n’avait pas de traités avec ces pays.

La Grande-Bretagne demande également à rejoindre le Partenariat Trans-Pacific – ou CPTPP – Traité que les États-Unis pourraient réintégrer. Certes, le Royaume Uni n’est pas un pays du Pacifique (sauf techniquement grâce à sa souveraineté sur les Iles Pitcairn), mais nous avons des liens exceptionnellement étroits avec nombre de membres existants, tels que l’Australie, Singapour et le Canada. Au même moment, le Royaume Uni négocie avec l’Inde, l’union douanière du Mercosur ainsi que les monarchies du Golfe.

Cependant, les pourparlers les plus importants sont avec les États-Unis, notre partenaire principal et notre plus grand investisseur. Un accord commercial de l’Atlantique-Nord aurait pu se conclure il y a des décennies sans le protectionnisme de l’Union européenne, en particulier dans l’agriculture.

Les électeurs sont rarement enthousiastes pour le libre-échange en particulier pendant cette période, alors que leur psychologie a été affectée par l’épidémie, les rendant plus prudents et repliés sur eux-mêmes. Mais pour les années à venir, la reprise économique sera l’objectif politique suprême. Un accord commercial ambitieux entre la Royaume-Uni et les États-Unis est le moyen le plus évident.

Traduction Contrepoints.

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