Covid-19 : le pire déficit budgétaire de l’histoire sûrement creusé en vain

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Une leçon ancienne de l’économiste David Ricardo sur les dépenses publiques d’aujourd’hui.

Par Frédéric Mas.

Le déficit de l’État a pratiquement doublé en 2020, passant de 93 milliards à 178,2 milliards d’euros. Pour faire face à l’épidémie, l’État a engagé 44,1 milliards de dépenses supplémentaires, dont 41,8 milliards de dépenses d’urgence, selon des chiffres de Bercy.

Comme l’a affirmé Bruno Le Maire lors d’une audition devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, cet engagement de l’État se traduit par « le déficit budgétaire le plus élevé de notre histoire contemporaine ». Ce sont 30 milliards de plus qu’au moment de la crise financière de 2009.

Il est assez probable que les dépenses publiques engagées aujourd’hui pour relancer la machine économique n’aient pas les effets de relance attendus du gouvernement, du moins si l’on suit l’enseignement ancien d’un des pères de l’économie, David Ricardo. Pour le célèbre économiste classique du XIXe siècle, les consommateurs ont tendance à internaliser dans leurs calculs la dette publique, ce qui les fait préférer l’épargne à la dépense espérée par les pouvoirs publics.

Dans un Essay on the Funding system publié en 1820, Ricardo se demande s’il existe une grande différence entre financer une guerre à 20 millions de livres sterling par l’impôt ou par l’émission d’obligations d’État à échéance infinie avec des intérêts de plusieurs millions par an. Au taux d’intérêt supposé de 5 %, Ricardo a conclu qu’en termes de dépenses, les deux alternatives avaient la même valeur.

En d’autres termes, peu importe que l’État se finance par la dette ou par l’impôt, l’effet sur la demande totale dans la sphère économique est la même.

Le retour de la réflexion ricardienne dans l’économie contemporaine

Dans un article de 1974 paru dans le Journal of Political Economy, l’économiste Robert Barro a remis au goût du jour ce qu’en économie on nomme le « principe d’équivalence ricardienne ».

Il le définira quelques années plus tard comme il suit :

« … les transferts entre le financement par la dette et le financement par l’impôt pour un montant donné de dépenses publiques n’auraient pas d’effet de premier ordre sur le taux d’intérêt réel, le volume des investissements privés, etc. »

Le propos de Barro, qui intègre les anticipations rationnelles des agents économiques dans leurs calculs d’utilité, a fait date dans le domaine de la macro-économie néoclassique. Et a émis de sérieux doutes quant aux politiques publiques d’inspiration keynésienne visant à gonfler artificiellement la demande par la dette et l’impôt, comme le fait aujourd’hui le gouvernement français.

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