Deuil : ce confinement qui vous prive de votre humanité

Comment, lors d'un deuil, le confinement transforme-t-il l'être humain que nous pensions être ? Voici un témoignage comme tant d'autres.
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Deuil : ce confinement qui vous prive de votre humanité

Publié le 13 avril 2020
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Par Séverine Berthier.

À en entendre certains, le confinement permettrait de retrouver une vie sereine, de redécouvrir les joies simples d’être en famille, de jouer avec ses enfants, de repenser son style de vie, voire décider que dorénavant on prendra son temps… Bref : une bonne partie des gens vivent « bien » leur confinement, lui trouvant des vertus auxquelles ils n’avaient visiblement jamais pensé auparavant.

Pourtant c’est oublier que le confinement est une privation de liberté, de la plus élémentaires des libertés : circuler. Si certains s’accommodent très bien d’aller faire quelques courses au coin de la rue et de rentrer chez eux élaborer une nouvelle philosophie de vie, d’autres, en revanche, subissent cette situation, d’autant plus en silence que personne n’en parle.

Les familles frappées par un deuil sont plus durement touchées que les autres par l’interdiction d’aller et venir en toute liberté.

Ce sera d’abord l’interdiction de visiter un proche à l’hôpital, Covid ou pas. Sauf autorisation exceptionnelle, il n’est pas possible de se rendre auprès d’une personne hospitalisée. Les malades sont seuls à l’hôpital. Les proches se sentent impuissants et éloignés contre leur gré.

Si l’autorisation est acceptée, il faudra se munir d’un équipement minimal : le risque d’être contaminé par le Covid, dans n’importe quel service hospitalier, est plus grand encore. Or les soignants n’ont déjà pour eux qu’une protection minimaliste, pour ne pas dire dérisoire : masques chirurgicaux (et non FFP2) dans la majorité des cas, sacs-poubelles en guise de blouses, avec des trous pour les bras et la tête. Alouette. Le système est tellement plumé que le dilemme se pose : est-ce que pour voir un proche je démunis un soignant de son vêtement de protection ?

Au moment du décès, en cas de suspicion de Covid (autant dire qu’en ce moment la suspicion est assez générale), le défunt est mis dans une housse, et la mise en bière se fait dans les 24 heures. Pas de proches, pas de famille lointaine venue dire au revoir.

Les pompes funèbres n’ont l’autorisation que de faire glisser la fermeture éclair sur 15 cm maximum. Ni fleurs ni couronne, évidemment : il n’y en a plus, les commerces ont fermé. Ce sera un au revoir dans le dénuement. Pas de cérémonie, ni religieuse, ni laïque : interdit.

Si le proche souhaitait une crémation, il y sera emmené sans la famille, priée de rester aux grilles des crematoriums dans les grandes villes. On n’entre plus. Le cercueil s’en va tout seul à la crémation. Enfin « tout seul »… pas exactement : le nombre d’incinérations a tellement augmenté (certaines pompes funèbres sont passées de 5 demandes par semaine à plus de 20) qu’on rend les cendres à la famille seulement au bout de quelques semaines.

C’est ça, la réalité du confinement : la famille n’accompagne plus le défunt, elle est laissée seule à la grille d’entrée, et réduite au strict minimum. Mise à l’écart, évincée.

Les enterrements sont un peu moins strictement encadrés. En plein air, il y a une possibilité d’être plus nombreux. Mais qui viendra, avec cette interdiction de sortir ? « Restez chez vous » !

Vous serez seuls. Vous n’aurez pas le soutien de ceux qui vous aiment et que vous aimez.

Le confinement, la décision d’interdire la circulation, parce qu’il n’y a pas de masques pour tout le monde, c’est cela : on enlève aux familles la possibilité de se réunir, d’être soutenues. Le veuf, ou la veuve : qu’ils se débrouillent seuls. Il n’y a pas de case à cocher dans l’autorisation de circuler, pour le soutien lors d’un décès. C’est ça, la réalité du confinement. Vos amis ne peuvent pas venir vous soutenir.

Ne pas pouvoir rendre hommage aux morts, être privés de ce rituel, c’est cela, qu’on nous enlève aussi. On enterre en catimini, on incinère comme des voleurs. Dire au revoir à ceux qu’on a aimés fait partie de ce qui nous rend humains. Le confinement ne nous a pas seulement enlevé notre liberté de circuler. Il nous enlève aussi une partie de notre humanité. C’est d’une violence extrême.

« J’ai conscience des efforts et des sacrifices qui vous sont demandés », avait dit Édouard Philippe. En théorie, peut-être. Mais dans la pratique ?

Voilà ce que j’avais envie de dire à tous ceux qui nous donnent des leçons sur le « monde d’après », sur les bienfaits de ce confinement, qu’on devrait appeler plutôt « isolement », à tous ces théoriciens d’un nouveau monde. Le confinement détruit intérieurement bien plus qu’il n’apporte de bienfaits. Tout ce que certains redécouvrent à la faveur du confinement, ils auraient le loisir de le mettre en œuvre à longueur d’année, avec un peu de bonne volonté.

Mais voir partir une mère, ou un père, cela n’arrive qu’une fois dans une vie.

L’interdiction de circuler, et le confinement m’ont privée de rendre un dernier hommage à ma mère. Je ne suis pas la seule dans ce cas. Mais ces privations insidieuses au départ, deviennent plus nombreuses et sont inquiétantes parce qu’elles font de nous une personne que nous ne voulons pas être.

La société que l’État dessine à coups de décrets et d’interdictions ne conviendra qu’à ceux qui voient un bienfait dans ce confinement, qui se satisferont des libertés qu’on leur laisse, et mieux, qui trouveront encore qu’ils doivent remercier leur geôlier.

 

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  • Qui nous dit que ce sont les bonnes cendres qu’on nous remet?

  • « La société que l’État dessine à coups de décrets et d’interdictions ne conviendra qu’à ceux qui voient un bienfait dans ce confinement, qui se satisferont des libertés qu’on leur laisse, et mieux, qui trouveront encore qu’ils doivent remercier leur geôlier. »

    Je partage pleinement votre conclusion et j’ajouterai que certains ont plaisir à se soumettre à la tyrannie, c’est curieux mais c’est ainsi…

    Que votre mère repose en paix, toute ma compassion pour ces moments difficiles.

    Ne jamais perdre de vue que derrière tous ces chiffres et ses analyses contextuelles qui nous sont communiqués, se cachent des vies perdues et des familles endeuillées.

  • Condoléances. Un de mes proches est gravement atteint (par autre chose que le covid-19) et je redoute sa disparition prochaine. C’est quelqu’un de très attachant et j’aimerais pouvoir aller accompagner ses enfants. Rien ne remplace la présence physique pour exprimer son soutien.

  • j’ai eu  » la chance  » de perdre ma mère avant le confinement , de pouvoir déposer un dernier baiser sur son front glacé , de l’accompagner à sa dernière demeure ; je vous soutiens du fond du cœur face à ce deuil ;

  • Etant donné les circonstances, par cet article, vous avez rendu le plus bel hommage possible à votre mère, bien plus grand que toutes les fleurs que vous n’avez pas pu apporter.
    Le temps d’une lecture, nous serons nombreux à avoir une pensée émue pour tous ceux qui partent seuls et pour leurs familles.
    Sincères condoléances

  • Mes sincères condoléances.
    Je n’ose imaginer la frustration voir la colère de ne pas pouvoir accompagner et dire adieu à un parent.

  • Qu’est-ce que la vie finalement? Qu’est-ce qui vaut la peine qu’elle soit vécue?
    Je pense qu’à travers leurs diktats guidés lar des intentions perverses, nos dirigeants nous font partager, de force, leur conception très matérialiste de l’existence humaine.

  • Merci Séverine de nous rappeler qu’accompagner un mort est un acte profondément humain…

  • Amusant, on ne parle que du Couillonavirus sur Contrepoint. Mais, pas du tout d’économie, un comble pour un site comme celui-ci. Les 300 milliards de garanties d’état aux entreprises poseraient-elles un problème déontologique ? Allez un petit de dette en plus que devrons payer les blaireaux de contribuables pour aider les entreprises, de mon avis on devrais les laisser crever ( les entreprises, bien sûr). Qu’en dirait Frédéric Bastiat ? L’histoire de la Fed et du trésors public des US, les aides d’état à Boeing qui en redemande qu’en pensez-vous, allez, allez, une explication, please. J’aimerais bien une petite analyse d’un « Expert » sur ce qui se passe actuellement au niveau mondial ! Suis-je hors sujet. S’il vous plaît, pas l’éternel « il y a trop d’état », « privatisons les retraites et la santé », « l’état décide mais ne devrait pas » etc… etc… Le leitmotif permanent de Contrepoint. Bon c’est pas grave les fainéants devrons travailler 60h par semaine dixit chef Medef, pas de congés, Arbeit macht frei ! Diminution des retraites de moitié comme en Grèce, pourquoi pas, çà me plaît un peu d’austérité, faut rembourser les créditeurs, hein. Je crois que l’on va pleurer dans les chaumières, tout va passer au privé comme en Grèce, çà plairait à Bastiat, plus du tout d’état sauf pour la répression. Aller, vous prendrez bien un petit vaccin Bill Gate pour la route !

    • Vous réclamez une analyse d’expert, vous la trouverez ici : https://www.contrepoints.org/2020/04/14/369022-non-bruno-le-maire-la-dette-publique-nest-pas-un-choix-responsable
      Pas de chance, contrairement à vos préjugés sur les libéraux, cet expert dénonce l’endettement public, que devront payer les contribuables, pour aider les entreprises en difficulté.

    •  » Sois donc le crieur du devoir,
      0 notre funèbre oiseau noir ! « 

    • Yvo, ne vous apparait-il pas que votre commentaire au bas de cet article est tout est a fait deplacé mệme s’il contient des remarques plus que pertinentes? Vous auriez pu l’adjoindre à bien d’autres articles proposés sur Contrepoints pour ce qui relève de questions purement économiques et il y aurait été d’autant plus bienvenu. Ici, mệme si ce n’était pas votre intention, il semble refléter une absence totale de concern et d’humanité envers l’auteur(e)qui vient juste de perdre sa Maman dans un contexte extrệmement difficile. Pity that you missed the point!

  • Merci Séverine.
    Il y avait dans l’Albanie stalinienne, coupée du monde, bien des gens qui, (je reprends votre phrase) dans cette “société que l’État dessine à coups de décrets et d’interdictions ne conviendra qu’à ceux qui voient un bienfait dans ce confinement, qui se satisferont des libertés qu’on leur laisse, et mieux, qui trouveront encore qu’ils doivent remercier leur geôlier”.
    Vous avez pleinement raison, l’individu moyen se fait rapidement à sa cage. Mais…
    Oui Séverine, “voir partir une mère, ou un père, cela n’arrive qu’une fois dans une vie”.
    Et si ce régime national-marxiste a tenu plus de quatre décennies c’est précisément parce que les matons du régime avaient compris que le temps des funérailles devait rester privé, personnel, hors du politique. Les mots religieux revenaient alors, en privé, au moment des funérailles dans ce pays où, hormis ces moments, toute religion était interdite.
    Ils savaient, eux, user de la soupape de sécurité. L’encadrement socialiste de l’économie a par contre tué ce régime.
    Ici, aujourd’hui, à vouloir trop encadrer, priver les familles de ce rituel dont vous soulignez l’impérieuse nécessité, ils risquent gros.
    Et lorsque je lis que les “renseignements“ craignent une épidémie de violence à l’issue de ce confinement dont nous saurons (peut-être) ce soir combien de temps il va durer, je crains qu’ils n’aient raison.

  • Votre article est très émouvant et je compatis à votre tristesse.

  • Ne, pas pouvoir enterrer ses morts c’est le paroxysme de la bureaucratie. Un bureaucrate gère mais ne s’otorise pas à avoir des sentiments. Mais au dessus il y a ceux qui commandent. Ce sont les coupables de cet horreur même si ça change rien pour le mort. Mais ce ne sont pas les morts qui souffrent ce sont ceux qui restent…

  • merci de rappeler cette réalité dont on ne peut avoir réellement conscience que lorsqu’on la vit !
    condoléance et bon courage.

  • Les célébrations religieuses pour les obsèques demeurent et permettent à la famille proche d’accompagner le défunt et de le confier à Celui auquel ils croient

  • On a beau savoir qu’on perdra tous un jour nos parents, chacun d’entre nous reste fort démuni et vulnérable le jour où nous devons y faire face. En ces temps de coronavirus, cette épreuve et le sentiment de perte, d’inachevé, sont rendus plus pénibles encore par l’empệchement d’accompagner les derniers moments de vie de ceux que nous aimons et/ou la possibilité de leur rendre un dernier hommage, entourés de la présence réconfortante de la famille et des amis proches. Je ne peux que vous adresser mes sincères condoléances et ma compassion la plus profonde pour l’épreuve que vous traversez ,Séverine et vous adresser mes remerciements pour cet article empreint de pudeur et de sensibilité, dénonçant la cruelle réalité à laquelle nous sommes soumis, vous qui venez de perdre la femme qui fut la plus importante de votre vie. Puisse t-elle reposer en paix désormais, loin de toute souffrance et de la mesquinerie qui règnent sur notre monde.

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