Convention climat : le rétropédalage réaliste d’Emmanuel Macron

Conferencia de Prensa - Presidente Emmanuel Macron - Día 2 By: G20 Argentina - CC BY 2.0

Les propositions de la Convention climat avaient été applaudies par les militants et les ONG pour leur radicalité technosceptique et leur « innovation » fiscale.

Par Frédéric Mas.

Ce lundi vers 17 heures, Emmanuel Macron rencontrera les membres de la Convention citoyenne pour le climat afin de rendre ses derniers arbitrages avant le vote de la loi climat qui devrait voir le jour fin janvier.

L’échange promet d’être tendu. Depuis l’interview que le président de la République a donnée à Brut, de claires dissensions sont apparues entre les conclusions de la Convention et les ambitions présidentielles.

Alors qu’en juin, à la sortie de la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron promettait d’adopter ou de soumettre à référendum la plupart des propositions de ladite convention, il a aujourd’hui pris ses distances avec certaines d’entre elles, en particulier le moratoire demandé sur la 5G.

Les membres de la Convention déplorent le manque d’ambition de l’exécutif face au réchauffement climatique, mais l’exécutif a-t-il eu un jour la volonté réelle de régler son pas sur celui de ses 150 contributeurs ? Le déroulement du calendrier politique du président de la République soulève des interrogations légitimes sur ce qui apparaît comme une opération de communication qui est en train de se retourner contre le parti présidentiel.

Convention climat : une légitimité contestée depuis le début

La Convention citoyenne pour le climat voit le jour immédiatement après la lourde défaite de LREM aux élections municipales qui se sont tenues entre le 15 mars et le 28 juin. Incapable de s’implanter localement, le parti présidentiel a été sanctionné pour sa gestion chaotique des crises successives qui ont secoué le pays, en particulier celle des Gilets jaunes, où il est apparu comme autoritaire et antipopulaire.

Face au parti présidentiel, l’écologie politique connaît un succès d’estime en s’implantant dans quelques grandes villes comme Bordeaux ou Lyon ou en bousculant l’élection à Paris ou Lille.

C’est alors qu’apparaît cette convention, qui se présente comme une « expérience démocratique inédite » ayant pour mandat de « définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale ».

Se présentant comme faisant suite à un Grand débat organisé à l’origine contre la pression fiscale verte dirigée contre les classes populaires, elle finit par encore plus de pression fiscale et d’idéologie écologiste.

Certaines voix se sont élevées pour dénoncer un travestissement de la démocratie pour asseoir la légitimité des décisions du gouvernement, en particulier en matière de fiscalité verte.

Pourquoi inventer un nouvel aéropage d’individus tirés au sort alors qu’existent déjà des instances démocratiques classiques ? L’exécutif cherchait-il à masquer le désaveu de la rue comme des urnes en lançant un contre-feu médiatique qui aujourd’hui lui revient dans la tête comme un boomerang ?

Des propositions radicales

Les propositions de la convention avaient été applaudies par les militants et les ONG pour leur radicalité technosceptique et leur « innovation » fiscale. La tonalité anti-capitaliste générale qui s’en dégageait avait été accueillie avec bienveillance par le gouvernement, elle l’est moins depuis que sa mise en application se profile à l’horizon.

Pour certains, la convention n’allait pas assez loin, et la question de l’énergie nucléaire n’était pas posée. Le discours de l’exécutif serait-il en train de changer ? Il semblerait que tout en restant à l’écoute des utopistes écolos, le président de la République ne souhaite pas amorcer la transition énergétique sans s’appuyer sur les outils indispensables de la technologie et du marché. Espérons que ces déclarations ne soient pas, à leur tour, des éléments de communication visant à séduire.

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