Black Blocs : quand l’anti-libéralisme devient violent

ato 31.05 078.jpg By: Rute Pina - CC BY 2.0

Les groupuscules violents anti-libéraux nous délivrent un message qu’il nous faut apprendre à décoder et surtout à admettre : ce pays a une immense soif de liberté et ce n’est pas par la politique qu’elle pourra voir le jour.

Par Olivier Maurice.

Nous avons tous été scandalisés par les images insoutenables de pillages qui ont envahi les écrans samedi après-midi. Comment justifier une telle violence ?

Ce n’est pas, et de loin, la société que nous voulons. Ces scènes de guérilla urbaine nous font peur mais nous semblent également devenues totalement banales.

Il n’est pas très difficile de chercher, et de trouver, les responsables de ces exactions. On en parle depuis des années. Les mouvements anti-libéraux radicaux sont à la mode un petit peu partout et ont au fil du temps développé tout un folklore, tout un code couleur et vestimentaire très exclusif et élitiste qui fait qu’il est impossible de se tromper ni sur leurs intentions, ni sur leur mode d’action.

Les champions du monde

Car ne nous trompons pas, quelques minutes de discussion ou de lecture suffisent à nous amener à une conclusion incontestable. L’ennemi désigné de ces activistes, ce qui pour eux constitue le mal absolu, le capitalisme, le fascisme, le système, ont pour eux un seul nom : le libéralisme.

Dans leur logique, les choses sont très simples : ce sont obligatoirement les exclus et les exploités du libéralisme qui sont les instigateurs des mouvements de contestation populaire, et leurs revendications sont forcément la justice sociale et la reconnaissance des minorités exploitées.

La suite du raisonnement est encore plus simple : pour valoriser leur ego surdimensionné et accessoirement excuser leur goût immodéré de nuire aux autres, ces combattants de la justice s’inventent toute une litanie de justifications leur permettant de frimer en exposant leur grandeur morale.

C’est ainsi que le mouvement des Gilets jaunes, initialement composé de commerçants, de professions libérales, d’entrepreneurs, d’artisans, de cadres moyens… s’est retrouvé en deux temps trois mouvements renversé comme une crêpe et s’est transformé en meute de professionnels du bazar qui ont tenté de profiter de cette popularité pour légitimer leur violence.

L’opération ayant remporté un grand succès, ils recommencent tout simplement cette fois-ci, surtout qu’ils ne sont pas ceux qui ont eu à subir les conséquences des violences, au contraire de la grande majorité des manifestants amateurs, moins bien entrainés à casser avec le minimum de risques et en se couvrant mutuellement.

L’engrenage de la violence

L’impunité dont semblent bénéficier ces groupes organisés exaspère d’autres profiteurs du chaos : les champions du yakafokon. Il est pourtant simple de comprendre pourquoi les black blocs et autres antifa arrivent inexorablement à passer à travers les mailles du filet.

Il existe des milliers d’ouvrages de tactique et de stratégie militaire, mais tous disent absolument la même chose. Pour vaincre l’ennemi sur le domaine de la violence, il n’y a que deux possibilités : gagner ou perdre.

Et dans le genre de combats urbains comme ceux de samedi dernier, les forces de l’ordre ne peuvent que perdre. On ne peut rien faire contre des individus dont l’objectif final est d’être un martyr devenant un héros ou être un héros devenant un martyr.

Dans cette logique inversée, toute défaite est une victoire. Tout manifestant blessé est une victoire, tout comme tout policier blessé en est une.

Toute manifestation transformée en chaos est une victoire, même et surtout si elle portait des revendications qui sont justement celles que revendiquent les casseurs : la rumeur des casseurs encouragés par le pouvoir leur donne à nouveau raison.

Tout chaos est bon à prendre.

Contrer cette violence nécessiterait un surplus de violence. Ne pas la contrer débouche aussi sur un accroissement de la violence. Dans les deux cas, il ne peut y avoir que davantage de violence, de chaos, de haine et d’attention portée à leur encontre.

La vague

Mais il ne faut pas se tromper : ces casseurs équipés de smartphones dernier cri et ayant tous en poche la carte d’un avocat pénaliste aux honoraires hors de prix ne sont que la pointe d’un mouvement de défiance et de colère bien plus profond et bien plus étendu.

S’il n’y avait pas ces manifestations régulières et de grande ampleur, les casseurs resteraient bien au chaud devant leur jeu vidéo. Ces amateurs de paint-ball urbain surfent sur une vague bien réelle, sur un mouvement de contestation profond.

La politique « et de droite, et de gauche » ou « ni de droite, ni de gauche » de la majorité au pouvoir a fini par monter la quasi-totalité du pays contre elle.

Un récent sondage sur la liberté individuelle en apporte une illustration flagrante : le camp médiatiquement baptisé « libéralisme », celui du parti présidentiel, est le seul en France à ne pas trouver que les libertés individuelles sont menacées.

 

Quand on observe ce sondage, on finit par se dire que le raisonnement des casseurs, selon lequel l’ennemi du peuple, le parti du système, l’ennemi des libertés, ce serait peut-être bien en fin de compte le libéralisme.

Sémantique et politique

On arrive ici à une maxime que nombre de libéraux ont paradoxalement souvent du mal à mettre en œuvre, bien qu’elle soit au cœur des réflexions d’Ayn Rand et qu’elle pourrait résumer à elle seule l’objectivisme : les mots n’ont de valeur que celle qu’on leur donne.

Si la grande majorité de la population française nomme libéralisme la politique interventionniste, centralisatrice et étatique du parti au pouvoir, il faut tout simplement que les libéraux se désolidarisent totalement de cette imposture.

Il est franchement temps que le message parvienne aux oreilles des sympathisants, des militants, des élus de la majorité présidentielle : cessez de prétendre détenir la vérité, le progrès et l’avenir, le pays ne vous suit plus, le pays ne vous croit plus et surtout, vous faites exactement le contraire de ce qu’il faudrait pour que l’on vous entende.

Cessez de vous prétendre libéraux, vous devenez jour après jour les pires fossoyeurs des libertés.

Quand un parti se retrouve à prétendre qu’il est seul contre tous à défendre certaines valeurs alors que tout le reste du pays lui hurle qu’il est le principal responsable de l’effritement de ces mêmes valeurs, il faut absolument qu’il se remette en question avant qu’il ne soit trop tard.

Le printemps arrive

Sans doute est-il déjà trop tard. Partout trainent des bruits de soulèvement et d’agitation. Qui n’a pas passé une heure avec son pharmacien ou avec son voisin plombier à discuter de la marmite en train de bouillir ?

Ce sera vraiment un miracle si nous arrivons en été sans qu’ait eu lieu un ou plusieurs événements politiques majeurs et sans que le pays ne s’enflamme. Tout le pays semble suspendu à savoir quand sera donné le coup d’envoi du match opposant partisans du chaos d’un côté et défenseurs de l’ordre de l’autre.

Il est fondamental pour le pays et pour la survie de la liberté, de mettre fin à ce mouvement autodestructeur basé sur un immense mensonge : la France n’est pas un pays libéral, la France ne peut absolument plus prétendre être le porte-parole de la liberté, la France est devenue un pays où règnent partout la discorde et l’intolérance, un pays où l’État est devenu une implacable machine à broyer les libertés, les enthousiasmes, les rêves et les individus.

Quelque part, les groupuscules violents anti-libéraux nous délivrent un message qu’il nous faut apprendre à décoder et surtout à admettre : ce pays a une immense soif de liberté et ce n’est pas par la politique, par l’État, par le système actuel, ni même peut- être par la République que cette liberté pourra voir le jour.

Un État-Nation libéral, force est de constater qu’il s’agit d’un oxymore.

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