Pour Macron et LREM, « libéralisme » est devenu un gros mot

Statue de la liberté (Crédits : benonrtherun, licence Creative Commons)

Au lieu de choisir le parti de l’innovation et de la liberté, c’est vers l’immobilisme que LREM se tourne, en cherchant à entraîner avec lui l’Europe et le monde.

Par Claire Libercourt.

À peine élus au Parlement européen, les députés de la liste Renaissance conduite par Nathalie Loiseau veulent changer le nom et le logo de l’eurogroupe qu’ils ont intégré, l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Le terme « libéral » gêne les nouveaux élus macronistes : en France, terre d’élection du socialisme, du populisme et du jacobinisme, le libéralisme est selon eux connoté négativement. Le groupe européen est donc prié de se plier aux injonctions de la politique intérieure française pour lui éviter d’être associé d’un peu trop près à la tradition intellectuelle des Lumières, celle de Locke, Montesquieu et Tocqueville.

Mardi 11 juin, c’est Emmanuel Macron lui-même qui devant l’Organisation internationale du travail à Genève s’est élevé contre un « capitalisme devenu fou », qui profite à une minorité au détriment des droits sociaux. Fidèle au discours de campagne de sa formation politique, le président français a évoqué son hostilité aux accords de libre-échange avec les États qui ne respecteraient pas les critères « sociaux » et « environnementaux » exigés par Paris.

Des concessions au populisme

La rhétorique de LREM offre des concessions au populisme ambiant, qui font du libéralisme et du capitalisme des boucs émissaires pratiques pour éviter d’interroger les manquements d’une classe politique nationale sclérosée que l’élection présidentielle de 2017 n’a pas vraiment réformée. Le « capitalisme fou » que stigmatise le président de la République, à l’unisson avec les formations nationalistes et social-démocrates européennes, est aussi celui qui a fait pratiquement disparaître l’extrême pauvreté dans le monde depuis ces 20 dernières années.

Une maladresse de plus pour LREM. Il est difficile de ne pas voir une marque d’arrogance typiquement française dans la démarche politique européenne de la formation européenne. Non seulement LREM veut passer sous silence les éléments les plus libéraux de sa formation européenne, mais Nathalie Loiseau, par manque de tact, vient de se mettre l’ensemble de ses alliés à dos. Emmanuel Macron ne fait de son côté que transposer le modèle et les problématiques françaises à l’échelle mondiale, partant du principe que son bilan et que le positionnement social-démocrate adopté en France soit suffisamment fonctionnel pour y être appliqué. Malheureusement, les mauvais chiffres français en matière de croissance, d’emplois et de réforme de l’État comparés à ceux de ses partenaires européens réduisent la rhétorique macronienne à ce qu’elle est, flatus vocis.

Exporter la social-démocratie française

LREM veut abandonner son image « libérale » pour mieux convaincre les Français de son « progressisme », ce qui en France est étroitement lié à la protection de son modèle social-étatiste. Il y a là une manœuvre tactique visant à se recentrer après les élections européennes. Alors qu’au moment des élections présidentielles, c’est en mordant sur l’électorat de gauche et du centre qu’Emmanuel Macron s’est fait élire, c’est l’inverse qui s’est produit aux européennes : le centre et la droite ont choisi la liste Renaissance laissant les formations classiques de centre-droit et de centre-gauche exsangues.

La tactique macronienne est assez claire : il s’agit d’occuper le terrain au centre et de maintenir divisés ses concurrents à droite et à gauche pour ne laisser vivre qu’un seul clivage réel, celui du bloc macronien contre le bloc lepéniste. Cette tactique de prise en tenaille est non seulement dommageable pour le libéralisme, grand perdant de cette redistribution des cartes, mais plus largement pour le pluralisme démocratique, qui se voit confisqué au profit des ambitions politiciennes de la formation présidentielle.

LREM est le parti des classes protégées (pour l’instant). La disparition des références au libéralisme et à la critique du capitalisme dans la communication de la formation présidentielle ne doit pas être interprétée comme un tournant, mais plutôt comme une clarification. Emmanuel Macron n’a pas l’ambition de libéraliser le pays, sauf sous la pression de Bruxelles, mais de défendre les intérêts des classes protégées des évolutions de la mondialisation, par le statut, la protection sociale ou encore le corporatisme économique résiduel français. Au lieu de choisir le parti de l’innovation et de la liberté, c’est vers l’immobilisme que LREM se tourne, en cherchant à entraîner avec lui l’Europe et le monde. Il n’est pas sûr que ces problématiques franco-françaises séduisent nos partenaires internationaux.

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