Vaccins en Ehpad : mission impossible ?

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Les patients très âgés en Ehpad sont-ils vraiment les meilleurs candidats à un vaccin contre la Covid ?

Par Margot Arold.

Qui seront les premiers à « bénéficier » du vaccin covid ? Les personnes à risque. Et donc, « les vieux » en Ehpad. La mesure pose quelques problèmes éthiques.

En Ehpad, les personnes âgées, voire même très âgées, sont la plupart du temps affectées de pathologies diverses. Elles sont fragiles, ayant été plus qu’ailleurs touchées par la covid au printemps. Par la covid, et surtout par le non respect d’un certain nombre de mesures basiques, qui ont permis au virus de se diffuser dans ces lieux confinés par essence.

Est-ce pour faire oublier cette calamiteuse gestion de l’épidémie et ces chiffres effroyables que le gouvernement propose maintenant, équipé de son costume de chevalier blanc, de vacciner prioritairement les pensionnaires des Ehpad ? Nous ne le saurons pas.

Ce qui est en revanche certain, c’est que la mesure soulève des questions sur le plan éthique.

« Pour résumer, si je suis résident en ehpad, un médecin va venir me voir […], vérifiera mon état de santé, me proposera le cas échéant d’être vacciné, recueillera mon consentement, après s’être assuré que j’ai tout compris. Une fois que j’ai consenti je serai vacciné une première fois, j’aurai un rappel au bout de 3 semaines, et ensuite un suivi médical sera garanti dans la durée ». Olivier Véran 3 décembre 2020.

Vaccins en Ehpad : mission impossible ?

Mission impossible en Ehpad ? Car soyons lucides : d’abord, l’espérance de vie de ces résidents est faible. Il y a peu de risque que, si problèmes secondaires il y a, ils puissent être repérés au milieu de la mortalité forcément élevée dans ce lieu.

Ensuite ce sont des personnes ô combien polypathologiques : une vaccination d’un nouveau genre n’est pas forcément celle qu’un médecin recommanderait pour ce type de patients.

Un vaccin à ARN messager peut produire une réponse inflammatoire importante,  mais aussi peut avoir des conséquences en termes d’auto-immunité dont les effets ne seront pas visibles chez des patients dont l’espérance de vie est limitée. Puisque le principe de précaution semble le maître mot de nos vies depuis quelques années, dans tous les domaines, il serait sans doute assez judicieux de l’appliquer dans celui de la santé. 1

Le bénéfice-risque d’un vaccin distribué à l’ensemble de la population (efficacité de 90 % selon le professeur Fischer), contre une maladie qui n’en touche qu’une partie (10,7 % de tests positifs, patients asymptomatiques compris), doit être finement évalué. Évidemment, en Ehpad, l’hécatombe du printemps, sans mesures de protection particulières, permet de penser que le bénéfice d’un vaccin sera forcément plus grand. Mais cela ne signifie pas que sur le principe ce soit éthique de commencer la vaccination généralisée par les patients très âgés.

Enfin, et surtout, ce sont des personnes qui ont perdu leur autonomie, physique et aussi mentale. Elles ne peuvent pas faire un choix éclairé. Elles ne peuvent être informées de manière convenable. Elles sont affaiblies, vulnérables.

En faire les « bénéficiaires » de ce « super vaccin », ne serait-ce pas en faire des cobayes d’une grande première ? Le Professeur Fischer, le 3 décembre, évoque une « stratégie complètement nouvelle, elle n’a jamais été utilisée à grande échelle chez l’homme ».

Les médecins, à nouveau persona grata ?

Mais il semblerait qu’en Europe les Français soient les plus réfractaires à la vaccination. Ils n’ont pas confiance.

Jean Castex, dans son discours de jeudi 3 décembre, explique que la confiance passera par les professionnels de santé (probablement ceux qui ont été soigneusement laissés de côté lors de la première vague, mais qui seront désormais intégrés au dispositif de vaccination alors même qu’on leur a interdit de prescrire les traitements en amont qui auraient pu amoindrir la gravité de la maladie).

Peut-être faudrait-il, pour apaiser les craintes des Français, que les ministres qui nous guident et nous parlent comme à des enfants, nous donnent l’exemple, plutôt que de nous réprimander, ou de se défausser sur d’autres instances. Qu’il se fassent vacciner les premiers, devant les caméras.

On pourrait même imaginer un contrôle, un peu comme ceux que subissent les Français depuis plusieurs mois. Un huissier pourrait être présent. Cela couperait court aux rumeurs les plus folles.

Ensuite, seulement, nous serons à même de choisir ce que nous voulons pour nous-mêmes. Nous faire vacciner contre la Covid-19. Ou pas.

Hélas, il ne sera pas question de vaccination des ministres dans l’immédiat : Jean Castex a d’ores et déjà indiqué que cela pourrait être considéré comme « un passe-droit ». Gabriel Attal a, lui, expliqué que ce serait « se servir avant les autres ».

C’est fou comme en matière de nouveau vaccin, le politicien sait s’effacer au profit de son peuple. On aimerait que cette abnégation se manifeste un peu plus souvent.

 

 

  1. On peut toutefois penser que ces vaccins à ARN ont peut-être de l’avenir, car ils semblent aboutir à une immunité à la fois cellulaire et humorale, et contrairement à la croyance commune, ils ne modifieront pas nos gènes. Mais ils peuvent avoir des conséquences épigénétiques importantes.

    Autres sources :

    Non-Coding RNA

    et aussi : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S109727651000242X.

    et aussi : http://www.longlonglife.org/fr/transhumanisme-longevite/vieillissement/epigenetique-vieillissement-longevite/epigenetique-et-arn-non-codants-le-role-des-microarn-et-lncarn-longevite/

    ou encore : https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/biologie-methylation-arn-change-notre-conception-expression-genique-38864/

    D’autant que le mode d’action de la covid est intimement lié à une surréaction de notre système immunitaire.

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