Le confinement devient punitif

L’État n’est pas capable d’évaluer les dégâts irrémédiables qu’il est en train de produire. Et s’il suivait les conseils qu’il prodigue aux grandes surfaces et aux commerçants ? Si l’État se concentrait sur l’essentiel de ses missions ?

Par Frédéric Mas.

Les Français verront la fin du confinement s’ils se tiennent tranquilles. Quelle sera la date exacte de la fin d’un reconfinement que certains spécialistes estiment déjà être un échec ? Et qui dit échec, dit prolongation des mesures autoritaires et restrictions plus vives encore des libertés publiques au-delà des dates annoncées par les pouvoirs publics.

Olivier Véran lui-même ne semble pas optimiste face à un virus qui se joue des prévisions des experts.

Plus de planisme et plus d’État

François Bayrou, fraîchement nommé Haut-commissaire au Plan, envisage même la permanence de la crise Covid comme un horizon possible. Il faut peut-être apprendre à se résigner, à vivre confiné, dans un contexte de relations sociales, économiques et humaines appauvries.

Pour gérer cette nouvelle situation, l’homme de l’État en appelle bien entendu à plus d’État : « Il nous faut reconstruire un État garant de l’intérêt général, capable de prendre en compte les évolutions de la mondialisation et les dégâts qu’elle a causés. » nous confie-t-on dans un communiqué en date du 28 octobre.

Et les dégâts occasionnés par le parasitisme bureaucratique qui est en train d’éteindre toute activité économique libre dans le pays ? C’est prévu dans le grand plan pour réorganiser la société française depuis son ministère ?

Si le reconfinement échoue, ce sera de la faute des Français, pas de ses dirigeants. Le paternalisme du gouvernement comme de ses auxiliaires scientifiques a aussi pour but de s’exonérer de toute responsabilité dans la conduite des opérations d’un reconfinement trop général et trop absolu pour atteindre ses buts.

Si demain l’économie s’effondre, la faute retombera non pas sur les décisions absurdes de l’administration et de son gouvernement qui naviguent à vue, mais sur l’ensemble du pays qui n’a pas suivi ses directives à la lettre. Des directives floues, changeantes, minutieuses sur l’accessoire et très vague sur l’essentiel, mais que le citoyen-administré se doit de suivre pour ne pas se faire envoyer au coin avec une amende de 135 euros. Des directives qui sont en train d’organiser l’appauvrissement généralisé au nom du statu quo de la bureaucratie sanitaire.

Pénaliser le commerce

Il faut pénaliser tous les commerces pour être certain que la récession s’installe durablement. Selon la nomenclatura qui nous gouverne, il fallait fermer les commerces non essentiels, et donc définir ce qui est essentiel ou pas. Le livre est-il essentiel pour vivre par temps de pandémie ?

Pour faire taire les critiques, le gouvernement a choisi de fermer uniformément tous les commerces, petits et gros, désormais condamnés à ne vendre que des produits de « première nécessité », cette première nécessité étant définie par l’administration elle-même, au débotté.

Vous pouvez acheter du savon et du papier hygiénique mais vous n’avez pas le droit d’acheter de livres ni de journaux. Les autres ont obligation de faire leur transition vers le numérique ou le télétravail : l’État est désormais en charge de l’innovation dans votre boite, comme il organise vos soirées, votre vie sociale et ce qui est essentiel pour vous ou non.

Seulement, fermer ces commerces, c’est à la fois pousser les Français vers le chômage et interrompre la production d’une multitude de biens et de services que les consommateurs comme les producteurs jugent utiles.

Après avoir interdit la vente des livres en boutique, l’État qui il y a quelques semaines encore trouvait 100 milliards pour « relancer l’économie » est en train de la plomber avec une minutie fascinante… et désespérante. On sent que les « sous-préfets de relance » vont avoir du pain sur la planche les prochaines semaines.

La bureaucratie s’emballe

La machine folle à produire des papiers, des règlements et des interdictions s’emballe. C’est que la bureaucratie publique fait ce qu’elle sait faire pour le mieux : demander des attestations de sortie, obliger de porter le masque dès 6 ans, produire des circulaires, proposer des classements de produits de première nécessité avec des commissions, des fonctionnaires et des sous-comités affectés à la consommation pour dire ce que le citoyen ordinaire a le droit de faire ou de ne pas faire. Et comme les règles changent chaque semaine, le travail ne manque pas.

Tout est fait pour que le confinement soit vécu comme une prison. Les Français sont condamnés au chômage ou au travail sans pouvoir se reposer sur leur famille ou sans pouvoir se changer les idées. Réduit à ses fonctions productive et nutritive essentielles, le citoyen est désormais une sorte d’enfant convalescent condamné à se morfondre en attendant que ses tuteurs politiques et médicaux se mettent d’accord pour lui rendre ses jouets et sa liberté. Et le pire dans tout ça ? Les gouvernés sont totalement prêts à la servitude, et acceptent de bonne grâce le confinement.

On en vient à se demander si le but des pouvoirs publics n’est pas de punir un peuple qui ne prend pas suffisamment au sérieux ses recommandations médicales et disciplinaires. Mais la folie régulatrice qui a fait fermer les boutiques n’a pas encore fait interdire Amazon, qui profite encore à trop de Français.

Va-t-on interdire Amazon ?

Parce qu’elle bénéficie des absurdités réglementaires d’un État français qui a réduit au silence ses concurrents directs, l’entreprise américaine cristallise aujourd’hui tous les ressentiments. Comme pour le livre hier, la somme des intérêts coalisés contre le géant américain pourrait avoir raison de l’e-commerce pendant la période d’exception sanitaire.

Aujourd’hui, les maires, les collectivités locales et le sénat se mobilisent pour défendre la disparition des commerces indépendants qui font vivre le tissu social partout sur le territoire. Qui défendra demain Amazon ? Qui défendra les entreprises d’e-commerce ?

L’État n’est pas capable d’évaluer les dégâts irrémédiables qu’il est en train de produire. Et s’il suivait les conseils qu’il prodigue aux grandes surfaces et aux commerçants ? Si l’État se concentrait sur l’essentiel de ses missions, en particulier en matière de sécurité, secteur dans lequel il est totalement défaillant depuis plus de 50 ans ? Si les citoyens se dégageaient un peu de son joug pour éviter la misère qu’il est en train de programmer pour le pays ? Il est temps de sortir de la culture de la servilité.

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