Covid : pourquoi la politique du tout répressif sanitaire est inutile

Le rebond actuel est sérieux, mais pour l’instant dix fois moins que la vague du printemps.

Par Olivier Maurice.

L’OMS vient de publier une synthèse des très nombreuses publications sur les valeurs épidémiologiques du Covid-19.

Cette étude, réalisée par John Ioannidis, médecin et chercheur à Stanford est passée quasiment inaperçue dans l’actualité assez bouleversée de ces dernières semaines. Elle mérite cependant qu’on s’y arrête, tant les chiffres qu’elle donne éclairent d’un jour nouveau la crise sanitaire que traverse une bonne partie de la planète et que résume parfaitement la dernière phrase de sa conclusion :

« The inferred infection fatality rates tended to be much lower than estimates made earlier in the pandemic. » : la mortalité induite par le virus se révèle bien plus basse que les estimations réalisées auparavant.

Et par « bien plus basse », il faut comprendre une sacrée différence : il y a en effet un facteur 14 entre les premiers chiffres donnés par les autorités sanitaires chinoises et la valeur constatée par le Dr Ioannidis.

Dix mois après le début de l’épidémie, on peut estimer qu’au pire, le Covid tue 14 fois moins que ce qui avait été estimé au début de l’épidémie.

Dix mois après le début de l’épidémie, l’OMS publie un rapport qui indique clairement que les autorités sanitaires ont clairement surréagi et grandement surestimé la dangerosité du virus.

Ces erreurs passées seraient dues à deux facteurs :

  • La méconnaissance des modes de transmission du virus et en particulier le chiffre extrêmement élevé de cas asymptomatiques.
  • La capacité à prendre en charge les patients qui avait été niée au début de l’épidémie.

Changement de cap

On se doutait bien que le vent commençait à tourner dans les instances sanitaires internationales qui avaient commencé au début du mois à dénoncer le rapport coût bénéfice des confinements et qui ont depuis émis des recommandations bien plus nuancées qu’auparavant sur la politique de prévention.

C’est clairement un changement de cap à 180° dont il s’agit.

Là où l’OMS encourageait auparavant de mettre tout en œuvre pour protéger les populations et ralentir la progression de l’épidémie, elle se contente maintenant de mettre en garde les autorités locales contre les risques de la stratégie inverse : celle de l’immunité collective, en argumentant que pour l’instant, les connaissances scientifiques n’étaient pas suffisantes pour garantir le caractère éthique d’une telle stratégie.

Mais surtout, en ce qui concerne les mesures radicales de confinement, couvre-feu, restrictions de mouvement, etc. l’OMS les conseille en dernier recours maintenant du plus fort que le permet ce changement de cap radical, expliquant qu’elles n’ont de sens que pour permettre aux pays de gagner le temps nécessaire pour mettre en place la nouvelle stratégie sanitaire recommandée : tester, isoler et soigner.

Les chiffres

L’étude publiée par l’OMS indique un IFR (Infection Fatality Rate ou taux de mortalité des patients affectés) de 0,23 % et de 0,05 % pour les moins de 70 ans.

Les premiers rapports provenant des autorités chinoises indiquaient un taux de mortalité de 3,4 %, chiffre supérieur à celui de l’épidémie de grippe espagnole de 1918.

Les différentes projections qui ont suivi, incluant les divers scénarios de confinement et de retardement de l’épidémie, tablaient sur la possibilité de réduire le taux de mortalité suite à la mise en place des mesures hygiénistes, aux alentours de 1 %, ce qui situait la Covid à un facteur 10 des grosses épidémies de grippe.

Le chiffre actuel indique que la Covid serait deux fois plus mortelle qu’une grosse grippe.

Et c’est sans compter les progrès thérapeutiques qui peuvent être mis en place afin de réduire encore ce chiffre.

Cette simple mathématique invalide totalement la stratégie de confinement qui ne peut avoir, on le comprend rapidement, quasiment aucun impact sur un chiffre épidémiologique aussi bas : le cas sévère, voire critique étant clairement l’exception et non la règle.

Par ailleurs, ces chiffres indiquent également une extrêmement forte présence de cas asymptomatiques, le taux de mortalité constaté chez les patients présentant des symptômes étant quant à lui 10 fois plus élevé.

Rapprochement avec la situation en France

Ramenés à la population Française, ces chiffres signifient que 14 millions de Français auraient été contaminés à ce jour et que le nombre de contaminations quotidiennes au plus fort du pic épidémique de mars-avril a dû frôler un million par jour.

Ils expliquent aussi pourquoi les 40 000 (ou 20 000 il y a 10 jours) cas positifs relevés actuellement conduisent à un peu plus d’une centaine de décès quotidiens. On retrouve effectivement un ratio de l’ordre de grandeur de celui donné par l’OMS, sachant que le nombre de cas testés positifs est forcement inférieur à celui de cas positifs réels.

Ils signifient également que le scénario de l’immunité collective à 60 % se solderait par environ 100 000 décès (sachant qu’il y en a eu environ 35 000 au printemps), et un peu moins du double pour un scénario d’immunité totale.

Environ 20 % de la population française ont semble-t-il été infectés à ce jour, sans doute deux à trois fois plus dans les grands foyers d’infection du printemps, sans doute également davantage parmi les plus jeunes, pour qui les tests relèvent les plus forts nombres de cas positifs.

Ces chiffres semblent donc bien réalistes et permettent enfin de faire un lien entre les diverses observations et de répondre aux questions incessantes depuis le début de l’épidémie. La situation est sérieuse, mais elle l’est largement moins que le niveau d’alarmisme et de catastrophisme qui domine actuellement.

Le rebond actuel est sérieux, mais pour l’instant dix fois moins que la vague du printemps.

Dynamique épidémique

En plus des données épidémiologiques sur la mortalité, l’OMS a également mis à jour d’autres informations sur les modalités de transmission de la maladie.

La maladie semble se transmettre selon deux modes principaux : une transmission silencieuse par porteurs asymptomatiques (environ 9 personnes sur 10) qui ont 25 % de risques de contaminer une autre personne et une transmission explosive par des « super-contaminateurs » très peu nombreux mais capables de contaminer un nombre très important (de la dizaine à plusieurs milliers) de personnes.

Ce modèle de contamination expliquerait pourquoi la maladie se comporte de façon endémique dans les zones à faible densité de population et provoque des vagues ou pics épidémiques dans les zones fortement peuplées.

Elle explique surtout pourquoi les mesures sanitaires prises n’ont aucun effet sur l’épidémie et qu’il est indispensable que la France change le plus rapidement possible de cap et prenne en compte les recommandations de l’OMS.

En plus d’être extrêmement néfaste pour l’économie et d’avoir un prix social et même sanitaire incroyable, la politique actuelle est inutile et totalement contre-productive car elle n’isole pas les super contaminateurs, ne protège pas les personnes à risque et surtout parce qu’elle ne fait que ralentir la propagation silencieuse et ainsi augmenter le risque futur d’explosion.

Changer de politique sanitaire

Comme l’indique l’OMS, la stratégie à suivre consiste à détecter, et surtout à isoler et à soigner les personnes infectées, à les soigner, non pas du virus, mais en tant que patients en mauvaise santé.

On sait en effet que les personnes présentant d’autres problèmes médicaux sont les plus en danger. Il est donc indispensable de les prendre le plus tôt possible, afin de les surveiller et d’améliorer leur état de santé global afin de leur donner le maximum de chance de passer cette épreuve qui, même pour les cas symptomatiques, reste « gérable » dans 95 % des cas.

Il convient aussi de les isoler, parce que les super-contaminateurs se situent chez les personnes symptomatiques, les chiffres montrant que la contamination silencieuse est quasiment impossible à éviter.

En faisant le choix de confiner la population plutôt que de déclencher un plan de réorganisation de l’hôpital et des services de santé afin d’accueillir et de soigner les malades, en suivant une politique hygiéniste centrée sur les actions prophylactiques, en limitant les soins au paracétamol et aux soins palliatifs, les autorités sanitaires Françaises ont fait totalement fausse route.

Mais surtout, en laissant une partie du corps médical propager l’idée que la responsabilité du développement de l’épidémie était due au mauvais comportement des Français, en ne faisant pas l’analyse profonde de la réelle dimension de l’épidémie et en privilégiant les scénarios catastrophistes, elles ont grandement failli et fait preuve d’un amateurisme et d’un manque de discernement inexcusable.

À un niveau supérieur, en engageant la France dans une guerre contre le virus qui n’avait aucune raison d’être, mais surtout en la maintenant et en se laissant berner par le chant des vendeurs de panique, le gouvernement français a une responsabilité immense dans le désastre économique, social, politique et également sanitaire qu’il a créé.

La question maintenant est de savoir qui arrêtera la machine folle qui semble lancée à toute allure dans la mauvaise direction, à l’heure des rumeurs d’un nouveau confinement, d’annonce de nouvelles mesures hygiénistes et alors que d’un autre côté, des voix se lèvent de plus en plus pour contester ces mesures autoritaires aveugles.

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