Les compensations de l’Etat ne remplacent pas les idées des entrepreneurs

L’industrie a besoin de compétitivité lui permettant d’obtenir des résultats lui permettant d’investir : elle n’a jamais demandé les béquilles de la technocratie.

Par Loik Le Floch-Prigent.

Dès qu’il s’agit d’aider l’industrie apparaît immédiatement dans la bouche des politiques le mot « compensation ». Pourtant, en français on compense un dommage ou un travail par de l’argent, c’est un équivalent d’honoraires.

Il y a donc eu une évolution du langage devenu aussi celui de la presse et des organisations syndicales puisque l’on paie l’industrie et qu’elle doit « compenser » par une bonne conduite en termes de … quantités de critères. On a donc inversé le concept. Inutile d’ergoter, ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’on abuse de la langue française.

Deux cas à examiner

Cependant ce propos liminaire est plus sérieux qu’on l’imagine car de deux choses l’une : ou l’industrie mérite une aide car l’Etat la juge indispensable au développement du pays, ou cette aide est indue et il faut qu’elle en paie le prix avec des prestations qui ne vont pas de soi.

Dans le premier cas, on constate que l’industrie française est mal en point, qu’elle périclite et qu’elle entraîne avec elle une fragilisation de la société nationale, perte de souveraineté, chômage structurel… et on lui demande de résister, de rester localisée dans le pays et d’investir pour l’avenir.

Dans le deuxième cas on pense que l’on commet une erreur coupable nécessitant de l’obliger à réaliser des opérations qu’elle ne ferait pas spontanément.

La première attitude est une manifestation de confiance, la seconde est plus que soupçonneuse, elle induit une méfiance, des règles à suivre et des contrôles à subir.

C’est bien la seconde voie qui est choisie, et pourtant elle mène à l’échec, c’est toute l’ambiguïté du fameux « plan de relance » et des « compensations » laissées à la sagacité des parlementaires qui vont s’en donner à cœur joie, espérant par là même se transformer en industriels le temps d’un discours ou d’un vote sans avoir jamais cherché à comprendre comment fonctionnait ce monde des ateliers, des usines et des laboratoires regroupant des hommes, des femmes et des machines.

On choisit la production parce qu’on aime ça

Tout d’abord, oublions le monde de Zola, ce n’est pas l’industrie d’aujourd’hui, ni de demain, on entre dans le secteur de production parce que l’on aime ça, on choisit son secteur et son métier.

Si on n’aime pas le produit, la machine, l’ambiance, le travail, le lieu, on s’échappe, plus ou moins tôt, et les chefs d’établissements repèrent rapidement ceux qui ont l’intérêt, le goût, l’enthousiasme nécessaires à l’accomplissement des missions qui leur sont confiées : on ne vient pas en marche arrière, on est fiers du travail accompli et il n’y a qu’à voir la colère du personnel lorsque l’on ferme des sites, ils aimaient leur travail, leur produit, et ils veulent poursuivre.

Il y a, certes, l’angoisse de perdre un travail et la paie, mais c’est loin d’être la totalité des problèmes à traiter, on l’a vu récemment avec la fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim où la résistance a existé jusqu’au bout alors qu’il n’y avait aucune autre plaie que celle de fermer un outil « moderne qui fonctionnait bien et qui apportait au pays l’énergie dont il a besoin ».

Si le patron respecte les salariés et l’outil de travail, s’il investit dans des techniques modernes, il est l’objet de revendications, mais pas d’opprobre. Le respect du personnel est essentiel car il faut écouter tous et toutes pour conserver les performances, c’est l’entreprise moderne, celle que les uns et les autres nous vivons tous les jours, celle que les parlementaires ignorent.

Obsédés par les techniques nouvelles, les « soupçonneux » imaginent que l’industrie française a « pris du retard » car elle n’a pas pris le virage du numérique ! Dans quel atelier et dans quelle usine ont-ils réussi à se forger cette idée ?

Il est clair que tous les concepteurs, tous les machinistes sont friands des solutions nouvelles, se documentent, vont chez leurs fournisseurs ou leurs clients et bavent devant les logiciels, les robots, les tablettes, les plateformes de collaboration … et attendent de leurs directions des investissements dont ils espèrent tirer le meilleur profit pour améliorer les performances et surtout la qualité.

Qu’est-ce qui plombe l’industrie française ?

Ce n’est pas la volonté qui manque, les idées non plus, l’imagination encore moins, le pays regorge au contraire d’innovateurs en herbe prêts à se précipiter sur le dernier cri de la technologie, mais il faut de l’argent pour investir et c’est là que la bât blesse ! Les résultats des entreprises françaises à majorité implantées dans notre pays souffrent de plusieurs maux qu’il nous faut nommer et combattre.

Il faut arrêter le délire actuel de ceux qui pensent que grâce à l’intelligence de bureaucrates et à leur contrôle tatillon l’industrie va mieux se porter. Si les « compensations » c’est de mettre des technocrates incompétents comme initiateurs d’idées, stratèges et juges, on se trompe et gravement. L’industrie a besoin de compétitivité lui permettant d’obtenir des résultats lui permettant d’investir : elle n’a jamais demandé les béquilles de la technocratie.

Tout d’abord elle doit pouvoir se comparer à ses concurrents, surtout les européens, elle est surimposée, on le sait, mais à chaque fois que l’on réduit un temps soit peu l’addition on parle de « cadeaux » et … de compensation !

Que n’a-t-on entendu au moment du CICE qui ne venait que rétablir pour certains un préjudice fiscal terrible et mortifère. Il est temps soit de confier à l’Europe une harmonisation fiscale, soit de la réaliser nous-mêmes, mais on ne peut pas lutter avec deux boulets aux pieds, celui de la pression fiscale et celui du mépris et de l’arrogance de l’administration.

Le marécage réglementaire

Plutôt que de parler de « relocalisations « et d’en obtenir deux ou trois évidentes, il faut s’interroger sur les causes structurelles de ces évasions émanant de chefs d’entreprises français et patriotes engagés dans des filets aux mailles de plus en plus serrées : nous devons regarder ensemble nos normes et règlements, les réformer et surtout demander aux acteurs de l’administration leur application intelligente, c’est-à-dire apte à assurer le maintien des implantations sur notre territoire.

L’administration française est également patriote, elle veut une industrie française, il est temps que le Gouvernement et le Parlement le lui disent et lui demandent de permettre aux usines, ateliers et laboratoires de rester sur notre sol.

Enfin, on ne le dira jamais assez, il faut de l’argent pour investir, non pas seulement dans tous les pays du monde mais chez nous avec notre personnel nos idées, nos compétences, et si cet argent doit venir de l’Etat comme il semble que nous y soyons résignés, nous faisons fausse route, il doit venir de notre épargne et c’est à l’Etat de favoriser l’engouement des investisseurs vers les secteurs industriels … mais cela n’est possible qu’après le rétablissement objectif de la confiance.

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