Le plan France relance : potion ou poison ?

Potion or poison by julochka(CC BY-NC 2.0) — julochka, CC-BY

Il semble qu’on évolue sûrement mais de moins en moins lentement vers un régime inquiétant dans lequel l’Etat paie les salaires, prétend créer les emplois, bénéficie d’une création illimitée de monnaie et restreint de plus en plus sévèrement nos libertés.

Par Pierre Robert. 

Le 3 septembre dernier le ministre des Finances a détaillé les mesures d’un plan de relance qui se veut historique. D’un montant de 100 milliards d’euros, il a pour objectif de redresser durablement notre économie. Mais on peut douter sérieusement que la voie choisie pour y parvenir soit la bonne après le terrible choc que lui ont infligé nos responsables politiques.

Un Munich sanitaire, une économie en déroute

Face au virus, en mars dernier, ils ont choisi précipitamment la voie de la capitulation en confinant pendant 55 jours non pas seulement les personnes les plus susceptibles de développer la maladie mais tous les Français sans exception.

Ce véritable Munich sanitaire a cassé le dynamisme de nos entreprises et provoqué un véritable désastre pour l’emploi, en particulier celui des plus jeunes et des plus fragiles.

Aujourd’hui l’économie est en déroute avec une chute drastique de la richesse créée, le naufrage de secteurs entiers d’activité et des millions d’actifs maintenus en chômage  partiel, l’arme au pied dans l’attente d’une hypothétique reprise.

Les finances publiques le sont aussi, les 470 milliards qu’ont coûté les mesures d’urgence ayant fait bondir notre taux d’endettement à près de 120 % du PIB. Les dégâts sont donc incommensurables.

Le virus technocratique

En présentant le plan « France Relance » le 3 septembre dernier, le Président a montré qu’il en avait conscience en jugeant qu’après la guerre imposée par le virus, nous entrions dans « une nouvelle phase, celle de la reconstruction » sous l’égide d’un plan par lequel « notre Nation reprend son destin économique en main ».

Cela a toutes les chances de rester lettre morte du fait de l’approche retenue pour faire face à la situation, une approche entièrement conçue par de hauts fonctionnaires convaincus qu’ils en savent plus que les acteurs privés qui interagissent sur les marchés.

Cette approche que Friedrich Hayek aurait qualifiée de constructiviste proclame que les choix publics doivent être guidés par la volonté de construire un certain type de société, en l’occurrence une France plus verte à l’horizon 2030.

Se donnant pour mission d’investir pour bâtir cette France de demain, ce plan ne se veut rien moins qu’ « une feuille de route pour la refondation économique, sociale et écologique du pays ».

Il est donc sous-tendu par un objectif collectif qu’on prétend réaliser par des moyens politiques avec la fausse certitude qu’armé des schémas de pensée adéquats « on peut construire une société selon ses propres vœux, qu’on peut la conduire comme on le ferait d’une quelconque machine » pour reprendre une formule de Pascal Salin (Libéralisme, Odile Jacob, Paris, 2000, p.25).

Cette idée est profondément ancrée dans l’esprit des élites de notre pays, convaincue que l’économie ne peut fonctionner correctement que si elle est pilotée d’en haut par des spécialistes ne se fiant qu’aux prédictions de leurs modèles.

Or, en se limitant à établir directement des relations entre de grandes variables globales (la consommation, l’investissement, l’épargne, la production) sans passer par l’analyse des comportements individuels des consommateurs ou des producteurs, ces modèles laissent échapper des éléments essentiels de la réalité qu’ils ne peuvent donc maitriser.

Plan de relance : un biais fortement constructiviste

Le plan s’appuie sur trois piliers qui ont pour nom écologie, compétitivité et cohésion. Quel que soit le sujet, il est marqué par le recours privilégié à la méthode des appels à projet.

Il s’agit à chaque fois pour les instances publiques qui détiennent les clés du financement (Ademe, BPI etc.) de sélectionner les projets qui méritent d’être soutenus selon des critères politiques en faisant l’hypothèse que leurs responsables savent mieux que les acteurs privés ce qu’il faut faire pour développer la filière hydrogène et les transports du futur, décarboner l’industrie, créer de l’activité dans les territoires, revaloriser leurs tissus industriels, relocaliser les industries jugées stratégiques, identifier les secteurs et les technologies d’avenir propres ou encore moderniser l’agriculture.

Une dangereuse lacune dans ce plan

En revanche, à aucun moment le plan dont la transition écologique est pourtant une thématique centrale n’aborde le délicat sujet de la taxe carbone.

Avec les travaux de Jean Tirole (Économie du bien commun, PUF, 2016) l’analyse économique a pourtant clairement établi que le seul moyen efficace pour décarboner l’industrie et réduire les émissions de CO2 est d’instituer un prix unique du carbone en créant un marché des droits à polluer et non en subventionnant telle ou telle technologie plus ou moins arbitrairement choisie.

Les auteurs du plan préfèrent toutefois ignorer ce moyen politiquement difficile à mettre en œuvre mais qui pourrait être rendu acceptable par des mécanismes redistributifs en faveur des plus précaires.

La répétition des erreurs dirigistes du passé

Comme nos dirigeants ont souvent été enclins à le faire, le plan défend une stratégie dirigiste de création de filière qui a toujours échoué, qu’il s’agisse de la filière graphite-gaz, du plan calcul, des machines-outils, des composants ou des industries numériques. Il en sera sans doute de même demain de la filière hydrogène et de ses ramifications dans le domaine des transports maritimes et aériens.

Selon une autre résurgence du passé, le plan affecte des montants considérables d’argent public à la SNCF, une entreprise publique dont on connait la capacité à gaspiller des ressources et qui n’a pas été réformée en profondeur. Il consacre d’importants moyens au retour des petites lignes non rentables et à la coûteuse remise en circulation des trains de nuit, ce qui probablement fera plaisir à quelques nostalgiques.

Un plan de relance aux signes d’irréalisme

On note aussi qu’il flèche des sommes très importantes vers la formation et la rénovation énergétique. Dans les deux cas, il témoigne du manque de connaissance des réalités du terrain souvent de mise dans l’atmosphère éthérée des cabinets ministériels.

En effet comme le remarque Pierre Cahuc, « notre outil de formation ne fonctionne pas encore. Il risque de ne pas pouvoir suivre » (« Les économistes jugent le plan de relance cohérent mais insuffisant », Challenges, 3-09-2020)

Le constat est identique pour les 6,7 milliards d’euros que le plan consacre à la rénovation énergétique des bâtiments où selon Patrick Artus, faute de main-d’œuvre, « les entreprises risquent de ne pas pouvoir répondre à la demande » (même source).

Un signal positif mais trop faible

Seul aspect positif, les impôts de production dont le poids était devenu insupportable devraient diminuer de 10 milliards d’euros par an pendant deux ans.

Cet allègement est bien sûr favorable aux entreprises mais ne fait que réduire leur handicap dans ce domaine sans l’annuler puisque selon le Conseil d’Analyse économique, les impôts de production sont cinq fois plus élevés en France qu’en Allemagne.

La baisse de 10 milliards est donc très insuffisante pour combler cet écart. Elle n’est pas non plus suffisante  pour rendre la France plus attractive et ainsi relocaliser des entreprises à terme.

En outre le plan de relance ne supprime ni ne réduit la Contribution sociale de solidarité des sociétés, pourtant considérée comme le plus nocif des impôts en termes de compétitivité.

Vers une dictature sanitaire ?

Les promoteurs du plan souhaitent que « la relance génère un élan dont chacun, à son échelle, doit se saisir », ce qui permettrait de « libérer les énergies de la Nation pour renouer avec la croissance ». À cette fin on l’accompagne même d’un « choc de simplification ».

Mais avec une approche aussi constructiviste, se méfiant par nature des initiatives des acteurs privés, cela risque fort de rester à l’état de slogans vides et de vœux pieux.

Ce logiciel technocratique qui infantilise tout le monde nous a mené tout droit au couvre-feu décrété le 14 octobre et dont on va devoir aussi supporter les lourdes conséquences pendant de longues semaines.

À plus long terme, il semble qu’on évolue sûrement mais de moins en moins lentement vers un régime inquiétant dans lequel l’État paie les salaires, prétend créer les emplois, bénéficie d’une création illimitée de monnaie et restreint de plus en plus sévèrement nos libertés.

Si nous n’y prenons garde, la crise du Covid risque d’enfanter et de pérenniser une forme de gouvernement par la peur et d’économie strictement subordonnée à des impératifs sanitaires dans le cadre d’une société reconstruite mais muselée et contrainte à la décroissance.

 

Annexes

 – Un lien avec un article publié le 31 mars 2020 sur le site de l’institut sapiens  : https://www.institutsapiens.fr/stress-test/

 – Un lien avec une leçon sur l’économie vue comme une organisation décentralisée consultable sur mon site hecosphere.com

https://hecosphere.com/cours/les-fondements-de-leconomie/lecon/2-leconomie-vue-sous-langle-de-la-production-et-de-la-consommation/

 

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