Covid-19 : comment s’y retrouver au milieu des chiffres ?

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Des courbes effrayantes, des chiffres impossibles à comparer : et si on revenait au bon sens et à la raison ?

Par Michel Negynas.

Le problème c’est que nos décideurs ne semblent pas savoir plus que nous où ils en sont. Les données sont dispersées, non normalisées, difficiles à atteindre, voire non pertinentes ou inexistantes.

Il est possible qu’existent des données pertinentes en temps réel, mais elles ne sont en tout cas pas à la portée du grand public. Or de nombreux citoyens seraient capables de les analyser, ce qui améliorerait la confiance envers les institutions.

Chiffres de la Covid-19 : qu’avons-nous à notre disposition ?

Parmi les diagrammes facilement consultables, celui qui me semble être le moins fallacieux est le suivant, disponible sur  https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/carte-et-donnees dans la rubrique « suivi des tests ».

Il a (enfin) été mis à jour au 3 octobre. En outre, les deux variables, nombre de tests et nombre de personnes positives journalier sont la base de tous les indicateurs.

Le site de Santé publique France est plus complet, mais lui aussi n’est mis à jour qu’à la semaine 39 (au 27 septembre !). Et c’est un fouillis difficile à consulter.

La première chose qu’on constate, c’est le changement d’échelle des mesures, qui montre qu’on ne mesurait quasiment rien pendant l’épidémie, et qu’on mesure probablement trop en ce moment. Aucune comparaison n’est donc possible.

Ce qui frappe ensuite, c’est que le nombre de tests, en gris, diminue : pourquoi ? Y a-t-il moins de personnes qui se sentent malades, ou les laboratoires sont-ils saturés ?

Le nombre de cas détectés, en rouge, n’apparaît pas aussi effrayant que les annonces de « records » qui nous sont servies quotidiennement dans les media. Il est plutôt stagnant.

Mais surtout, le fait qu’il est quasi impossible de rétablir l’isochronisme entre tests et résultats (c’est probablement ce qui fait aussi que les mises à jour consolidées sont tardives) ne permet ni de calculer un taux d’incidence ni même un taux de positivité. Surtout dans un contexte où le nombre de tests varie rapidement à la hausse où à la baisse, et où les cohortes testées ne sont pas caractérisées.

Il est en effet raisonnable de penser que lorsque le nombre de tests est en hausse, davantage de gens non malades se font tester par précaution. À l’inverse, lorsqu’il est en baisse, seuls ceux ayant des raisons d’être inquiets se font tester, ce qui peut augmenter le taux de positivité apparent.

Par ailleurs, les « indicateurs » du site https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus  ne sont pas déclinés en local. Or le chiffre national ne signifie rien, puisque c’est l’agrégat de zones indemnes et de métropoles touchées.

Il est probable que des chiffres locaux plus pertinents existent au niveau des agences régionales de santé, mais ils sont plus difficiles à trouver.

Incompétence ou mépris des capacités intellectuelles des citoyens ?

La conférence du ministre de la Santé du 8 octobre est un morceau d’anthologie. Nous prend-il pour des imbéciles ? Deux exemples.

  • Le taux de reproduction du virus (Le chiffre R).

Olivier Veran nous l’annonce à 1,1. C’est proche d’une progression linéaire, pas « exponentielle » !

  • Les graphiques prédictifs par métropole : exemple

Cette courbe effrayante est le résultat d’une « modélisation ». On espère qu’elle n’a pas coûté trop cher : le vert clair n’a aucune réalité, c’est juste une exponentielle complètement arbitraire, prenant la dernière mesure connue comme point de départ. Des procédés du niveau d’une cour de récréation.

Que faire ?

John Ioannidis le suggérait dès le début de l’épidémie : des mesures régulières, issues d’un échantillon représentatif randomisé, du taux d’incidence (pour le pilotage en temps réel) et du taux de séroposité (pour évaluer l’évolution de l’immunité collective) sont nécessaires si on veut piloter quoi que ce soit.

L’exercice doit être fait évidemment localement, dans des zones géographiques pertinentes : la situation des métropoles n’est évidemment pas la même qu’en milieu rural.

Mais avant tout, les outils de mesures doivent être clairement normés, ce qui est loin le cas semble-t-il puisque le flou existe par exemple sur le nombre de cycles d’amplifications PCR : le ministère devrait clairement communiquer sur cette question primordiale, qui conditionne la sensibilité des tests.

Enfin, il faudrait un vrai pilote pour organiser la cohérence, la fiabilité et le temps réel des mesures et des indicateurs, et une communication claire et harmonisée sur le sujet.

Quant aux hôpitaux, la situation est invraisemblable : ils sont l’intendance. Or chacun sait que l’intendance doit suivre. C’est l’inverse qui est fait : le pilotage est fonction de l’intendance, car elle n’a pas suivi. Elle avait trois mois pour cela.

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