Covid-19 : ils ne lisent pas leurs propres chiffres

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OPINION : le gouvernement prend des mesures qui, semble-t-il, sont complètement à contretemps. Point n’est besoin d’être médecin pour le constater, d’après même les chiffres officiels.

Par Michel Negynas.

Le site du gouvernement relatif au coronavirus a enfin publié une mise à jour au 29 septembre ; rappelons qu’il n’y avait pas eu de chiffres depuis le 18 septembre alors que des décisions importantes ont été prises depuis plus d’une semaine.

Une rapide analyse des chiffres de la Covid-19

Le taux d’incidence baisse… le pic aurait été atteint autour du 18 septembre.

Covid-19Mais ce qui est bizarre, c’est que le taux de positifs rapportés au nombre de tests ne diminue pas, il semble être sur un plateau. Quel est ce mystère ?

Covid-19Covid-19Nous avons l’explication ici : le nombre de tests a probablement diminué plus vite que le nombre de positifs. Et en phase de diminution du nombre de tests, puisque il y a environ une semaine de décalage entre tests et résultats, c’est quasi arithmétique : les résultats sont ceux d’un nombre de tests antérieurs. Il est donc probable que le taux de positivité baisse déjà depuis le 18 septembre.

Alors voyons le chiffre R, qui est un taux modélisé censé représenter le « nombre de reproduction effectif », c’est-à-dire combien, en moyenne, un cas positif contamine de personnes. C’est en fait la « raison » de la progression géométrique de l’épidémie, si on veut parler savant.

Alors, que voyons-nous ?

Covid-19Selon les propres calculs de Santé publique, il est descendu en dessous de 1, c’est-à-dire que l’épidémie est finie.

Il faut avouer que cette modélisation, en partie calculée à partir d’éléments « estimés », est sujette à caution, mais le gouvernement ne devrait-il pas croire à ses propres calculs ?

Évidemment, les hospitalisations, réanimations et décès seront en décalage.

Covid-19Mais cette courbe est-elle effrayante ? Remarquons que de plus, un établissement étant resté plusieurs mois sans transmettre, le trait du 18 septembre devrait être réparti sur tous les mois d’été, rendant la pente encore plus progressive.

D’ailleurs, voici la courbe du site Worldometer, qui, elle, n’est pas en gros trait rouge pour faire peur au bon peuple.

Du coté de Marseille

Les courbes de l’IHU de Marseille sont importantes à suivre, car le délai entre la prise d’échantillon des tests et le résultat est de moins d’un jour. Elles anticipent ce qu’on observe plus tard dans toute la France.

Or, leur taux de positivité, après un petit palier, ré-augmente et il s’agit, semble-t-il, de contaminations d’un virus mutant assez différent du virus initial.

Ironie amère : au moment où le gouvernement fermait les restos à Marseille, cela descendait. Depuis qu’ils ont fermé, ça a commencé à ré-augmenter…

Qu’en conclure ?

Le gouvernement prend des mesures qui, semble-t-il, sont complètement à contretemps. Point n’est besoin d’être médecin pour le constater, d’après même les chiffres officiels.

Il s’est sans doute laissé influencer par le personnel des hôpitaux, légitimement inquiets de voir monter leur charge. C’est typiquement le débat qui a eu lieu à Marseille même entre l’IHU et l’APHM. Mais le rôle des pouvoirs publics est bien de conserver le contrôle et de fonder ses décisions sur des éléments factuels et rationnels.

La guerre était une chose trop importante pour être laissée aux militaires ; le contrôle de cette guerre là ne peut être laissé aux médecins, quelles que soient l’admiration et la gratitude que nous éprouvons pour leur savoir et leur dévouement.

 

Article mis à jour le 7 octobre 2020 à 8h46.

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