Gestion chaotique de la crise sanitaire : pas la peine de crier au complot !

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Amateurisme, mesures injustes ou ineptes, idiots utiles, inversion des valeurs : en ce qui concerne la gestion de crise, tout est réuni pour un mécontentement de tous.

Par Olivier Maurice.

Depuis le début de l’épidémie, beaucoup cherchent à comprendre la logique derrière tout un tas de décisions, de dysfonctionnements ou d’incohérences et en viennent un jour ou l’autre, faute d’explications logiques, à se pencher sur des hypothèses alternatives.

On les appelle des complotistes.

Dans la France de 2020, se poser des questions est devenu un péché.

Michel Rocard a dit un jour qu’il faut « toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare. »

Et s’il avait totalement raison ?

Gestion de la crise sanitaire : une énième boulette

Essayons de soumettre cette méthode au dernier rebondissement des aventures du docteur Véran au pays du bonheur et à sa dernière boulette : annoncer la veille pour le lendemain que la seconde ville de France allait être punie et mise au coin parce qu’il était persuadé que la situation allait un jour ou l’autre devenir sérieuse.

La théorie rocardienne nous amène immédiatement à balayer tout de suite l’hypothèse selon laquelle la ville de Marseille aurait été repeinte en rouge écarlate flamboyant mercredi soir dans le seul but de faire un pied de nez au directeur de l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée infection

Tout comme on éliminera également les petites querelles de chapelle entre le docteur Olivier Véran et le docteur Michèle Rubirola (le maire récemment élu de la ville de Marseille a exercé pendant de nombreuses années en tant que médecin généraliste).

On ne pensera pas non plus à l’arrière-pensée d’écraser dans l’œuf le printemps marseillais, cette remise en ordre de la gauche éclatée façon puzzle…

Il aurait fallu un esprit machiavélique digne des pires épisodes du Road Runner et du Coyote, les faux précipices en moins et les vrais tunnels en plus, pour réussir à faire ainsi passer de telles vessies pour des lanternes. De toute façon, à voir comment le sujet a immédiatement enflammé le pays, l’hypothèse du complot secret et machiavélique semble fortement compromise.

Quelle mouche a donc pu piquer le ministre de la Santé lors de son point presse hebdomadaire quand il a soudain décidé de priver les Marseillais de leur pastis, de les empêcher de manger une bonne bouillabaisse et accessoirement de napalmiser la quasi-totalité de l’économie et de la vie sociale de la ville ?

Si ce n’est une machination tordue, il ne nous reste plus qu’à nous rabattre sur l’alternative.

Le ministre

Et au vu de la réaction immédiate du maire de Marseille et de son premier adjoint, il en a même fallu une sacrée dose pour en arriver à mettre autant en colère les élus de la deuxième ville de France.

Parce que si on suit leurs explications, non seulement le ministre de la Santé s’est totalement planté sur la forme, ayant mis tout le monde devant le fait accompli, mais aussi sur le fond.

Benoit Payan, le premier adjoint de la ville a ainsi aligné une bonne liste de chiffres montrant exactement le contraire de ce qu’affirmait Olivier Véran la veille devant les journalistes.

Ceci dit, coté boulettes, le ministre traîne quand même avec lui quelques perles : l’histoire des masques inutiles, tellement rocambolesque que même le patron de la République en Marche, Stanislas Guerini, en a eu assez de toute cette mascarade et a fini par lâcher le morceau.

Ou encore plus récemment, dans sa réponse à Nicolas Bedos, quand le ministre a osé tenter d’expliquer sans se démonter que si on met sa ceinture de sécurité en voiture, c’est pour prendre soin des autres…

Qu’il se rapproche chaque jour un peu plus près de la ligne rouge n’est un secret pour personne. La précédente, la ligne jaune qui sépare l’incompétence de la bêtise, a été franchie depuis bien longtemps.

Le gouvernement

Quand Pascal Praud fait l’éloge de Nicolas Bedos ou que Patrick Pelloux tient le même discours que Didier Raoult, on ne peut même plus se réfugier derrière l’épouvantail du populisme d’extrême droite ou de l’individualisme d’extrême gauche, à moins d’imaginer un obscur comité de résistance clandestin qui aurait organisé la convergence des luttes dans le dos du gouvernement.

Il semblerait que le « en même temps » rêvé par le président voie finalement le jour et que parallèlement à l’explosion de LaREM se produise une espèce de fusion entre les divers courants politiques du pays. Une belle et douce unanimité consensuelle. Unanimité qui est en train d’apparaître, mais contre lui.

L’amateurisme (pour ne pas utiliser le vocabulaire de Michel Rocard) du ministre de la Santé ne fait rien pour arranger les choses. Mais il est inutile de trop tirer sur l’ambulance. Il n’est pas le seul, loin de là à participer à cette joyeuse pétaudière et à arroser le pays de foutaise et de crétinerie.

Qui pouvait penser que l’annonce de la quasi-fermeture de la seconde ville de France, avec toutes les questions que cela peut entraîner, et annoncée entre deux phrases dans un point presse de 45 minutes allait passer crème ? On attendait au minimum le Premier ministre, voire le chef de l’État. On attendait aussi un minimum de relais localement, si ce n’était pas le maire de la ville, que ce soit au minimum le président de région.

Et après, on s’étonne que les esprits s’enflamment, que le maire de gauche hurle au scandale et lance des noms d’oiseaux et que le président de région de droite lui apporte son soutien et porte l’affaire devant les tribunaux ?

La population au service de l’Hôpital

Surtout que l’explication donnée par le ministre de la Santé est sans doute vraie. Mais cela ne rattrape pas le désastre bien au contraire : si elle est vraie, alors elle est totalement inacceptable.

Toute cette histoire n’aurait pas comme objectif de protéger la population, mais de protéger l’hôpital qui aurait atteint « un niveau de tension alarmant ».

Comme si d’un coup de baguette magique, c’étaient les citoyens, les contribuables, la population qui étaient maintenant au service des services publics.

Comme si le rôle du gouvernement n’était pas de faire fonctionner les hôpitaux pour soigner les gens, mais de tout mettre en œuvre pour que les citoyens n’aient pas la mauvaise idée de tomber malades et d’encombrer les lits et de faire travailler les soignants.

Comme si le système de santé se résumait aux services d’urgences et de réanimation des hôpitaux publics.

Comme si le pays n’avait comme unique objectif que celui de faire fonctionner les hôpitaux dans la routine et la tranquillité.

Comme si la santé était totalement incapable de prendre en charge les cas de force majeure.

Comme si le monde allait s’écrouler si par malheur on dépassait le nombre de malades autorisés par la planification administrative.

Comme si on ne payait pas fort cher au demeurant tout une palanquée de personnes pour s’assurer que la tension n’atteigne jamais le niveau « alarmant ».

Les gens (certains)

Le tableau ne serait pas complet sans y ajouter ceux que Nicolas Bedos a appelé les donneurs de leçon, mais qu’il vaudrait mieux nommer par leurs qualificatifs objectifs à savoir les hypocrites licencieux et criminels.

On les reconnait facilement et ils sont présents partout où on peut les trouver. Ils passent leur temps à paniquer et à expliquer à tout le monde que la situation est grave, qu’elle va empirer et que la cause principale en est l’inconscience des Français tous plus égoïstes et désobéissants les uns que les autres.

Le KGB et la nébuleuse marxiste révolutionnaire avaient un nom pour désigner ces alliés bénévoles et enthousiastes : les idiots utiles.

Ces gauchistes qui souvent s’ignorent sont prêts à tout : à dénoncer leur voisin, à mettre les gens en prison ou au chômage, à faire tomber des milliers de personnes dans la misère et la pauvreté, à voir la civilisation s’effondrer et les individus s’entretuer pour pouvoir montrer leur supériorité morale afin de cacher leur lâcheté.

Mais ne nous laissons pas tromper par leur arrogance ou leur air autoritaire et moralisateur.

Quand ils vous disent que les Français sont égoïstes et qu’ils ne pensent pas aux autres, c’est en fait à leur petit confort qu’ils pensent. Quand ils vous disent qu’il faut porter le masque pour protéger les plus fragiles, c’est uniquement parce qu’ils meurent de trouille d’attraper la sale bête.

Quand ils appellent à la radio sous couvert d’anonymat mais en donnant leur vrai prénom pour témoigner de moult anecdotes sur l’incivisme de leurs concitoyens, c’est par pur voyeurisme. C’est pour se délecter de leur récit obscène et des multiples petits détails scabreux, d’ailleurs souvent fantasmés, du comportement immoral de leur prochain.

Quand ils aiguillonnent les hommes politiques et les exhortent à prendre des décisions courageuses et radicales, toutes plus totalitaires et liberticides les unes que les autres, ce sont des centaines de vies qu’ils mettent ainsi en péril. Quand ils colportent la peur, ce sont des centaines de personnes qu’ils poussent au désespoir, des milliers d’entreprises qu’ils poussent à la faillite en faisant fuir leurs clients, des millions de travailleurs qu’ils jettent au chômage et de familles qui finiront dans la misère.

Ces vampires nécrophages sont peut-être la pire plaie de cette épidémie. Ils feront, à ne pas en douter, autant sinon plus de victimes que le virus lui-même.

Les gens (les autres, plus nombreux mais qu’on n’entend pas)

Inutile d’inventer des théories fumeuses pour tenter de comprendre la crise. La bêtise, l’incompétence et la méchanceté sont bien suffisantes pour l’expliquer.

Maintenant, la question est de savoir quand la coupe débordera. Les voix se font de plus en plus nombreuses pour refuser l’hygiénisme comme seul but dans la vie et le gouvernement ne saura bientôt plus derrière quoi se cacher pour masquer ses échecs : l’inconnu, puis les scientifiques, maintenant les prévisions…

Les jeunes nous ont montré la voie cet été en faisant un bras d’honneur gigantesque aux consignes ridicules. On peut nier l’envie de liberté pendant des années, mais c’est sans doute le meilleur moyen d’encourager toutes les transgressions. En fait que ce soit par en haut ou par en bas, le consentement à l’État est juste en train de s’effondrer.

À quoi cela peut-il servir de payer des impôts, de suivre les consignes, de vivre constamment dans la peur d’enfreindre les règles, si en fin de compte tous nos efforts ne servent qu’à financer une bande d’incapables hautains qui se retournent vers nous en pleurnichant au premier problème venu ?

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