Municipalités écologistes : vélos, sapins et budgets genrés

Place des Terreaux à Lyon by Alex DROP (CC BY-NC-ND 2.0) — Alex DROP , CC-BY

Les municipalités désormais passées aux mains des écologistes proposent des programmes tous plus ineptes et dépensiers les uns que les autres.

Par Nathalie MP Meyer.

Déferlante, raz-de-marée, vague verte historique – au soir du second tour des élections municipales du 28 juin dernier, les commentateurs et les intéressés manquaient de mots pour exprimer leur extase face aux fantastiques résultats des listes écologistes.

Ces villes devenues écologistes

Et de fait, après Grenoble décrochée en 2014 par Cédric Piolle, c’était au tour de Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Annecy, Tours, Poitiers, Besançon (pour ne citer que les plus grandes villes) de succomber à la passion des élus EELV pour la multiplication des pistes cyclables et la suppression des affiches publicitaires en ville.

Une « brillante » victoire pour l’immense parti de Voynet, Duflot et Jadot, une victoire qui a même redonné de grandes espérances à la gauche pour 2022, mais une victoire qui souffre cependant d’un niveau d’abstention record (58,4 % après 38 % en 2014), du jamais vu à ce type d’élection locale réputée proche de la vraie vie des vrais gens.

Dans ces conditions, difficile de dire qu’Éric Piolle a été reconduit à Grenoble par la grâce de sa gestion municipale impeccable puisque son score de 53 % des suffrages exprimés tombe à seulement 18,7 % des inscrits en raison d’une abstention de 64 %. Quant aux nouveaux venus comme Grégory Doucet à Lyon ou Pierre Hurmic à Bordeaux, ils n’ont été élus que par 19 % et 17,5 % des inscrits respectivement. Pas de quoi sauter au plafond.

La pandémie de Covid-19 a évidemment joué, mais n’aurait-elle pas créé un avantage en trompe-l’œil en faveur des partis dont les sympathisants sont également très militants donc plus enclins à se déplacer vers les bureaux de vote en toutes circonstances, y compris dans l’adversité ?

Les écologistes et le sens de l’Histoire

Mais détail sans importance que tout cela, car si l’on en croit le nouveau maire écologiste de Lyon Grégory Doucet, le raz-de-marée écolo devait arriver tôt ou tard et maintenant qu’il est là, plus rien ne saurait l’arrêter. Car voyez-vous, chers amis,

L’écologie est le sens de l’Histoire.

Ce qui est bien avec les écologistes, c’est leur humilité proverbiale, qualité qu’ils partagent d’ailleurs avec tous les constructivistes – vous savez, ces gens qui veulent vous obliger à vivre selon leurs propres canons.

Non seulement ils s’imaginent qu’ils font l’Histoire alors qu’ils ne font que l’actualité, mais ils prétendent carrément qu’ils en représentent le point ultime et éclatant. À les entendre, le 28 juin dernier, l’aspiration universelle au bonheur vert a triomphé des horreurs du « capitalisme productiviste » pour nous entraîner joyeusement vers les délices d’une République sociale et écologique in-dé-pa-ssable ! C’est grandiose.

Grandiose et follement cocasse dans la catégorie lubies, idéologie et obsessions.

Exit le sapin de Noël de Bordeaux

Car si l’on se fie aux premières mesures annoncées par ces nouveaux édiles avides de recomposer le monde à leur façon, il faut croire que le sens de l’Histoire consiste par exemple à… ne plus installer de sapin de Noël sur la grand-place de Bordeaux !

Vous comprenez, un sapin de Noël, c’est un arbre mort, c’est-à-dire un être vivant sensible assassiné par des humains criminellement indifférents aux beautés de la nature, aux limites planétaires et à la biodiversité. Plutôt enchaîner les humains dans des directives absurdes qui entravent leur légitime recherche du bonheur que de toucher à une seule feuille d’un seul arbre !

Le bonheur vert bordelais impose donc d’adopter de toute urgence la Charte des droits de l’arbre signée en 2019 par un groupe de parlementaires réunis à l’Assemblée nationale autour de l’ex-ministre de l’Écologie de François Hollande Delphine Batho, ce que le nouveau maire de Bordeaux Pierre Hurmic compte bien obtenir toutes affaires cessantes avant la fin de l’année :

Ce vélo bienvenu en ville… mais un détestable Tour de France

Le sens de l’Histoire, ce serait aussi d’en finir avec cet événement sportif « machiste et polluant » qui s’appelle le Tour de France, comme l’a déclaré le nouveau maire de Lyon Grégory Doucet, dont la ville accueillait l’arrivée de la 14ème étape le 12 septembre dernier :

Il est des villes qui ne sont que trop heureuses d’être situées sur le parcours du Tour car c’est pour elles une formidable occasion de bénéficier d’un coup de projecteur retransmis dans le monde entier et d’offrir un moment de fête à leurs habitants et visiteurs. Mais pour un écologiste digne de ce nom, il est inconcevable de s’amuser au-delà d’un certain niveau d’émissions de CO2 et si la parité H/F n’est pas scrupuleusement respectée partout, partout, partout.

Position parfaitement idéologique et donc souvent incohérente car on se demande bien pourquoi Anne Hidalgo (qui bénéficie de l’appui des écologistes au Conseil de Paris) est si contente d’avoir décroché les JO de 2024 à Paris alors qu’ils seront considérablement plus polluants et carbonés que le Tour de France.

En ce domaine, ce dernier évolue d’ailleurs au rythme de la société française : limitation du plastique, organisation de la collecte des déchets, introduction de véhicules hybrides et électriques pour les équipes d’organisation, etc. Le directeur du Tour dit même avoir reçu les remerciements du Parc national des Cévennes après le passage de la 6ème épreuve qui s’y déroulait.

Quant au machisme qui éclabousserait la chaussée à chaque tour de roue, il ne saute pas aux yeux des nombreuses femmes qui jalonnent le parcours pour suivre les coureurs et qui apprécient à l’égal des hommes une belle épreuve sportive. Il serait d’ailleurs question de ressusciter la version féminine du Tour.

Mais ce qui agace le plus les écologistes, c’est que le Tour de France présente le vélo sous la forme d’une compétition acharnée, coupable à leurs yeux de promouvoir un individualisme méprisable, et non sous la forme d’un moyen de transport quotidien et sympa en alternative à la voiture compatible avec leur idée du « vivre ensemble ».

Écologistes à Lyon : un « budget genré »

Dans le même ordre d’idées, il est question de supprimer les terrains de foot qui occupent souvent le centre des cours de récréation, ne laissant de ce fait qu’une maigre place sur le pourtour pour les filles. Beaucoup trop masculin, le foot, et beaucoup trop compétitif. Bref, beaucoup trop… « genré ». Le grand mot est lâché et c’est une fois de plus M. Grégory Doucet de Lyon qui se dévoue pour promouvoir partout où cela est possible une égalité millimétrée entre les hommes et les femmes.

Le sens de l’Histoire passe donc aussi par la construction d’un budget « genré ». Mais attention : dans ce cas, genré veut dire qu’on abolit les différences de genre tandis que ci-dessus le terrain de foot était dit genré parce qu’il accusait les différences de genre.

Concrètement, il s’agit de réviser le budget municipal ligne par ligne – environ 700 millions d’euros – en évaluant chaque dépense en fonction de sa capacité à améliorer la vie des femmes et à corriger les inégalités entre les sexes :

Nous voulons construire un espace public partagé. Grâce au budget genré, nous allons savoir si une dépense est neutre, favorable ou négative pour l’égalité femme-homme.  (Grégory Doucet)

Un projet évidemment grandiose de l’avis de ses promoteurs, qui restera néanmoins très limité pour sa première application en 2021. Outre les terrains de foot à l’école, qui seront remplacés par des arbres et des carrés verts – comme ça, au moins, on est sûr que plus personne ne pourra courir en récré – la mesure se limitera à l’achat de 900 places pour les rencontres de l’Olympique lyonnais féminin (football) afin d’égaler à l’unité près les places achetées pour les rencontres de l’équipe masculine.

Tout cela vous a comme un petit air d’affichage vite fait mal fait. Mais ce n’est qu’un début. L’objectif ultime, qui n’étonnera pas venant d’un élu allié à l’extrême gauche, c’est bien de changer les mentalités et les comportements à coups de dépense publique illimitée.

Grégory Doucet compte ainsi investir un milliard d’euros sur cinq ans dans cette opération de redressement de ses concitoyens, incluant notamment la piétonisation à tout-va pour aboutir à une ville 100 % marchable et cyclable ; menus 100 % bio et 50 % locaux dans les cantines (compliqué donc cher car seulement 6 % des agriculteurs de la métropole lyonnaise sont en bio) ; adoption de l’écriture inclusive dans tous les documents de la mairie de Lyon (mais ça coince) ; et restriction des voyages en avion pour faire de Lyon une grande métropole à rayonnement… local !

On voit déjà Lyon croître et embellir sous l’effet de tant de coûteuses nouveautés…

Mais comprenez bien, chers lecteurs, que ce n’est pas par plaisir que les écologistes décident de rendre tristes tous les bons moments de la vie et de restreindre une à une toutes nos libertés. Les activités humaines sont un poids pour la planète, Lyon est « un poids pour la planète », la France est un poids pour la planète, le monde développé est un poids pour la planète et l’Homme est beaucoup trop vivant alors que la planète est en danger de mort.

Cette situation exécrable doit cesser, il n’y aura plus d’arbre « mort » de Noël à Bordeaux, point. Et tant pis si le monde développé n’a pas attendu Grégory Doucet et Pierre Hurmic, ni même Hidalgo, Binoche ou Macron, pour montrer la voie d’un développement harmonieux combinant croissance et respect de l’environnement.

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