Tour de France : machiste et polluant, pour le maire de Lyon

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Le nouveau maire EELV de Lyon a promis de faire du vélo la nouvelle reine du transport urbain. Alors pourquoi s’en prend-t-il à la plus populaire des courses cyclistes ?

Par Bertrand Buisson.

Dans un entretien au quotidien Le Progrès, le nouveau maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, s’est ému du passage du Tour de France entre Rhône et Saône ce samedi 12 septembre. Il a accusé la grande boucle d’être une course « polluante et machiste ».

Pourtant, le nouvel édile a promis de faire du vélo la nouvelle reine du transport urbain. Alors pourquoi le maire EELV de Lyon s’en prend-t-il à la plus populaire des courses cyclistes ?

Le bobo contre le beauf

Un début de réponse est justement parce qu’elle est populaire.

Avec une abstention record de 62 %, Grégory Doucet a été élu en juin dernier par moins de deux Lyonnais sur 10. Pourtant, cet électorat étroit est représentatif du tournant sociologique des grandes villes frappées par la gentrification : les ouvriers et employés sont remplacés par des cadres et des jeunes diplômés voulant vivre en centre-ville mais comme à la campagne.

Au sein de cette nouvelle classe bobo éclairée, le Tour de France a tout de ce qu’ils pensent être le vieux monde : des beaufs sans conscience se massant le long des routes pour gagner une casquette et un échantillon Cochonou, et des champions dopés embrassés par de jolies jeunes filles sur le podium d’arrivée. Tout cela dans les vapeurs de gasoil de cette interminable caravane.

Mais quelle vision étriquée de la vie ! Quelle austérité devant un spectacle sportif accessible gratuitement et plébiscité chaque été par des millions de Français.

Tour de France et rejet des traditions

Pour aller plus loin, c’est même la tradition qui est rejetée par cette pensée écologiste.

Lyon fut la première arrivée d’étape de l’histoire du tour de France le 2 juillet 1903 après 500 km de course depuis Paris, en nocturne et sur des routes en terre. Depuis, en 106 éditions et autant de scénarios épiques, la grande boucle est entrée dans la tradition sportive française.

Au-delà de sa popularité, elle revêt aussi une dimension culturelle puisqu’elle est un moment privilégié pour découvrir ou redécouvrir notre géographie et la richesse de notre patrimoine.

Pour Grégory Doucet, cette tradition est probablement à ranger au rang des vieilleries incompatibles avec les nouveaux dogmes écolos. Comme avec cette volonté municipale de « dégenrer les cours d’écoles » où il s’agirait de rétablir la parité spatiale entre les oppressifs terrains de foot des garçons et les marelles des filles.

L’absence de considérations économiques

En qualifiant le Tour de France de « machiste », Grégory Doucet a d’ailleurs cru bon de pointer l’absence d’une version féminine de l’épreuve. Mais il est allé un peu trop vite et en a oublié les faits.

Le premier tour féminin a eu lieu en 1951 et l’épreuve sera relancée en 2022. Entre les deux, le tour féminin a connu 27 éditions sans jamais trouver un modèle économique viable.

Car qui paye ? Les sponsors à qui Doucet reproche de venir jeter des goodies en plastique aux spectateurs. Or le cyclisme féminin ne génère pas suffisamment d’audience pour les attirer.

Ce n’est donc pas un problème de machisme mais simplement un problème économique semblant échapper à ses lumières.

Grégory Doucet croit certainement en la vertu de sa prise de position et dans le fait qu’il fait de la politique. Mais à trop vouloir idéologiser notre monde, il montre en réalité le mépris de classe des écologistes pour les catégories populaires et un manque absolu de considération pour les réalités économiques.

Espérons que le nouveau maire qui voit en sa ville « un poids pour la planète » allègera l’arrivée de cette 2265e étape du tour de sa présence.

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