Syndicaliste voilée en commission : la droite instrumentalise la laïcité

Manifestation de "syndicats" étudiants (Crédits : Rafael Lopez, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La droite n’a pas à inventer un problème de laïcité là où il n’existe pas.

Par Frédéric Mas.

La question de la laïcité est revenue sur la table ce jeudi matin à l’Assemblée nationale, à l’occasion d’une rencontre organisée sous la houlette de Marie-George Buffet (PCF) en présence de plusieurs associations étudiantes sur les effets du Covid-19 sur la jeunesse.

Juste après la prise de parole de la représentante voilée de l’UNEF, plusieurs députés LR et LREM ont protesté et quitté la pièce.

« Nous faisons le constat avec regret qu’un syndicat étudiant auditionné enfreint le principe de laïcité auquel doit s’astreindre notre Assemblée » a déclaré le député LR du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont.

« Je ne peux accepter qu’au sein de l’Assemblée nationale, nous acceptions qu’une personne se présente en hijab devant une commission d’enquête » a renchéri la députée LREM Anne-Christine Lang.

Coup de théâtre pour la droite

La réunion insignifiante entre formations plus ou moins socialistes ou communistes, destinée à ne déboucher sur rien, s’est donc transformée en théâtre politique pour la droite et accessoirement LREM. Celles-ci sont posées en défenseur de la laïcité républicaine contre l’obscurantisme, au risque d’agacer les musulmans français qui demandent légitimement qu’on leur fiche la paix.

En effet, du point de vue du droit, et donc du respect de la laïcité, rien n’interdit d’auditionner une femme portant le voile ou tout autre vêtement religieux. Après tout, les citoyens ne sont pas tenus à la neutralité religieuse, sauf à être agent de la fonction publique et la liberté de croire et d’exercer sa religion « pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public » comme le dit expressément la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, est protégée par la constitution.

La République ne réclame pas l’athéisme d’État mais le respect du pluralisme social et religieux, tout en combattant ses dérives criminelles et sectaires. Et c’est tout.

Ici, la droite instrumentalise la peur suscitée par l’Islam au sein d’une partie de son électorat pour se refaire une santé médiatique et répondre à la gauche identitaire par une sorte de récupération identitaire du républicanisme. Personne n’a relevé le fait qu’une représentante du « Mouvement rural de la jeunesse chrétienne » avait aussi pris la parole.

Les récentes déclarations du président de la République contre le « séparatisme » ont pu apparaître pour certains comme un signal fort pour reprendre le combat culturel contre les religions en général et l’Islam en particulier au nom de l’indivisibilité de la République. C’est à la fois politiquement excessif et dangereux.

Les Républicains se battent sur deux fronts

En s’attaquant à tous les signes visibles de la pratique de l’Islam dans l’espace public comme étant contraire à l’esprit laïc du régime républicain, on accrédite, en particulier aux yeux des pratiquants, la thèse communautariste de l’incompatibilité de la République et l’Islam. Ce genre de geste médiatique reste au niveau superficiel de la communication politique.

N’oublions pas que les Républicains se battent sur deux fronts : ils doivent convaincre les radicaux qu’ils ne sont pas les bienvenus, et les autres qu’ils sont des citoyens comme les autres, bénéficiant de la protection des mêmes droits et soumis aux mêmes devoirs. Dégonfler l’Islam politique suppose d’éviter d’amalgamer les radicaux aux modérés contre le reste de la population.

La droite n’a pas à inventer un problème de laïcité là où il n’existe pas : ce qui pose problème, c’est plutôt de savoir ce que représente exactement l’UNEF, et pour quelle raison on consulte encore sérieusement ses affidés. Comme d’autres organisations à gauche, de EELV à LFI, le communautarisme, l’indigénisme et le « wokisme » ont remplacé le progressisme d’émancipation et le vieux programme social-démocrate.

Coupée des vraies aspirations populaires, elle a entamé son déclin ces dernières années. C’est sur le terrain du débat d’idées que les forces de progrès doivent convaincre du bien-fondé de l’esprit libéral des Lumières.

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