Le déclin de l’Europe se poursuit

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C’est l’existence même de ce plan de relance de 750 milliards d’euros qui symbolise la poursuite du recul de l’Europe sur la scène internationale.

Par Patrick Aulnas.

Le déclin européen se poursuit dans l’autocongratulation générale entre politiciens.

Les commentaires les plus fréquents présentent le plan de relance de 750 milliards d’euros adopté à Bruxelles le 21 juillet 2020 comme un succès, voire une avancée historique.

Tout cela n’est que poudre aux yeux. Car c’est l’existence même de ce plan qui symbolise la poursuite du recul européen sur la scène internationale.

Emprunter encore et toujours

Lorsque notre déclin sera consommé, les livres d’histoire du futur noteront certainement que les politiciens européens ont présenté comme un succès historique sans précédent la capacité nouvelle d’endetter l’Europe.

Autrement dit, après avoir endetté les communes, les régions et les États au-delà du raisonnable, les politiciens ajoutent une nouvelle strate : l’endettement supranational.

Après la pandémie de coronavirus, il n’est plus possible en effet d’alourdir encore les dettes publiques existantes. Elles sont devenues trop lourdes. Solution évidente : créons une nouvelle dette publique, au-dessus des précédentes.

Évidemment, financièrement, elle vient s’ajouter aux anciennes dettes publiques. Il s’agit d’un pur subterfuge de droit public. Les citoyens européens seront plus lourdement endettés encore, puisque la dette publique pèse sur nos épaules à tous et plus particulièrement sur celles des générations futures.

La communication politique à propos de ce plan relevait d’ailleurs du mensonge. Personne ne s’étonne plus que les politiciens soient des menteurs. Mais le sujet étant un peu technique, ils pouvaient s’en donner à cœur joie et sans risque.

Sur les 750 milliards d’emprunts européens, 390 milliards de subventions seront attribués aux États. Le discours politique a consisté à affirmer que les États bénéficiaires de ces subventions n’auraient rien à rembourser à l’Union européenne (UE) puisqu’il s’agit de subventions et non de prêts. Pure fiction.

Les États devant augmenter les ressources propres de l’UE pour qu’elle puisse rembourser les 750 milliards (comprenant les subventions), tous les contribuables européens contribueront à cette augmentation des prélèvements obligatoires. Nous allons payer, évidemment.

Le principe même du plan de relance européen, financé par la dette, signe donc la poursuite de notre déclin par un endettement incontrôlé.

Dépenser encore plus d’argent public

Le principal problème de l’UE résidant dans l’importance excessive des dépenses publiques (46,7 % du PIB européen selon EUROSTAT), on ne voit pas clairement comment la situation pourrait s’améliorer en les augmentant encore par des ressources empruntées. Chacun perçoit qu’il s’agit d’abattre une dernière carte en utilisant le vocabulaire qu’affectionne la technocratie.

Le programme d’ensemble de soutien à l’économie est en effet baptisé « Next Generation EU » et il comprend sept sous-programmes, dont le principal, qualifié de « Facilité pour la reprise et la résilience », obtient 90 % des fonds soit 672,5 milliards sur 750.

Il faut avoir un toupet de politicien professionnel pour qualifier de Next Generation un plan qui endette nos enfants et petits-enfants jusqu’à 2057, date prévisionnelle de la fin du remboursement des 750 milliards.

Et pour évoquer les notions de reprise et résilience économique en présence d’une augmentation supplémentaire des dépenses publiques, il faut être aveugle ou disposer d’un cynisme à toute épreuve. Il est certainement possible de trouver les deux profils parmi les dirigeants européens.

Les 750 milliards seront vite empruntés et vite dépensés, probablement sur quelques années. L’argent se perdra dans le puits sans fond des administrations qui attribueront ici ou là des subventions. L’effet réel sur l’économie sera imperceptible et non-évalué. Il restera la dette que les générations suivantes rembourseront très longtemps. Les décideurs de Next Generation EU seront déjà tombés dans les oubliettes de l’histoire.

Les incertitudes

Au demeurant, tout reste à faire puisque pour emprunter, il faudra au préalable que les ressources du budget européen augmentent sensiblement. De nouvelles ressources propres devront être trouvées, c’est-à-dire des impôts nouveaux.

Pour cela, l’accord de chaque parlement national est nécessaire, puisque le consentement à l’impôt par le pouvoir législatif est un principe fondamental de l’État de droit. Il n’est donc même pas certain que le plan, annoncé à grand bruit puisse être mis en œuvre. Des blocages procéduraux sont possibles.

La peur de l’avenir

Ainsi va le train-train européen. Tout s’est en réalité arrêté à la monnaie unique. Depuis l’adoption de l’euro en 1999, rien n’a plus été fait. L’Europe stagne ou régresse sur les trois axes essentiels de la géopolitique mondiale : économique, technologique, militaire.

Le poids croissant de l’État-providence nous condamne à une faible compétitivité. L’addiction des gouvernants à l’idéologie écologiste, fondamentalement anti-technicienne, nous accule à la régression scientifique et technique par la peur de l’avenir.

Le refus de construire une Europe de la défense, toujours promise, toujours remise, menace de plus en plus notre sécurité dans un monde où la puissance militaire est une variable fondamentale. Nous avons baissé les bras.

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