Plan de relance européen, solution politique française

Emmanuel Macron by Global Partnership for Education (CC BY-NC-ND 2.0) — Global Partnership for Education, CC-BY

Emmanuel Macron peut considérer cette étape comme une victoire politique. C’est son modèle interventionniste et autoritaire qui triomphe de celui libéral.

Par Frédéric Mas.

L’Europe d’Adam Smith s’efface devant l’Europe de Colbert. L’économiste Anthony de Jasay suggérait une décennie avant le Brexit que deux modèles nationalistes se concurrençaient pour incarner l’esprit de l’Union européenne.

D’un côté, il y avait celui porté par les Britanniques qui comptait sur l’ouverture des marchés, la souveraineté nationale, la concurrence et la liberté de circulation pour faire prospérer le continent.

De l’autre, celui porté par la France, plus politique, fédéraliste et surtout porteur d’une véritable exigence de redistribution socialisante au cœur du projet européen.

Un déséquilibre en faveur de la France

Et puis la Grande-Bretagne s’en est allée avec la crise migratoire qui a vu la suspension des accords de Schengen entre 2015 et 2018. Et puis la crise sanitaire du Covid-19 a provoqué cette année l’une des pires récessions de l’histoire européenne.

L’occasion pour la France, par l’intercession d’Emmanuel Macron, de reprendre la main pour imposer ses vues « nationalistes » et pour l’Allemagne de passer du camp de la rigueur budgétaire à celui de la dépense pour soutenir l’économie européenne dans son ensemble.

Les ambitions de puissance françaises sont désormais totalement dégagées des contraintes libérale et souverainiste britanniques. La situation économique est suffisamment catastrophique pour que la France puisse négocier au nom de l’Europe des États dépensiers un plan de relance qui permettra aussi de redémarrer le projet de fédéraliser le continent.

C’est ce qui s’est fait ce mardi 21 juillet. Un plan de relance à 750 milliards a été obtenu par le couple Macron-Merkel, contre les pays du nord tenant de la rigueur budgétaire.

Si les « frugaux » ont obtenu le fait que les dettes nationales ne soient pas mutualisées au niveau européen comme un certain nombre de rabais, le plan se traduira tout de même par 390 milliards de subventions de la poche des Européens pour sauver l’Union.

Préparez-vous donc à une nouvelle vague de taxe écolo pour soutenir l’effort collectif. Bruno Le Maire a annoncé que la France allait recevoir 40 milliards de ces subventions européennes : l’UE se fait donc sponsor de l’État dépensier français.

Un plan de relance européen en forme de victoire politique

Emmanuel Macron peut considérer cette étape comme une victoire politique. Contrairement à la Grande-Bretagne, l’alliance des pays du Nord « frugaux » est impuissante à contenir l’ambition nationaliste française visant à consolider l’Union au détriment de la liberté économique et de la prudence budgétaire.

Faute de Margaret Thatcher, les socialistes européens se sont contentés de concentrer leur colère contre Mark Rutte. Toute la presse française s’est empressée de décrire le représentant des Pays-Bas comme radin, avare ou égoïste pour son peu d’empressement à accepter les propositions mirifiques de notre président. Mais Rutte, malgré ses qualités, n’est pas la dame de fer, et les Pays-Bas, malgré son insolente prospérité économique, n’a pas le poids de la Grande-Bretagne.

Le modèle des pays frugaux était pourtant bien meilleur que celui franco-allemand. Mais il obligeait les pays du sud à se réformer pour se libéraliser, ce qui semblait une contrainte extraordinaire pour des pays comme l’Italie ou l’Espagne.

Le vrai plan de relance eut pourtant été une baisse significative des impôts et un vrai choc de simplification administratif. Mais l’ambition française est ailleurs : elle préférera toujours l’Europe de Colbert -et Bonaparte- à celle d’Adam Smith et de la concurrence institutionnelle.

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