Cash Investigation voit des écarts salariaux où il n’y en a pas

Les inégalités salariales existent, il n’y a pas besoin d’en voir là où il n’y en a pas.

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Cash Investigation voit des écarts salariaux où il n’y en a pas

Publié le 16 juillet 2020
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Par Quentin Briendo.

Élise Lucet et son programme Cash Investigation incarnent parfaitement le journalisme d’investigation moderne : élégant, dynamique et pétri d’idéologie.

Balance ton salaire

L’émission intitulée « Inégalités homme-femme : balance ton salaire », sortie en mai 2020 sur France2, se veut être une analyse du monde de l’entreprise ayant pour but de comprendre l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes.

En réalité, il s’agit bien plus d’une enquête à charge dans laquelle tous les inspecteurs sont en proie au biais de confirmation, accordant davantage d’attention aux arguments confirmant leur hypothèse de départ qu’à ceux les infirmant.

Le titre lui-même, « Balance ton salaire », en référence au mouvement « Balance ton porc » dont l’initiatrice a été condamnée pour avoir diffamé l’homme qu’elle accusait de harcèlement sexuel, permet de prendre conscience que le militantisme primera sur l’analyse objective.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’impartialité d’Élise Lucet est contestée puisqu’en 2016, l’association française pour l’information scientifique publia un communiqué disant que le reportage « Produits chimiques, nos enfants en danger » induisait le téléspectateur en erreur.

Le monde n’est pas manichéen. Il n’est ni blanc ni noir, il se décompose en nuance de gris. Dès lors qu’une enquête vise un sujet de société et non plus un individu elle devient de facto complexe puisque le nombre de protagonistes est démultiplié. Il devient alors nécessaire d’apporter de la tempérance et du relativisme dans les propos. Par exemple, la révolution industrielle a permis à l’Homme d’atteindre un niveau de vie jamais égalé auparavant mais a augmenté dans le même temps son impact sur le système écologique planétaire.

Une liste non exhaustive des titres des épisodes de Cash Investigation permet d’avoir une idée de la part belle faite au sensationnalisme au détriment de la tempérance :

    • Les secrets inavouables de nos téléphones portables.
    • L’eau, scandale dans nos tuyaux.
    • Pesticides : notre santé en danger.
    • Industrie du tabac : la grande manipulation.
    • Luxe : les dessous chocs.
    • Implants : tous cobayes ?
    • Sucre : comment l’industrie vous rend accros.

Des chiffres en pagaille

Cash investigation s’attaque au secteur bancaire qui serait le plus discriminant en termes de salaire à l’égard des femmes. Un homme y gagnerait en effet 36 % de plus qu’une femme. La Caisse d’épargne est prise comme cible privilégiée.

Voici une image du bilan social 2018 de la Caisse d’épargne île-de-France, légèrement retouché par France2 afin que la colonne dans laquelle se trouvent les salaires des femmes, en rouge, soit juxtaposée à celle des hommes, en vert. France2 a également ajouté l’écart moyen entre homme et femme pour chaque tranche salariale puis a calculé l’écart de salaire moyen.

Après avoir communiqué ce chiffre à la direction de la Caisse d’épargne, celle-ci a répondu que la méthode utilisée pour trouver 18 % d’écart salarial était faussée. Elle affirme qu’il faut procéder à une moyenne des écarts pondérée par les effectifs pour statuer de l’inégalité entre les hommes et les femmes.

La direction affirme donc que l’écart salarial entre homme et femme est de l’ordre de 1 %.

Mais alors alors laquelle des méthodes, celle de France2 ou de la Caisse d’épargne, est la plus viable ?

Petite analogie pour expliciter la situation

Admettons qu’il existe une entreprise composée de 50 femmes et de 50 hommes.

48 des 50 hommes perçoivent un revenu de 1200 euros mensuel. 49 des 50 femmes perçoivent un revenu de 1200 euros mensuel. La femme et les deux hommes restants perçoivent un revenu de 10 000 euros mensuel. Nous divisons l’entreprise en deux tranches : la tranche 1, composée des gens gagnant moins de 5000 euros, et la tranche 2, composée de ceux gagnant plus de 5000 euros :

Nous supposons que les écarts salariaux entre les deux tranches sont dues aux qualifications pures.

Dans cette situation où il n’existe à priori aucune discrimination en fonction du sexe, le calcul de Cash Investigation aboutirait pourtant à une inégalité salariale d’environ 13 % en faveur des hommes du simple fait qu’ils soient un de plus dans la tranche 2 ! La méthode de calcul de la caisse d’épargne,quant à elle, conclut qu’il n’existe pas d’écart de revenu en fonction du sexe dans cette entreprise.

Admettons maintenant que notre entreprise imaginaire décide d’augmenter de 100 euros le salaire mensuel de toutes les femmes :

Malgré le fait que 98 % des femmes gagnent davantage que 96 % des hommes dans cette entreprise, France2 aboutit toujours à un résultat de l’ordre de 5 % en faveur des hommes. Le calcul de la caisse d’épargne, lui, montre que les hommes ont tendance à moins gagner que les femmes dans cette entreprise, ce qui est est vrai dans la très vaste majorité des cas.

La faille dans la méthode de calcul de France2 est de ne pas prendre en compte la représentativité de chacun des sexes dans chaque tranche et de ne faire qu’une moyenne générale.

Il est possible de pousser le vice un peu plus loin : Si l’on reprend les chiffres fournis par la caisse d’épargne, France2 aboutirait à un écart salarial de 13,49 %:

Si d’aventure la Caisse d’épargne voulait agir en fonction des critères de France2 elle disposerait d’une méthode relativement simple. Il lui suffirait de remplacer les 469 femmes de la tranche F par 469 hommes. Ainsi la moyenne du salaire des femmes remonterait artificiellement tandis que celle des hommes diminuerait:

Une bien belle victoire pour le féminisme…

Biais de confirmation ou incompétence

En observant les chiffres de la Caisse d’épargne, on constate que le plus gros écart se trouve dans la catégorie des plus hauts salaires (-15,5%). Cela ne concerne cependant que 15 salariés sur les 3364 que compte l’entreprise. Les femmes les plus discriminées à la caisse d’épargne sont donc au nombre de 4 et ne perçoivent que 148750 euros par an en moyenne. Les pauvres…

Cependant Cash investigation ne remet pas son chiffre en cause. Les experts qu’ils ont consultés leur ont dit : « En faisant une moyenne des écarts, cela minimise justement ces écarts ».

Cette phrase est tout bonnement ahurissante. Par quel miracle la moyenne d’un ensemble de valeurs pourrait-elle être inférieure à la plus petite des ces valeurs ? Est-ce qu’un professeur minimise les notes de sa classe en faisant une moyenne de classe ?

Le reportage présente toutefois de la cohérence dans l’erreur : il ne sourcille pas en voyant que la moyenne du salaire homme/femme dans la tranche HC/MS est inférieure aux revenus des hommes et des femmes de cette même tranche. C’est pourtant impossible.

Je me permets de rappeler ici en vidéo le niveau du service économique de France2. Ironie du sort, l’interlocutrice n’est autre que Élise Lucet.

 

Et non malheureusement. Je n’ai pas fait polytechnique non plus mais je sais qu’une augmentation annuelle de 6 % pendant 5 ans font 33 % et non 30 % car il faut prendre en compte l’augmentation de l’année précédente.

L’égalité partout

Ce cas permet de bien comprendre le dogme égalitaire qui sévit jusqu’à l’aveuglement sur le service public et plus largement dans notre société.

Il est la démonstration que :

  • malgré un écart salarial de 1 % entre les hommes et les femmes,
  • malgré une transparence totale vis-à-vis de ces chiffres,
  • malgré un historique en sa faveur, la Caisse d’épargne étant la première banque à avoir permis aux femmes de disposer d’un livret sans l’autorisation de leur mari

Non, malgré tout cela elle sera considérée comme sexiste, machiste, phallocrate car France2 l’a décrété.

Les inégalités salariales existent, il n’y a pas besoin d’en voir là où il n’y en a pas.

« La vérité perd sa dignité dans l’excès de ses protestations » Ray Bradbury, Fahrenheit 451

Mise à jour : Cash Investigation a pris contact avec Contrepoints. Des modifications ont donc été apportées à cet article initial le 24 avril 2020.

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  • La télévision de service public est une honte et cette madame Lucet en est l’une des preuves vivantes.
    Et on paye la redevance pour cela !

  • Mme Lucet pourrait investiguer sur l’ argent occulte des syndicats etc etc

  • On voit bien que les statistiques et les chiffres peuvent être tordus pour donner le résultat attendu.L’inculture mathématique couplée à la confiance exagérée(quasi religieuse) en tout ce qui se targue de rationalité n’arrange pas la situation. Les falsificateurs ont un boulevard devant eux.

    • Et oui ! Le journalisme nécessite aussi une bonne connaissance des mathématiques et de l’orthographe, ce qui par les temps qui courent est un gros problème.

      • On se demande comment on peut avoir 18% d’écart même sans pondération alors que le plus gros différentiel est de 15,5%. Alors en regardant les chiffres de FR2 on voit que les chiffres de départ ne sont pas du tout les mêmes, pour toutes les tranches.

  • Comment encore parler de journalisme ? C’est une mascarade. Heureusement nous avons maintenant le choix, le net offre de nombreuses sources d’informations, dont Contrepoint, j’ai depuis longtemps quitté la télé et je constate que de plus en plus de gens le font également surtout les jeunes. Ce qui est totalement anormal c’est que je suis forcé de subventionner cette gabegie audiovisuelle avec mes impôts alors que je souhaiterai donner plus à Contrepoint.

    • Demandez votre abonnement internet sans box télé. Ca vous économisera déjà 10 euros par ans en moyenne.
      Ensuite, il suffit de cliquer sur la petite croix qui déclare que vous n’avez pas de téléviseur lors de votre déclaration (personne n’ira vérifier…)
      Voila, presque 20 euros par mois à donner à Contrepoints, et 10 euros de moins aux ordures gauchistes qui travaillent a France Pravda

  • La vision fonctionnariste de la société recherche l’égalitarisme systématique là où il n’a pas lieu d’être. Dans une entreprise, 2 hommes qui ont les mêmes profils ont souvent des salaires différents, ce que nos fonctionnaires médiatiques ne semblent pas avoir conscience : le salaire selon le mérite, ça existe ?!.

  • Les ficelles sont devenues des cordes à 7 mètres…
    Si CI continue ainsi, A2 va pouvoir ancrer un paquebot!

  • C’est sûr que c’est difficile de trouver des inégalités de revenus entre les hommes et les femmes sachant que :
    – si on est salarié, le Code du travail, repris par toutes les conventions collectives interdisent tout écart de salaire selon le sexe,
    – si on est fonctionnaire, le statut de la fonction publique l’interdit également,
    -si on est travailleur indépendant, membre d’une profession libérale ou chef d’entreprise, la rémunération dépend de l’activité et non du sexe.

    • les salaires sont différents en fonctions de l’école d’origine et de l’expérience professionnelle effective.
      Une femme qui a eu 3 enfants peut avoir 5 à 6 ans d’expérience en moins qu’un homme du même age. Donc structurellement il y a des différences de salaire, c’est normal et je ne vois pas pourquoi une boite prendrait l’éducation des enfants comme de l’expérience pro.

  • Il y a 2 aspects :
    – la mauvaise foi journalistique
    – l »incompétence totale en matière de statistique illustrée p

    • Il y a 2 aspects :
      – la mauvaise foi journalistique
      – l ‘incompétence totale en matière de statistiques illustrée par le 5×6% dans le calcul de l’augmentation sur 5 ans.

      Cela me rappelle un article ou après 2
      mois de palabres sur les décès du Covid diminuant le week-end et augmentant le lundi, des journalistes avaient expliqué que c’était la faute des lecteurs qui ne savaient pas interpréter les chiffres, mais qu’un élève ingénieur génial avait trouvé la solution et écrit un programme pour lisser les courbes.

  • Dans l’entreprise citée en exemple, la part de la masse salariale consacrée aux femmes représente 53% de la masse salariale totale. C’est une inégalité intolérable. Il faut d’urgence rétablir la parité, non mais des fois ! Il convient également de remarquer que les femmes représentent 56% de l’effectif. Encore une inégalité injustifiable ! Décidément, les hommes sont brimés. Une juste parité conduirait à licencier 191 femmes de l’effectif pour les remplacer par des hommes, virées du jour au lendemain pour respect de la parité. Ce ne serait que justice (sociale du guerrier).

    Plus sérieusement, on note un phénomène fréquent, pour ne pas dire typique des effectifs professionnels, à savoir que les femmes représentent 65% des employés pour seulement 46% des cadres, jusqu’à ne plus représenter que 27% de l’effectif de direction. Cet effet de structure pyramidale des effectifs féminins explique l’essentiel des écarts globaux de salaire, écarts en réalité de 3%, différence entre 53% de la masse salariale et 56% des effectifs.

    Pour les employés et cadres, deux tiers des différences s’expliquent concrètement par les choix de vie personnels, un tiers seulement par des écarts de salaire à niveau égal (mais l’analyse des écarts est incomplète en l’absence des critères de formation et d’ancienneté). S’il y a véritablement un problème, il se concentre plus sûrement au niveau du personnel de direction où il existe, semble-t-il, une sorte de plafond de verre. Mais c’est la quadrature du cercle, puisqu’il s’agit de trouver des profils à la fois rares (1 pour 1000 des effectifs) et déterminants pour la survie de l’entreprise.

  • Je commenté rarement pour critiquer, mais force est de reconnaitre la médiocrité intellectuelle et le manque d’intégrité de ces journalistes

    D’autant plus que le calcul est une simple question de bon sens

  • En France, plus de 96% des détenus sont des hommes. Voilà une bonne piste pour établir un début d’égalité hommes/femmes !

    • Et aussi : selon une étude (très sérieuse) menée dernièrement par IMdB, les hommes sont plus susceptibles de mourir à l’écran que les femmes. En effet, 75,1% des décès dans les films sont masculins, contre 24,9 % pour les rôles féminins.

  • on attend depuis un moment de voir des exemples concrets de ces hommes et ces femmes qui faisant le m^me travail ne gagent pas la même chose… curieux non…?

  • et après cela, il y en a qui ont toujours une télé pour payer la redevance ?

  • Les commentaires sont fermés.

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Nous avions déjà constaté lors d’un précédent billet que les reportages de Cash Investigation souffraient de biais idéologiques. Il s’agissait d’égalitarisme dans l’épisode concernant les inégalités salariales entre les hommes et les femmes. Ce nouvel épisode, consacré à l’entreprise McDonald's, baigne quant à lui dans un anticapitalisme primaire.

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