Nos sociétés doivent retrouver le goût de la prise de risque

Opinion : l’innovation est souvent le produit d’une prise de risque qui peut se terminer par un échec cuisant mais aussi comme une grande avancée.

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Nos sociétés doivent retrouver le goût de la prise de risque

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 16 juillet 2020
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Par Gaël Campan et Alexandre Massaux1.

La crise du Covid-19 et la stratégie du confinement adoptée pour lutter contre le virus en dit beaucoup sur nos sociétés. Afin d’empêcher la progression d’une pandémie, la population a été forcée à l’immobilisme et assignée à résidence pour limiter le risque de contagion. Ce dernier point est devenu un enjeu majeur.

L’aversion au risque, la recherche d’une société idéale où le danger n’existerait plus et où la sécurité serait totale sont les nouvelles tendances dominantes. La mort semble être devenue un phénomène de plus en plus inacceptable comme le démontre le décompte anxiogène des victimes du Covid. Pour autant, cette recherche d’une trop grande sécurité n’est pas souhaitable et est même contreproductive.

Le confinement comme apogée d’un monde sécuritaire

Le confinement avait été défendu au début comme une stratégie visant à éviter une surcharge du milieu hospitalier et un effondrement de celui-ci. Mais peu à peu cette rhétorique a été remplacée par une autre plus sécuritaire.

Les mesures de confinements sont devenues un réflexe dès que le nombre de cas remonte et ce même si la capacité hospitalière n’est pas débordée. Comme le montre les exemples de Lisbonne ou de Melbourne, le confinement, bien que plus localisé, est toujours une stratégie jugée acceptable par les dirigeants.

À cet aspect sécuritaire s’est ajouté un discours de rejet vis-à-vis du monde d’avant la crise qui démontre une instrumentalisation de celle-ci à des fins purement politiques.

On se souvient par exemple, de la tribune signée par un certain nombre d’artistes qui ne voulaient pas un retour à la normale. En cela, le confinement s’inscrit dans une approche constructiviste voulue par certains pour assurer un monde meilleur et plus sûr.

La recherche impossible et contreproductive du risque zéro

La sécurité absolue n’existe pas car le risque zéro est un impossible à atteindre en pratique. Au Canada, plusieurs anciens et actuels dirigeants, du secteur de la santé publique, de différents systèmes de santé et du domaine universitaire ont conscience de cette réalité et ont soumis aux gouvernants des provinces et de l’État fédéral une lettre ouverte.

Cette dernière appelle à « cesser de penser à tenter d’éradiquer cette maladie, ce qui est irréaliste et mènera à la dévastation continue de notre société, et nous fixer un nouvel objectif. »

Ces responsables mettent aussi l’accent sur le fait qu’une approche trop sécuritaire en matière de lutte contre la Covid-19 a « des conséquences disproportionnées sur les groupes à plus faible revenu, les personnes de race noire et autres groupes racialisés, les immigrants récemment arrivés au Canada, les populations autochtones et d’autres populations. »

De plus, précisent-ils « ces mesures risquent en outre de causer d’importants préjudices à nos enfants ». Ainsi la volonté de vouloir éviter tout risque sanitaire lié au Covid-19 a conduit à développer d’autres risques sociétaux et sanitaires qui seront à moyen et long terme plus problématiques.

Si la tribune de ces responsables vise avant tout le Canada, le raisonnement est applicable au reste du monde qui a réagi à quelques variations près de la même manière.

Le monde progresse avec la prise de risque

Refuser la prise de risque revient à condamner nos sociétés au mieux à l’immobilisme au pire à leur affaiblissement. À la fin du Moyen-Age, le continent européen était ravagé par les épidémies et les guerres. Mais les grandes expéditions d’explorateurs décidant d’aller vers l’inconnu ont permis à l’Europe de connaitre un âge d’or et un développement majeur.

L’innovation est souvent le produit d’une prise de risque qui peut se terminer par un échec cuisant mais aussi comme une grande avancée.

Plutôt que de vouloir supprimer la notion de risque au nom de la sécurité, il conviendrait plutôt d’encourager la témérité d’entreprise et l’action, une prise de risque mesurée. Le hasard et la chance sont des phénomènes naturels irréductibles. Il est utopique de vouloir les supprimer. Il conviendrait plutôt de tirer avantage de l’inconnu et des incertitudes qui nous entourent pour les transformer en opportunité de progrès.

  1. Gaël Campan et Alexandre Massaux sont  respectivement économiste senior et chercheur à l’Institut économique de Montréal
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  • La sclérose et la peur du changement étaient déjà réelles et généralisées avant le Covid dans les vieilles sociétés. L’épidémie les a renforcées de façon dramatique.
    La peur est aussi un puissant outil de contrôle social. Nos gentils dirigeants, soucieux de notre bien-être, ont commencé à goûter à ses « bienfaits », grâce auxquels ils peuvent travailler sur une population soumise. Ils n’y renonceront pas d’eux-mêmes.
    La peur est aussi un puissant levier d’achat pour certains marchands – l’argument était omniprésent dans les discours publicitaires bien avant le Covid. Là aussi, l’industrie pharmaceutique n’a aucun intérêt à sortir de ce discours.
    Agiter des croquemitaines, c’est mauvais pour la santé globale des sociétés et des individus – mais beaucoup de gens y trouvent leur compte.

    • Machiavel l’avait noté: « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes.»
      Ce terrain a été labouré depuis longtemps avec l’exploitation de l’ecologie et du terrorisme.

  • Le progrès n’est pas dû directement à la prise de risques, il découle de la libre jouissance laissée à ceux qui ont pris des risques des fruits de ces risques, savoureux ou vénéneux autant qu’ils sont. Nos états, en protégeant malgré tout (et aux frais de tous) ceux qui prennent bêtement des risques gratuits et en imposant le partage des profits de ceux qui les ont acceptés pour des créations fructueuses, faussent le sens du risque.

  • Derrière cet appel à la prise de risque, se trouve à mon avis, une conception de la vie humaine qui considère que la vie biologique n’a pas à être préservée au détriment de la vie sociale, économique, spirituelle.
    La non prise de risque, c’est tuer la vie au nom de la vie. Une absurdité.
    Nos gouvernants l’ont fait, ils recommenceront, car les grands principes ne sont jamais bafoués sans dommage ultérieur.
    Et les Occidebtaux, pour qui les dictatures c’est vilain, mais c’est du passé ou c’est ailleurs, ne voient rien venir…

  • +1 pour l’ensemble de vos oeuvres, et hoppla !

    « Une mouche qui volait vit un grand rassemblement de mouches. Elle s’empressa de rejoindre ses congénères et se trouva prisonnière d’un papier collant.
    Moralité : il n’y a pas de sécurité dans le nombre, ni en quoi que ce soit d’autre.  »
    Roland Jaccard

  • Parlez moi de courage mais arrêtez de me raconter des sornettes en faisant la promotion de la prise de risque. Personne ne prend de risque, jamais. Chacun fait comme l’alpiniste qui assure ses prises et pitonne sa paroi. La prise de risque, ça n’existe pas, je n’ai jamais vu un entrepreneur en prendre. J’ai toujours vu les gens les plus talentueux et les plus entreprenants se border de tous les côtés. Ce qui existe, ce sont des actions raisonnées avec des estimations de réussites et des anticipations de pertes acceptées. Quand la réussite est plus grande que prévue, on a eu de la chance, quand c’est la perte qui est plus grande, on s’est planté ou on a joué de malchance.

    Les seuls entrepreneurs que j’aie vu prendre des risques étaient des inconscients ou des négligents qui faisaient n’importe quoi dans la précipitation, trop tard, trop cher, sur un coup de tête, comme ils auraient joué de l’argent au jeu. Aujourd’hui c’est l’Etat qui est dans la folie de cette prise de risque. Que personne ne le suive dans ses errements en en rajoutant dans l’irresponsabilité. La société civile et le secteur privé doivent au contraire tenir bon, prendre encore moins de risque et s’assurer encore davantage comme doit le faire l’entourage de l’entrepreneur ruineux qui s’est rendu indigne de la confiance accordée par son personnel, sa famille, ses partenaires.

    L’aversion au risque est liée à l’instinct de survie. Aucun humain jamais ne la perdra. C’est irresponsable de tenir un langage pareil à des jeunes en période de formation car ils pourraient prendre à la lettre ce conseil idiot de la prise de risque. J’ai toujours vu l’audace payer seulement avec au départ des arrières solides servant de tremplin à une action raisonnée.

    Parlons de courage, d’action raisonnée, de curiosité à développer avec compétence, intelligence, comme l’alpiniste qui grimpe en milieu hostile vers des sommets inconnus, pas en prenant des risques, jamais, mais en s’assurant, toujours.

    Question de langage. La prise de risque est un mythe propagé par ceux qui veulent en faire prendre aux autres mais se gardent bien d’en prendre. Il est propagé par ceux qui ont failli et qui veulent entraîner les autres dans leur chute comme le fait l’Etat en ce moment. Arrêtez de raconter ce mythe, c’est dangereux pour les naïfs qui pourraient y croire, et ce n’est pas ce qui sauvera la France de la faillite.

    Arrêtez de fustiger le besoin de sécurité qui est primordial et ne disparaitra jamais. et heureusement. Parlez de courage, de créativité, de curiosité, d’action raisonnée sans vous défier de l’aversion au risque considérée comme un frein inutile. Apprenons à utiliser cette aversion comme un atout afin de tenir la barre dans la tourmente d’abus de dépenses et de dettes publiques qui menace la sécurité du pays..

  • C’est sans risque de vouloir que la société ose prendre des risques.. C’est une autre histoire à titre individuel.
    Un état peut il prendre des risques, non, de ses décisions dépend la vie de millions de personnes, sa politique doit donc être du moindre risque…mais en fait, ce risque est individuel, est-ce que je vais subir les mefaits de ma décision.. Oui, électoralement parlant… D’où la nécessité du mandat unique non renouvelable, sans doute plus de 5 ans mais moins de 10. L’affaire cov2 est typique, la peur de l’erreur à conduit l’état entre les mains de charlatans, les « scientifiques ».. De salon depuis trop longtemps. Et c’est le cas pour toutes les autres décisions de l’état , trop faible intellectuellement d’où le règne des conseillers.

    • Ca n’est pas un choix, un dirigeant, un état prennent des risques. A eux de s’assurer que le calcul de ces risques a été correctement fait, et la hiérarchisation des actions par rapport aux ratios efficacité/risque correctement effectuée, c’est à dire sur des critères économiques et de bien-être. Quand c’est fait en toute conscience, il est facile de défendre l’imprévision des rares occurrences d’événements malheureux à ultra-faible probabilité (genre le météore qui détruit la ville). Quand c’est fait pour séduire l’électeur lambda et en dépit de toute logique, c’est autre chose…

      • Faut quand même être assez à côté de ses pompes pour faire science po et l’ena, c’est le signe d’une nevrose, ce sont tous des grands malades.. C’est le rêve de personne de sensé.. Ily a plein d’études menant à rien pour ces gens là, le grec ancien les arts.. La géographie… Les uns, c’est par aucuns besoins financiers les autres.. Une vengeance sur la société ?
        On a besoin d’ingénieurs de scientifiques pas de ces gens là.

        • J’ai côtoyé pendant 2 ans de mes études un élève-ingénieur qui envisageait de faire l’ENA. Il n’était pas insensé, ce serait trop facile pour les reconnaître. Il avait le goût d’organiser le monde, pour le mieux croyait-il sincèrement. Il n’a finalement pas fait l’ENA, mais a quand même été au Commissariat au Plan et directeur à EDF. Non, ce ne sont pas des malades, ce sont des esprits impressionnants et qui impressionnent. Le problème est plutôt que notre éducation ne nous conduit pas à voir la supériorité de ceux qui restent ingénieurs et scientifiques, comme par exemple mon autre coloc de l’époque qui a été l’un des pères de l’opto-électronique alors qu’il était moins bien classé que l’aspirant énarque…

          • En France, pays de cocagne du BTP, c’est le secteur de la construction qui organise le monde pour le ranger sur des étagères. Les ingénieurs ne sont pas des esprits plus impressionnants que d’autres. Ce sont des bosseurs compétents qui ont été réduits au rôle de cheville ouvrière comme subordonnés de pro de la comm parachutés pour détruire l’industrie et dilapider les trésoreries des entreprises qui en avaient. En récompense de leurs efforts les ingénieurs ont été humiliés par ces olibrius incompétents dont ils devaient subir sans broncher les diktats et ils ont été surtaxés en leur qualité de salariés par un Etat qui ne laissent qu’un faible revenu disponible à ses administrés.

            Le métier d’ingénieur a beaucoup fait rêver, il a été très prestigieux, mais il a été très mal valorisé. Lq France a été un pays de gens industrieux et épris de technique qui ont été brisés dans leur évolution (qui allait de manuel à technicien à ingénieur à inventeur) par la collusion d’une Administration spoliatrice, de mafias corrompues et d’une mentalité communiste (maquillée en écologisme) anti-industrielle. Quand vous parlez de « notre » éducation, je ne sais pas de l’éducation de qui vous parlez. Parce que entre l’ingénieur, le fonctionnaire, le mafieux et l’écolo-communiste (entre autres), l’éducation n’est pas la même et il n’y a pas de « nous » qui tienne.

            • Je pensais à l’éducation par des fonctionnaires pour des fonctionnaires. Peut-être aurais-je dû écrire « culture ».

              • L’aspirant énarque était fils d’enseignants, l’ingénieur-inventeur fils d’un médecin possédant sa propre clinique et compagnon de la libération. Difficile de ne pas faire un lien…

            • Pour avoir des ingénieurs, il faut avoir des entreprises qui emploient des ingénieurs – au moins pour débuter.

              Et ingénieur vélomobile, c’est pas top pour le prestige

  • Il ne s’agit pas de prendre des risques, mais des risques calculés. Et dans le calcul de prendre en compte celui de l’action et l’inaction.

    On pleure quelques centaines de milliers d’euros pour des masques qu’on n’a pas renouvelés puis qu’on n’aurait acheté en trot grand nombre, alors qu’on tue l’économie et jette par les fenêtres des milliards qu’on n’a pas !

    Faut remettre des piles dans la calculette. Ou plus exactement changer de conseillers. Pourquoi continue-t’on à nous saouler avec les recommandations de ceux qui ne savent pas calculer le risque et en plus n’abordent qu’un côté du problème (action ou inaction), et se cramponnent pour empêcher les autres d’aborder le problème sous un autre angle où le risque est plus maîtrisable.

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