Emmanuel Macron interpellé par des manifestants, un 14 juillet tendu

À l’heure où Emmanuel Macron est tenté de « verdir » son mandat pour séduire les métropoles et les médias, le reste du pays semble au bord de la crise de nerfs.

Par Frédéric Mas.

Une cérémonie du 14 juillet interdite au public d’un côté, des heurts, des manifestations qui dégénèrent et des provocations dans les rues de Paris de l’autre.

Emmanuel Macron interrogé par des journalistes triés sur le volet pour calmement défendre son bilan et expliquer les orientations de son nouveau gouvernement, Emmanuel Macron bousculé et conspué par des Gilets jaunes lors de sa sortie dans le jardin des Tuileries.

Le contraste entre les deux mondes qui se sont côtoyés hier à Paris en dit plus long sur l’état du pays que la déclaration présidentielle qui, pour l’essentiel, ne fait que redire ce qui a déjà été dit ailleurs, à quelques variantes près.

Sur les masques obligatoires dans les lieux publics clos, la rentrée scolaire, ou le plan de relance, Emmanuel Macron ne fait que confirmer ce qui s’est déjà dit. Le plan de relance à 100 milliards, qui au passage s’accommode d’un report de la suppression de la taxe d’habitation pour tous, garantit que rien ne change vraiment.

Le saupoudrage d’argent public ne fera que pérenniser les équilibres existants au détriment de la réforme qui doit libérer le pays. Mais tout cela, nous le savions déjà avec la nomination de Jean Castex, qui signalait le retour au conservatisme institutionnel et à l’interventionnisme bureaucratique classique dans notre pays.

Un pays sous tension

Les manifestations d’hostilité à l’endroit du président de la République, qu’elles proviennent du personnel soignant, des Gilets jaunes, ou des casseurs, offrent un instantané sur l’état de tension du pays.

Loin de la mise en scène politique de l’unanimité autour de la fête nationale, exceptionnellement organisée pour célébrer le personnel soignant, la rue est le théâtre de la colère des opposants qui s’en prennent plus ou moins pacifiquement aux symboles du pouvoir.

La police en fait les frais, et le président se fait huer. À l’heure où Emmanuel Macron est tenté de « verdir » son mandat pour séduire les métropoles et les médias, le reste du pays semble au bord de la crise de nerfs.

Le gouvernement n’a pas retenu les leçons de la crise sanitaire, et ne voit pas que sa trop grande dispersion est en train d’éroder dangereusement sa légitimité et d’alimenter les tensions.

La « guerre contre le coronavirus » d’Emmanuel Macron s’est traduite par une extension des pouvoirs de l’État sur l’économie et une emprise accrue de l’administration sur la propriété et la liberté de commercer, jusqu’à aggraver la pénurie. En dépensant sans compter l’argent des citoyens pour financer sans compter les activités les plus diverses, l’État néglige depuis des décennies ce qui devrait être le socle de son activité, à savoir la sécurité et la justice.

L’ordre par la justice oublié

Aujourd’hui, la violence ordinaire est quotidienne, les pratiques émeutières devenues banales, et la justice passe régulièrement pour trop laxiste ou complaisante, quand elle n’est pas directement cornaquée par l’exécutif lui-même. La nomination d’Éric Dupond-Moretti, après avoir suscité l’intérêt des médias, n’a fait que renforcer les tensions entre exécutif et magistrats.

Depuis trop longtemps le gouvernement donne l’impression de se coucher et de céder devant toute manifestation violente, le tout pour acheter une paix civile précaire qui dure en général jusqu’aux violences et aux émeutes suivantes.

En refusant de restaurer l’ordre par la justice, l’État envoie de très mauvais signaux : on obtient tout par la violence, le rapport de force permanent, et celui qui se fait le plus vocal a droit à de l’argent gratuit, de la considération et éventuellement sa couverture médiatique. Le populisme se nourrit silencieusement de ces négligences coupables.

Défendre la liberté individuelle et la propriété

L’économie administrée n’a pas marché lors de la crise sanitaire, c’est pourquoi elle ne marchera pas davantage pour contenir la récession économique qui vient. Les changements cosmétiques du gouvernement Castex ne doivent pas faire oublier que Bruno Le Maire reste aux commandes de l’économie, et que les solutions qui furent des échecs hier ne deviendront pas meilleures demain.

Dans les deux cas, le régalien comme l’économie, c’est le périmètre de la liberté individuelle et du droit de propriété qu’on sacrifie au nom de l’immobilisme et la stabilité de l’exécutif.

Dans les deux cas, c’est à un retour aux missions fondamentales de l’État et son désengagement qui permettront de sortir de la crise.

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