Pandémie aux USA : le problème des maisons de retraite

La réaction à la pandémie de coronavirus guidée par les modèles, comporte désormais le sacrifice direct du segment de la population le plus vulnérable au virus.

Par Peter C. Earle.
Un article de l’Institut américain pour la recherche en économie (AIER)

À la fin du mois de juin, de nombreux gouverneurs ont remis en vigueur des mesures coronavirus qui étaient en cours d’arrêt. Pourquoi ? En raison d’une prétendue flambée de nouvelles infections Covid-19. D’autres États ont suspendu la levée progressive de leur confinement, et cela malgré le fait que les décès américains du Covid-19 ont diminué de 90 % par rapport à leur pic.

L’État de Washington envisage de faire du refus de porter un masque un délit. Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a imposé de nouvelles interdictions pour les visiteurs venus d’autres États, assorties du commentaire :

« En plus des forces de l’ordre, […] j’attends des personnes telles que les réceptionnistes d’hôtels […] qu’elles interrogent les voyageurs venant de certains États. »

Le candidat démocrate à la présidence Joe Biden a mentionné que s’il gagnait la présidence il pourrait y avoir une obligation fédérale de porter le masque. La présidente de la Chambre des représentants a rapidement exprimé son soutien d’une telle mesure.

Tout cela et d’autres actualités, indiquent que plutôt que d’approcher de la fin de la crise créée par l’État, nous pourrions être au seuil d’un nouveau commencement. Le fait que l’augmentation du nombre d’infections puisse résulter principalement de l’augmentation massive des tests ne semble effleurer personne, ni dans l’administration ni dans les médias.

Ils ne se sont pas aperçus non plus que la circulation beaucoup plus large de l’épidémie, avec beaucoup de cas à symptômes modérés ou traités comme bénins, devrait réduire les inquiétudes : il semble que le nombre de personnes infectées par le nouveau coronavirus est largement supérieur à ce qui avait été estimé précédemment, avec des conséquences faibles voire nulles.

Ajoutons le fait que la reprise des infections peut être partiellement attribuée aux troubles à l’ordre public ayant suivi le décès de George Floyd. La prévalence des nouvelles infections Covid-19 parmi la génération Z et les millenials – sans compter leur prévalence dans les emplois qui demandent des tests, comme la restauration rapide et les services – est certainement liée à l’hypocrisie du personnel politique qui leur a ordonné de rester à la maison, sans travailler et sans vie sociale, tout en réagissant avec un silence assourdissant lorsque les manifestations, les défilés et les émeutes se sont produits.

Remarquez la tendance récente des données en Californie :

Ou dans le Minnesota :

Alors que d’autres statistiques relatives au bilan de l’épidémie de nouveau coronavirus se confirment, certains motifs commencent à apparaître au grand jour.

On peut dire avec de plus en plus de certitude que les États ayant confiné ont eu quatre fois plus de décès que ceux qui ne l’ont pas fait. De même, l’efficacité des masques se révèle douteuse, ainsi que la distanciation sociale en l’absence de tests et de suivi de contacts, dont l’efficacité est de plus contestable.

La presse n’a pas vu ou a ignoré une révélation plus importante contenue dans le déluge de données. À l’AIER nous avons remarqué les taux de mortalité stupéfiants dans les unités de soin de longue durée lors de la troisième semaine de mai.

Il y a à peine quelque jours le New-York Times a publié que 54 000 décès causés par le Covid-19 soit 43 % de tous les décès aux États-Unis, sont à déplorer parmi les résidents et le personnel des maisons de retraite :

« Dans 24 États, les résidents et le personnel décédés comptent pour la moitié, voire plus de la moitié, de tous les décès causés par le virus. De plus, le taux de décès des personnes infectées en relation avec des maisons de retraite est plus élevé que dans la population générale. La médiane du taux de létalité – le nombre de décès divisé par le nombre de cas – dans les établissements à données fiables est de 17 %, soit nettement au-dessus du taux de létalité de 5 % au niveau national. »

L’État de New York n’est pourtant que l’un des États qui ont publié des décrets ayant augmenté le bilan humain du virus.

« Les États qui ont publié des décrets semblables à celui de Cuomo ont enregistré des résultats sinistrement comparables. Le Michigan a perdu 5 % des quelques 38 000 résidents de maisons de retraite en raison du Covid-19 depuis le début de l’épidémie. Le New-Jersey en a perdu 12 % sur plus de 43 000 résidents. En Floride, où de tels transferts ont été empêchés, seulement 1,6 % des 73 000 résidents de maisons de retraite sont décédés du virus. La Californie, après avoir commencé à prendre une réglementation comme celle de New-York, l’a vite révisée. Jusqu’à présent elle a perdu 2 % de ses 103 000 résidents en maison de retraite. »

Et il faut garder à l’esprit que ce chiffre moyen de 43 % est très fortement tiré vers le bas car cinq États ont eu zéro mort en maison de retraite tandis que d’autres États ont eu jusqu’à 80 % de leurs décès en maison de retraite.

L’horreur de cette actualité est renforcée lorsqu’on examine attentivement le document qui a servi de base aux politiques de confinement. L’avant dernier paragraphe de l’article original de 2006 dans Nature – qui a servi de modèle pour les confinements – intitulé « Stratégies pour réduire les effets d’une pandémie grippale », indique :

« Le manque de données nous empêche de modéliser de manière fiable la transmission dans le contexte important des institutions d’hébergement (par exemple maisons de repos, prisons) et des établissements de soins ; il est tout de même nécessaire de prévoir dans le détail des antiviraux, des vaccins et des mesures de contrôle d’infection pour ces établissements. Nous ne présentons pas de projection de l’impact de mesures de protection individuelle (par exemple des masques) sur la transmission, en raison une fois de plus du manque de données sur leur efficacité. »

Le manque apparent de réflexion au sujet des personnes présentes en établissement de soins de longue durée par les épidémiologistes et les décideurs politiques, ainsi que le nombre totalement disproportionné de décès dans cette population, donne le contexte d’une série de mesures hâtives et furtives prises par les politiciens pour se dédouaner de leurs responsabilités, et accroître leur pouvoir.

Il est donc de plus en plus évident que, bien qu’ils aient entraîné l’économie des États-Unis dans une dépression artificielle, en détruisant des dizaines de milliers d’entreprises et la vie de millions de citoyens, en élevant le niveau de violence familiale, de divorces, d’usage de drogues et de suicides, les politiques des administrations américaines ont échoué à protéger le segment le plus vulnérable de la population : les personnes en maisons de retraite et autres établissements de soins de longue durée.

En plus de tout cela, bien qu’il se soit écoulé 14 ans entre la publication des articles de « stratégies » et leur mise en œuvre dans le monde réel, il semble qu’aucune étude n’ait été faite pour étendre leurs conclusions à ces populations particulièrement exposées.

Il s’agit bien entendu d’un problème bien plus vaste que l’incapacité des méthodes de calcul les plus complexes à intégrer et prendre en compte des phénomènes de science sociale. La sensibilité des personnes âgées ou en institution, et en particulier celles souffrant de problèmes de santé préexistants, a été une préoccupation omniprésente dans pratiquement tous les protocoles médicaux.

Pourtant, entre les années 1970 et aujourd’hui, la connaissance humaine au sujet de la prévention et du contrôle des maladies – le produit d’institutions informelles et de mœurs culturelles – a été oublié ou perdu ; et dans un tel vide des décisions autoritaires prises d’en haut se sont répandues sur des bases scientistes : des technocrates brandissant des modélisations à base d’agents.

Les Américains s’attendent à ce que leurs agences d’État mentent et à ce que leur pronostics et leurs diagnostics échouent. Les échecs de la réglementation sont largement plus courants que les réussites, et les réussites – quand il y en a – sont toujours et partout de véritables sources de conséquences inattendues.

Bien loin de produire de meilleures réactions, les modèles et les simulations utilisés comme des guides détaillés (plutôt que comme des indicateurs de haut niveau plutôt abstraits) amplifient au lieu d’atténuer les échecs de la planification centralisée.

La réaction à la pandémie de coronavirus guidée par les modèles, qui comporte désormais le sacrifice direct du segment de la population le plus vulnérable au virus, n’en est que le dernier.

Il rejoint la masse croissante des épisodes parmi lesquels on trouve la réaction de la Fed au boum financier des années 20, et plus récemment la destruction de l’Irak pour cause d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé ainsi que la piteuse réaction à l’urgence de l’ouragan Katrina.

Pourquoi continuons-nous à les écouter ?

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