Climat et virus : la pseudoscience institutionnelle

SCIENTIST BY Matt(CC BY-NC-ND 2.0) — Matt, CC-BY

Certains scientifiques finissent par développer une pseudoscience, qui a la terminologie et l’apparence d’une démarche rigoureuse, mais qui s’éloigne de plus en plus du monde réel.

Par Michel Negynas.

Certains activistes de la décroissance n’ont pas manqué de saisir l’opportunité de la pandémie pour défendre leurs agendas. C’est l’antienne à la mode du « monde d’après », du « plus rien ne sera comme avant », de « la pandémie nous a montré ce qu’il faut faire ».

Ce sont aussi des études qui commencent à poindre : comment le réchauffement climatique sera la cause de pandémies qui seront de plus en plus nombreuses. Il faut bien faire feu de tout bois.

Science et politique, science et finance

Mais en réalité, il y a une vraie convergence qui saute aux yeux dans ces deux histoires : ce sont les relations entre sciences et politique, et sciences et finance (ce qui revient souvent à la même chose, tant les institutions politiques sont ficelées par les entités financières).

Ces relations sont au cœur de presque tous les sujets fondamentaux auxquels nos sociétés sont confrontées. Un homme avait perçu cette importance bien avant tout le monde : Dwight Eisenhower. Il faisait ici allusion au complexe militaro-industriel, mais on peut l’étendre de nos jours à l’ensemble des institutions, y compris financières.

« Aujourd’hui, l’inventeur solitaire, bricolant au fond de sa boutique, a été dépassé par des troupes de choc formées de scientifiques dans les laboratoires et des centres d’essai. De la même manière, l’université libre, historiquement source d’idées et de découvertes scientifiques nées dans la liberté, a vécu une révolution dans la conduite de la recherche. En bonne partie à cause des coûts énormes impliqués, obtenir un contrat avec le gouvernement devient quasiment un substitut à la curiosité intellectuelle. Pour chaque vieux tableau noir il y a maintenant des centaines d’ordinateurs. La perspective d’une domination des spécialistes de notre nation par les emplois fédéraux, les budgets attribués aux projets et le pouvoir de l’argent, [cette perspective] est bien présente et doit être considérée avec gravité.

Cependant, tout en apportant à la recherche et au scientifique le respect que nous leur devons, nous devons également être attentifs à un danger à la fois aussi grave et opposé, à savoir que l’ordre public puisse devenir captif d’une élite scientifique et technologique. C’est la tâche de l’homme d’État que de mouler, équilibrer, intégrer toutes ces forces, anciennes et nouvelles, aux principes de notre système démocratique – en visant toujours à atteindre les buts suprêmes de notre société libre. »

Une science coupée en deux : science et pseudoscience

Il y a d’abord la fracture entre les scientifiques de terrain, ceux qui appliquent à la fois l’intuition, le pragmatisme et la méthode héritée du siècle des Lumières (observations, hypothèses et vérification), et les « nouveaux » scientifiques, ceux qui, dans leurs bureaux, triturent des données existantes et modélisent à tour de bras.

Les premiers sont en général discrets et passent mal la rampe car ce qu’ils ont à dire est complexe, donc peu sexy à la télé ou sur youtube. Ils sont également modestes, et sujet au doute, en bons scientifiques.

Les autres ont le temps de passer sur les plateaux, d’investir les administrations et les ministères pour vendre leur daube et récolter des crédits. Ils finissent par représenter un consensus, ou du moins le faire croire. Ils sont sûrs de leur fait, et expliquent au public en quoi leur problème peut se résumer à un langage clair et compréhensible par tous.

Ils finissent par développer une pseudoscience, c’est-à-dire une science qui a la terminologie et l’apparence d’une démarche rigoureuse, mais qui s’éloigne de plus en plus du monde réel.

Ainsi, les épisodes récents de la pandémie rappellent souvent, aux observateurs de la question climatique, des évènements marquants de la saga du réchauffement.

Le choix des indicateurs

Comme l’a rappelé le Dr John Ioannidis sur ses vidéos, pour agir il faut des données représentatives et utiles. John Ioannidis est un des scientifiques qui a le plus alerté sur les dérives de la science et des publications scientifiques.

Dans le cas du climat, l’indicateur « grand public » qui a été choisi est la moyenne mondiale des écarts de température par rapport à une période de référence. Il n’a aucune signification physique (car des températures ne se moyennent pas, cela devrait être un indicateur de chaleur qu’on moyenne) et aucune utilité pratique : c’est à l’échelon local qu’il faut s’adapter.

Dans le cas du virus, on suit les infections avérées par tests, qui dépendent en fait du nombre de tests, ou les hospitalisations, qui dépendent surtout des stratégies hospitalières locales, ou le nombre de décès, qui dépendent de l’efficacité administrative locale et des règles d’imputation, puisque dans la plupart des cas il y a des comorbidités.

Ces hétérogénéités rendent ces indicateurs non pertinents et inaptes à l’aide à la prise de décision et à la comparaison de l’efficacité des stratégies possibles. Le seul indicateur vraiment parlant est le taux de séropositivité d’une population donnée, et son évolution.

On pouvait le mesurer très tôt, à l’aide d’échantillons représentatifs de population. On ne l’a pas fait, ou trop tardivement. C’était trop simple, mieux valait « modéliser »…

Les modélisations guident les décideurs

La modélisation en sciences est, au départ, un outil de recherche qui sert à tester des hypothèses et ainsi à éviter de coûteuses expérimentations dans le monde réel. Elle est devenue une sorte de boule de cristal prédisant l’avenir. Or, le résultat d’un modèle est toujours valable « toutes choses égales par ailleurs ». Mais rien n’est jamais égal par ailleurs dans le monde réel !

Les modèles climatiques prédisent un monde toujours plus chaud, alors qu’en réalité, le réchauffement est modéré. Les prédictions d’il y a 20 ans se sont toutes révélées exagérées. Mais cela ne semble gêner personne dans les institutions.

De même, les modèles épidémiologiques, comme ceux de l’Imperial College de Londres, ont toujours été tout faux, de la vache folle aux coronavirus. Mais on continue à les utiliser… surtout, d’ailleurs, pour expliquer, après coup, pourquoi on a eu tout faux !

Indépendamment de l’impossibilité de mettre en équation la complexité du  monde réel, tout cela n’est pas étonnant, puisque les données de base qu’on entre dans les modèles sont soit fausses, soit trop imprécises, soit inexistantes et qu’on ne connaît pas tout des phénomènes en cause.

Une utilisation impropre des lois statistiques et de la théorie des probabilités

La science moderne a fait de la théorie des probabilités un outil essentiel. Malheureusement, celui-ci  est d’un maniement complexe, et même souvent contre- intuitif. Beaucoup d’études ne suivent pas les règles élémentaires nécessaires à son application. C’est ce qu’explique, entre autres, John Ioannidis dans son papier cité plus haut.

Nous sommes en effet abreuvés d’études de corrélations qui présentent leurs résultats comme avérés. Or une corrélation n’est au mieux qu’une première étape pour aller fouiller dans une éventuelle relation de cause à effet. Si on ne dispose pas d’un mécanisme pour expliquer cette relation, la corrélation citée a une valeur scientifique égale à zéro.

La plupart des études sur le climat sont basées sur la mise en évidence de corrélations, la première étant celle de la température et du CO2. Mais à y regarder de plus près, c’est loin d’être évident : il y a des « pauses » inexpliquées dans le réchauffement, pas dans la croissance des émissions de CO2.

Et la recherche d’un médicament pour le coronavirus n’est en fait que la recherche d’une corrélation entre un indicateur médical et une dose de médicament. Les caractéristiques de la maladie du Covid-19 rendent particulièrement difficiles les preuves de succès si on veut rester statistiquement honnête. La charge virale diminue très vite, la létalité est très faible (bien entendu objectivement parlant, car elle cause de nombreuses souffrances qu’on ne saurait nier) et très hétérogène selon la population.

Plus généralement, la médecine et l’environnement sont des secteurs particulièrement touchés par cette « corrélation mania », souvent via des études utilisant les probabilités en dépit du bon sens.

Des organes de publication de plus en plus laxistes

La science est de plus en plus morcelée en spécialités de plus en plus pointues. Ce qui pollue bien évidemment le système de « relecture par les pairs ». Comment voulez- vous que des personnes en tout petit comité, qui se connaissent toutes, se sabrent mutuellement leurs articles ? Que ce soit sur le climat ou sur le virus, on assiste à un véritable festival d’études foireuses, même pour des non spécialistes.

Et pour des raisons souvent financières (nous y reviendrons) les labos doivent impérativement publier le plus possible. La qualité s’en ressent.

La science est entrée dans le champ réglementaire et politique

Une des causes en est le principe de précaution. Devant l’inconnu, les politiques ressentent le besoin de se sécuriser vis-à-vis du principe : ils se tournent donc vers la science. La science est ainsi institutionnalisée.

En France, c’est la naissance des « Hauts conseils » (Climat, Santé…) et des « Conseils scientifiques » de toute nature. Mais la politique, comme la justice, ignore le doute, l’incertitude, les probabilités et les écarts types… Les « Conseils » sont poussés dans leurs retranchements, et eux aussi finissent par affirmer péremptoirement ce qu’en bons scientifiques ils devraient nuancer.

Et pour leur propre sécurité juridique, eux aussi, ils choisissent de prédire le pire. D’ailleurs, c’est le plus sûr moyen d’obtenir des crédits pour leurs labos.

On assiste ainsi à la création d’une « élite scientifique institutionnelle », qui vit de moins en moins dans la science, et de plus en plus dans la communication et l’action politique.

Pour le climat, les archétypes sont les Jouzel, Masson-Delmotte. Pour la santé le professeur Delfraissy, quelles que soient ses qualités, est depuis quinze ans davantage un gestionnaire et un coordonnateur qu’un médecin et c’est le cas de beaucoup de membres des hauts conseils en tout genre. Ces liaisons toxiques ont été relevées justement par le professeur Raoult lors de son audition au Sénat.

Cette élite, nommée par les institutions, ne peut évidemment pas aller contre les objectifs de celles ci, par nature politiques.

Un emballement provoqué par un nouvel environnement médiatique

Les réseaux sociaux, les chaînes en continu n’ont pas le recul nécessaire à un tri de l’information. Ils transforment l’information en événements émotionnels qui se succèdent les uns aux autres.

Les media traditionnels, se sentant menacés, sont obligés de suivre. Avides de sensations fortes, ils radicalisent les débats. La violence envers les « dissidents » (ceux qui montent au créneau pour essayer de mettre un peu de rationnel) est inouïe : contre Claude Allègre, contre Didier Raoult.

Le summum de convergence est atteint lorsque l’argument d’attaque contre Didier Raoult est son climato-scepticisme…

Cette radicalisation des débats a des effets pervers : la « dissidence » est souvent reprise par des médias recherchant le sensationnel, et voulant se démarquer de la presse « institutionnelle ».

De ce fait, elle est vue par le « consensus », politiquement correct, comme complotiste, démagogique, populiste… ce qui la décrédibilise encore plus auprès du plus grand nombre en dépit parfois de la pertinence des analyses.

Être de gauche et pro Raoult ou climatosceptique semble être incompatible. A contrario, si on est climatosceptique, on est trumpisé, raoultisé, ou frontnationalisé automatiquement.

Le scandale n’a plus d’effets

Chacune des deux histoires se distingue par un ou des scandales scientifiques, avec la particularité suivante : cela ne change rien aux thèses officielles.

Pour le climat, c’est la courbe en « crosse de hockey » de Michael Mann. Ce scientifique a présenté une évolution terrifiante des températures sur 1000 ans : la stabilité jusqu’en 1960, un pic vertigineux après. C’est ce qui a vraiment déclenché la peur du changement climatique, en particulier chez les politiques.

Le fait que cette courbe ait été complètement invalidée par la suite n’a rien changé sur  le battage médiatique et le consensus des élites institutionnelles sur le sujet.

Pour le coronavirus, l’étude du Lancet est sur la même trajectoire : refus de communiquer les données, mystère sur leur provenance, traitement statistique opaque… Elle a été très vite invalidée, comme la courbe de Mann. Est-ce que cela change quelque chose aux positions des uns et des autres ? Lorsque c’est diffusé ad nauseam par les médias, même ensuite complètement discrédité, il en reste toujours quelque chose.

On notera d’ailleurs que autant parmi les climatosceptiques que chez les anti-pharmas, les quelques leaders médiatiques qui émergent ne sont pas forcément ceux qui utilisent les bons arguments. Ils ont tendance à se placer au même niveau que leurs contradicteurs.

Contre toute évidence, beaucoup de climatosceptiques médiatisés racontent encore que nos émissions de CO2 ne sont pas responsables de l’accroissement de la concentration dans l’atmosphère, car c’est un message simple, mais faux. Claude Allègre, de son coté, avait bâclé son livre sur le climat, il est passé pour un ignare, bien que bardé des plus hautes distinctions scientifiques mondiales.

Didier Raoult fait du mal à sa cause avec sa mégalomanie, et il a raconté de grosses bêtises au milieu d’un discours souvent convaincant. Cela rend les attaques contre les « dissidents » plus faciles pour les institutionnels.

Notons également au passage, que dans les deux cas, le consensus n’est que chez les élites institutionnelles. Les vrais sondages indiquent que les citoyens sont très partagés sur la question climatique, aussi bien que sur l’appréciation du protocole Raoult.

Le carré magique

Sur tous ces sujets où la science est le point de départ, la dérive provient d’une conjonction d’intérêt entre certains scientifiques, des groupes de pression relayés par les media, les institutions politiques et des intérêts économiques.

Ce carré magique est particulièrement apparent par exemple sur les énergies renouvelables. Cela explique qu’en France, contre toute logique, on veut décarboner une électricité qui l’est déjà. Il n’est pas moins flagrant sur la question des produits pharmaceutiques.

Et en sciences, la dérive est aggravée par les enjeux financiers attachés aux grands labos et grandes universités, qui doivent constamment trouver des nouveaux fonds, publics et privés. Le publish or perish renvoie de fait aux grandes revues scientifiques, qui deviennent elles aussi des entités où la finance domine les comportements. La boucle est ainsi bouclée.

Le carré devient magique lorsque, à la suite de manipulations de l’opinion et d’entrisme dans les médias et le monde politique, (Al Gore pour le climat, Sapan Desai pour le coronavirus…) le milieu des affaires voit dans l’histoire une source de profit.

Cette alliance de fait (parfois contre nature, si l’on peut dire) devient si solide qu’aucun événement, ni aucun contre argument même convaincant, ne peut l’atteindre. Il y a inter instrumentalisation des acteurs.

La similitude des deux affaires est évidente, et illustre l’énorme problème de société qui nous attend. Dans chacune des deux histoires, on peut trouver des pendants : modèles climatiques versus modèles épidémiologiques, Allègre (ou Lindzen à l’international) versus Raoult, GIEC versus OMS, Hauts Conseils divers, consensus des élites mais foules partagées sur le sujet, géophysiciens de terrain versus médecins, électriciens verts versus firmes pharmaceutiques…

Raoult dit que dans son domaine il voit l’émergence d’un monde virtuel en parallèle du monde réel. Sur les problématiques environnementales et sanitaires, c’est général : on observe la construction d’un monde éco-fantasmé.

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