StopCovid et souveraineté numérique : des arguments fallacieux 

L’application #StopCovid sur la base du volontariat apparaît de fait comme une action tardive, expérimentale, mais augurant de jours qui pourraient se révéler très sombres.

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Rejetez stopcovid. Paris 20ème. 29 mai 2020 By: Paola Breizh - CC BY 2.0

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StopCovid et souveraineté numérique : des arguments fallacieux 

Publié le 9 juin 2020
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Par Yannick Chatelain.

L’argument de la souveraineté numérique qui a été avancé pour le développement de StopCovid, application « made in France » de contact tracing est un argument qui interroge : en optant pour des vecteurs de distributions tels que Google Play Store, et Apple Store, le chemin vers la souveraineté, louable certes, est encore loin, et relève à ce stade de l’affichage, outre ce paradoxe quel que soit le logiciel développé, avec la meilleure volonté du monde, seul le terminal sera en mesure de le faire fonctionner avec le Bluetooth, un système d’exploitation sous le contrôle d’Apple et/ou de Google.

Si la « souveraineté numérique » est un enjeu stratégique majeur des nations qui se conçoit, ne peut-on s’étonner de la voir paradoxalement si malmenée en France, et ce dans un autre contexte : ainsi la Loi Avia – seule loi votée durant la pandémie – délègue en effet pour partie un monopole régalien, celui de la censure, aux GAFAM.

La volonté légitime de souveraineté numérique en France serait-elle à géométrie variable ? Peut-elle réellement exister, hors la Chine, à l’heure des Entreprises-Nations GAFAM ? L’argument de « souveraineté » était-il un argument à brandir ? Un argument crédible ou… fallacieux ?

Une « souveraineté numérique » au détriment de l’efficience en État d’urgence sanitaire ?

Avec 338 votes pour et 215 contre, l’Assemblée nationale a entériné le 27 mai 2020 la mise en place de l’application mobile StopCovid, dont le lancement annoncé en fanfare a été pour le moins laborieux ! Au regard de l’expérience islandaise, nous pouvons postuler que l’efficience d’un tel dispositif sera très à la marge à ce stade de la pandémie.

En Islande malgré un déploiement précoce de l’application Rakning-19 et un taux d’adoption de 40 %* (le plus élevé au monde selon le MIT Technology review) celle-ci ne donnerait pas les résultats escomptés, tant s’en faut ! Et cela en n’intégrant pas dans la réflexion – outre un anonymat très relatif –  tous les risques sociologiques de tels dispositifs :  détournements d’usages, etc.

Outre le fait que la France soit apparue bien isolée dans ce choix « souverain », lorsque sur France 2, Cédric O, Secrétaire d’État chargé du numérique a annoncé que l’application StopCovid avait été téléchargée 600 000 fois, les mots ayant leur importance, il est important de noter la différence essentielle entre « téléchargement » et « activation »…  Comme ce dernier l’évoque dans son tweet :

 

Les mots ont un sens, le fait d’affirmer de façon péremptoire que « les travaux des épidémiologistes montrent que, dès les premiers téléchargements, l’application est utile dans la lutte contre le #COVID19. » sont des propos qui n’engagent que celui qui dispose d’informations en temps réel et de retours d’expérience. En tant que chercheur, ceux-ci m’apparaissent d’une rapidité pour le moins extraordinaire.

Si cette assertion interroge et demande des compléments d’informations tangibles, c’est qu’elle est pour le moins, et dans un délai extrêmement court, à l’opposé de propos et de constats moins enthousiastes de Gestur Pálmason –  l’enquêteur qui supervise les efforts de pistage en Islande, pionnière en la matière :

La technologie est plus ou moins… je ne dirais pas inutile, mais c’est l’intégration des deux [application et cellule d’enquête] qui donne des résultats.  Je dirais que Rakning s’est avérée utile dans quelques cas, mais n’a pas changé la donne pour nous.

Le fantasme liberticide n’est pas un fantasme !

Si l’échec de cette application en termes d’activation (non de téléchargement par simple curiosité) devait être avéré, ce dont on ne peut préjuger, lorsque Cedric O  affirmait le 8 avril qu’il fallait « se garder du fantasme d’une application liberticide » qu’il s’agissait « d’un outil installé volontairement, et qui pourrait être désinstallé à tout moment » que « les données seraient anonymes et effacées au bout d’une période donnée. »

Cedric O a pour partie raison… pour la partie volontariat ! Pour le reste, lorsqu’il évoque un  « fantasme liberticide ». Le plus pertinent, avant de basculer du « fantasme » au « complotisme » pour disqualifier ceux qui alertent sur les failles technologiques de telles solutions et la non prise en considération de potentielles conséquences sociologiques, est de donner des clés de lecture à toutes et à tous sur la réalité de ce genre d’applications. Une illustration valant tous les mots, et ce par delà l’étude approfondie à laquelle vous pouvez avoir accès sur le site :  https://risques-tracage.fr  chacun et chacune pourra juger :

Il n’est nul fantasme liberticide dans ce  « pas en avant », qui est défendu par ses promoteurs au travers de deux affirmations et d’une omission :

  • l’affirmation de son utilité pour maîtriser des pandémies ;
  • l’affirmation de ne pas mettre gravement en péril des libertés fondamentales ;
  • l’omission d’intégrer dans la réflexion les dérives en cas de mésusages.

Une application dangereuse et liberticide qui va être « mise en sommeil »

Cette application va vraisemblablement « disparaître » tout comme – nous ne pouvons que l’espérer – cette pandémie traumatisante pour tous, avec sa cohorte de drames personnels et humains qu’elle a engendrés. Il n’en demeure pas moins qu’un pas a été franchi… ! Cette application qui arrive « après la bataille », va cependant demeurer quelque part, en sommeil, avec ses nombreuses zones d’ombres, et si, échec il y a, ne serait-ce qu’en termes de nombre de téléchargements, d’activations, est-il si « fantasmatique » que de penser que ce « pas en avant » puisse aboutir lors d’une future pandémie, à la disparition de toute forme de volontariat pour toute personne disposant d’un outil compatible avec une nouvelle application de type  StopCovid 2 ?  Rien n’est moins certain !

Dans le cadre d’un État d’urgence sanitaire, il suffira pour cela d’un décret ! Pour une mise en application contrainte d’un outil (en l’état), jugée « utile » par les uns, « liberticides » par d’autres, et qui a profondément divisé.

Si nous nous en tenons aux faits, lorsque le drame est survenu, il n’y avait pas de masques, il n’y avait pas de tests, il n’y avait pas de lits, il n’y avait pas de possibilité d’isolement éclairé pour identifier les grappes (clusters) au plus tôt. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire, telle à été la réalité de cette triste période, et ce dans de nombreux pays structurellement « impréparés ».

L’application #StopCovid sur la base du volontariat apparaît de fait comme une action tardive, expérimentale, mais augurant de jours qui pourraient se révéler très sombres. Ce pas en avant législatif, et l’acceptation sociale de telles solutions pourraient à moyen terme ne pas être sans conséquence.

Il serait de fait souhaitable qu’après cette expérimentation dans l’urgence, que des organismes indépendants et indiscutables tentent d’apporter des réponses à de nombreuses questions relatives à cette dernière, et qu’il y ait –  par delà les problématiques qui demeurent – un retour d’expérience honnête et sincère : cinq  questions me viennent à l’esprit, ces questionnements sont naturellement loin d’être exhaustifs :

  1. Quel est le nombre d’activations réelles de cette application ?
  2. Quels sont les résultats obtenus par rapport aux méthodes traditionnelles éprouvées lorsque le matériel (test, etc.) est disponible ?
  3. Quelles sont les conséquences sociales pour ceux qui en on fait l’usage en pensant avec sincérité pouvoir aider ?
  4. Est-il possible qu’existent des utilisations détournées, malveillantes, abusives, avec les risques de stigmatisations afférents ?
  5. Des abus ont-ils été constatés, comme l’obligation d’installation de l’application exigée par un employeur ?

Pour conclure, la Cnil qui s’était prononcée le lundi 25 mai 2020 sur le projet de décret relatif à l’application mobile « StopCovid » a en outre indiqué que « L’utilité réelle du dispositif devra être plus précisément étudiée après son lancement. »

Nous sommes donc d’accord. Patientons !

« Il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité. » – Albert Einstein

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  • Le bilan « indépendant et indiscutable » de cette expérimentation sera fait de la même façon que le bilan de « l’expérimentation » des 80 kmh a été fait: ce sera du foutage de gueule.

    • Avec ce gouvernement nous sommes passés de la démocratie à la démocrature. Alexis de Tocqueville nous avait prévenus de ce danger quand les gouvernements sont dirigés par des faibles. De plus, si ceux qui nous gouvernent sont faibles, ils sont aussi incompétents. En France, nous avons droit à la totale, c’est « l’exception française » !!!

  • Le promoteur de ce dispositif a eu une occasion de se faire mousser et connaître dans sa fonction.
    Comme l’autre avec son SNU que le covid lui à donner le coup de grâce enfin j’espère, mais je ne crois pas.
    Si l’on résume ces quadras qui semblent heureux d’être utile pour la société sont les précurseurs de la mise au pas des futurs générations.
    Le pire c’est l’acceptation docile de cette génération abreuvée d’objets connectés, d’applications pour n’importe quoi qui vous avertit que c’est l’heure de faire votre caca.
    Et dire qu’il a fallu des millions d’années d’évolution pour en arriver là !

    • Acceptation docile? 43 millions de smartphones, 600000 téléchargements, sans doute certains inactivés, moi, j’appelle ça un flop retentissant et c’est heureux .

      • Et heureusement, la vie privée doit rester privée. Peu importe que le contrôle de la population vienne de l’Etat national ou de l’Etat mondial (en gestation).

  • ils y tiennent tellement à leur application  » stopcovid pour tout le monde  » , que le gouvernement réfléchit au moyen d’intégrer cette alerte ( bracelet , boitier , montre …..) pour ceux qui n’ont pas de smartphone ou iPhone ( environ 13 millions de français ) qui ont un portable  » normal  » ; rien que ça , ça laisse songeur….

    • iPhone (ou smartphone autre mais très onéreux) remboursé par la Sécu ?

    • rien n’oblige d’avoir son tel sur soi.. a partir de là , çà sent le foutage de gueule..
      vous verrez que bientôt le tel servira de piece d’identité (il permet deja de payer),
      ce jour là la boucle sera bouclée

    • 13 millions d’Iphones dernier cri distribués gratuitement…
      Interdiction de sortir sans… Sinon 135 Euros…
      Attention les mémés et les papys, vous allez voir ce qu’est un impôt qui ne dit pas son nom…
      Je la sent bien celle là.

      • « ON » doit avoir un smartphone sur soi, OK ! il n’est pas obligatoire d’avoir chargé la batterie ou… (dans mon cas, je n’active le bluetooth que dans la bagnole et seulement en cas de besoin) ; alors leur appli risque de ne pas servir à grand chose !

      • « 13 millions d’Iphones dernier cri distribués gratuitement… » non çà c’est un fake

  • Ces applications sont débiles et c’est normal.
    La bonne application était simplement un auto tracking det non communiqué à qui que ce soit genre application pour la randonnée. Puis, comme pour nos GPS , les points noirs téléchargés, à vous de voir si vous les avez rencontrés. Franchement c’est d’une simplicité et evidememnt ce n’était pas à la portee d’un état voulant le contrôle total de nos vie.

  • Ca n’a rienà voir avec cet article, mais j’aimerais voir ce que « contrepoints » pense de la démission forcée du rédac-chef du New York Times, pour avoir publié une « opinion » que ses lecteurs et ses journalistes ont jugé choquante

  • encore aurait il fallu que cet application arrive au début de l’épidémie avec les masques et les tests..
    maintenant que l’épidémie a disparu il s’agit juste de payer le développement dont accessoirement on ne connait pas le prix

    • ah voila
      « Mais son coût de fonctionnement n’est pas gratuit. Le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O a évoqué à plusieurs reprises un montant de plusieurs centaines de milliers d’euros nécessaire à la maintenance et l’exploitation de l’infrastructure de l’application. Selon les informations de L’Obs, ce coût se situe entre 200.000 et 300.000 euros par mois. Un prix négligeable, pour le ministre, au regard de l’intérêt sanitaire que revêt le dispositif.  »
      négligeable on croit rêver!

      • Cela en fait des masques FFP2 pour les soignants, de l’ordre du million par mois. Ceux qui ont manqué… par exemple dans les EPHADs…

  • Les commentaires sont fermés.

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