Minneapolis : Trump accuse les Antifas et menace d’envoyer l’armée

Donald Trump by Gage Skidmore (CC BY-SA 2.0) — Gage Skidmore,

Dissocier l’extrême-gauche de l’ensemble du mouvement de protestation suffira-t-il à calmer la rue et les démocrates qui se tiennent en embuscade ?

Par Frédéric Mas.

Donald Trump a finalement décidé de jouer la carte de la loi et l’ordre face aux protestations et aux émeutes, prenant le risque, en amalgamant les premiers aux seconds, d’alimenter le sentiment d’injustice partout sur le sol américain.

Le président des États-Unis a déclaré qu’il n’hésiterait pas à envoyer l’armée et la garde nationale pour rétablir l’ordre face à des protestations infiltrées par le mouvement « antifa » qu’il a désigné quelques jours plus tôt comme mouvement terroriste.

Désigner l’ultragauche antifa pour justifier la répression policière et militaire du mouvement est à la fois discutable sur le principe et risqué politiquement.

Antifa la menace fantôme ?

Les « Antifa » ne sont pas un mouvement unifié ou une organisation cohérente, mais un simple agrégat de militants d’ultragauche souvent violents qui se sont surtout illustrés par des bagarres sur les campus. On est loin de Timothy McVeigh ou d’Unabomber, même si leurs actions s’apparentent à de la « délinquance politique » comparable aux bandes de skinheads néonazis des années 1980-90. S’ils participent activement aux protestations et même aux violences contre la police ou les médias, rien n’indique qu’ils en soient l’élément moteur.

Tout au plus, certains de ses représentants se sont agrégés au mouvement et soufflent sur les braises de la discorde civile pour avancer leur agenda politique anticapitaliste et anti-Trump. Cette utilisation de l’épouvantail « antifa » pour désigner l’ennemi commun n’est pas sans rappeler l’ennemi « anarcho-communiste » fabriqué par le président Sarkozy en France, qui allait déboucher sur la pantalonnade de l’affaire Coupat.

Certains juristes s’inquiètent aussi de voir dans le propos présidentiel une possible atteinte à la liberté d’expression. Criminaliser une partie du discours de l’ultragauche irait à l’encontre des principes portés par le premier amendement de la constitution des États-Unis. Il est vrai que par extension, les mouvements protestataires pourraient être la cible de la répression policière pour « subversion ».

En désignant des éléments subversifs infiltrés au mouvement de protestation, Donald Trump ignore ou minore les critiques adressées directement à la police par les militants pacifistes pour se concentrer sur les émeutes et le chaos dans les rues.

Nous évoquions dans un précédent article sur Contrepoints la militarisation de la police locale, qui a changé le rapport du policier aux populations qu’il est censé protéger et servir. La police est entraînée et équipée comme une armée, et ne se sent pas tenue de rendre des comptes à la communauté qu’elle quadrille, jouant le jeu de la tyrannie sécuritaire.

Le monopole de la production de sécurité

Ajoutons à cela une remarque de bon sens faite par Tom Woods et Bruce Benson : la police monopolise la production de sécurité, ou du moins sa place s’apparente à un quasi-monopole, ce qui la rend perméable aux problèmes liés à la monopolisation.

Le service de sécurité qu’elle propose au consommateur citoyen perd en qualité et le prix de ses prestations augmente. Cela s’est traduit très concrètement par l’incapacité de la police locale à prévenir les émeutes et les atteintes à la propriété à Minneapolis et, les jours suivants, partout dans le pays. Le gouvernement fédéral a dû intervenir, et c’est maintenant l’armée qui menace de prendre le relais.

La solution ici serait donc de multiplier les offres de sécurité privées, la mise en concurrence permettant aux différents acteurs du secteur de choisir la meilleure offre au meilleur prix.

Le clanisme politique avant tout

Politiquement, Donald Trump préfère donner des gages à son camp plutôt que de s’engager sur le terrain de la justice. Le président est toujours en campagne et estime qu’une stratégie « autoritaire » lui permettra de rassembler la droite conservatrice autour de lui. La politique identitaire continue d’être au centre du jeu électoral américain.

Après les images de chaos devant la Maison-Blanche, il est possible que l’électorat républicain s’indigne et se mobilise pour faire cesser le désordre public. Seulement, dissocier l’extrême gauche de l’ensemble du mouvement de protestation suffira-t-il à calmer la rue et les démocrates qui se tiennent en embuscade ?

La colère pourrait s’agréger à d’autres insatisfactions populaires, comme la gestion présidentielle de la crise sanitaire ou la crise économique sans précédent, pour favoriser son adversaire. L’électorat indépendant pourrait ainsi lui faire défaut s’il ne se fait pas attentif à la protection des libertés publiques.

 

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