Baisse des dividendes : quand l’idéologie confine à l’absurde (3)

C’est bien sous couvert de justice sociale, de solidarité que le gouvernement s’est autorisé à intervenir dans la politique de distribution des dividendes.
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Baisse des dividendes : quand l’idéologie confine à l’absurde (3)

Publié le 22 mai 2020
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Par Bertrand Joubeber.

La justification des injonctions gouvernementales pour baisser le versement des dividendes des entreprises françaises s’appuie sur le principe de la solidarité. Cette justification montre à quel point cette notion est dévoyée pour justifier des mesures spoliatrices qui cachent une idéologie nauséabonde.

Après avoir vu précedemment ici et ici la vacuité des arguments avancés et l’appauvrissement général engendré par l’injonction gouvernementale faite aux entreprises de baisser/interdire le versement de dividendes, intéressons-nous ici à l’argument principal de ces injonctions : la solidarité.

Puisque c’est bien sous couvert de ces grands mots de justice sociale, de solidarité ou de partage de valeur que le gouvernement s’est autorisé à intervenir dans la politique de distribution des dividendes des grandes entreprises françaises.

Avec succès d’ailleurs puisqu’on estime que 50 % des dividendes des entreprises du SBF seront amputés cette année.

Interdiction des dividendes : de quelle solidarité s’agit-il ?

Quand on sait que les entreprises françaises sont parmi les plus taxées au monde, évoquer leur manque de solidarité est clairement grotesque ! À quoi servent les taxes et impôts divers des sociétés si ce n’est justement à participer au financement de l’État et de notre système de redistribution ?

Paradoxalement, en réduisant ses recettes fiscales liées aux dividendes, comme évoqué précédemment, le gouvernement ampute l’État de ressources bien utiles à la solidarité nationale. C’est très exactement l’illustration du proverbe « l’hôpital qui se fout de la charité » !

De plus, au niveau des actionnaires, quand on voit que la bourse parisienne a perdu près de 30 % sur le premier trimestre, en quoi la réduction des dividendes est-elle un acte de solidarité ? En somme, pour le gouvernement, solidaire ne signifie pas soutenir et aider mais s’appauvrir davantage ! Belle illustration de la phrase de Confucius : « Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. »

Pour le gouvernement la solidarité c’est perdre deux fois : une fois sur la baisse des cours de bourse et une deuxième fois sur les montants des dividendes versés !

Et quand on sait que les dividendes sont responsables d’environ 50 % de la performance des actions en bourse sur le long terme (étude AMF), on peut clairement dire que la baisse actuelle des dividendes en France explique en partie celle des cours de bourse.

Pour illustrer ce point, la comparaison entre deux sociétés comparables, dans le même secteur d’activité est sans appel : la société Iliad (maison mère de Free) et la société Orange.

Alors qu’Iliad a maintenu et augmenté son versement de dividendes cette année, son cours d’Iliad est en augmentation de + 22 % depuis le 1er janvier 2020 (au 11 mai 2020). Dans le même temps, Orange, qui a réduit son dividende de 30 %, a vu son cours baisser de -20 % sur la même période.

On pourrait même dire que, pour un salarié ou un indépendant actionnaire qui perd en ce moment aussi sur ses revenus d’activité professionnelle, la solidarité pour le gouvernement consiste à perdre trois fois.

Mais pour le gouvernement cela n’existe pas bien sûr : vous ne pouvez pas être à la fois salarié et investisseur ! C’est hors de portée de son champ de réflexion étriqué. Il veut mettre les personnes dans des cases, dans des boîtes. À ce jeu là, les salariés sont des bons Français, et les actionnaires des salauds de Français !

C’est d’autant plus affligeant quand on se rappelle comment le ministre de l’Économie voulait faire de la France un modèle mondial de l’actionnariat salarié ! Ce qui est d’ailleurs en partie le cas puisque la France comptait ainsi 2,9 millions d’actionnaires salariés au 31 décembre 2019.

Interdiction des dividendes : une spoliation légale ?

À ce petit jeu aussi ridicule qu’absurde de la rhétorique de la solidarité, les actionnaires pourraient inverser le raisonnement en demandant d’être dédommagés de l’absence de dividendes versés suite à la pression gouvernementale. Il est quand même clair que l’État a spolié en toute légalité des millions de Français !

Alors même que c’est bien grâce aux actionnaires que plusieurs de nos sociétés ont participé activement à la lutte contre la crise sanitaire actuelle.

Que l’État demande de l’aide à Sanofi mais que dans le même temps il fustige ses versements de dividendes, c’est oublier que c’est grâce à ses actionnaires que la société fait partie des leaders mondiaux de la santé !

Sanofi est d’ailleurs l’une des rares entreprise françaises à avoir fait fi des injonctions du gouvernement en déclarant par la voix d’Olivier Bogillot :

C’est important, car c’est une partie de l’actionnariat français. Dans un contexte ou l’économie s’arrête, il est important que des entreprises ayant la capacité de faire circuler leurs dividendes le fassent.

Et que dire d’Air Liquide qui a mis les bouchées doubles pour fournir des respirateurs aux hôpitaux ? Punir, montrer du doigt et fustiger les 33 % d’actionnaires individuels d’Air Liquide, c’est là aussi oublier leur part dans le développement de cette belle entreprise française ; mais là aussi, les dirigeants ont montré leur indépendance en maintenant le versement du dividende prévu.

On pourrait en citer beaucoup d’autres sociétés (qui elles, par contre, ont capitulé quant au versement de leurs dividendes) : LVMH et ses livraisons de gel hydroalcoolique, Accor et l’hébergement de personnels soignants, Crédit Agricole (via sa filiale LCL) et la livraison de 1,7 million de masques FFP2 aux Agences Régionales de Santé, etc.

En somme, L’État n’a pas à se plaindre de nos champions nationaux. Mais il s’en prend à leurs actionnaires. Bien évidemment, tout cela est fort logique…

Quand on voit comment le ministre de l’Économie a fait la danse du ventre sur tous les plateaux télé en novembre dernier pour prendre le pognon des Français avec l’introduction de la Française des Jeux, quand on se rappelle comment il avait, il y a encore six mois, des trémolos dans la voix pour vanter les mérites de l’actionnariat populaire, on se dit encore une fois que nous avons affaire à une bande de manipuleurs qui n’ont rien à envier à Madoff.

Ne soyons pas dupes : tout cela sert à éviter les questions dérangeantes sur la destination de nos impôts et taxes les plus élevés au monde… Pointer du doigt les actionnaires, trouver des boucs émissaires est bien la meilleure façon de se dédouaner de ses incompétences…

Le gouvernement agite des vieilles lunes idéologiques en caressant les émotions les plus malsaines de l’envie et de la jalousie pour rallier les Français à sa cause dans un but bassement électoraliste. C’est là le ressort de toutes les idéologies totalitaires.

Cette crise nous montre à quel point la vision de Bruno Le Maire, comme celle de tous les politiques français, rejoint en définitive celle d’un Mélenchon : il y a une différence de degré, mais pas de nature. L’étatisme et l’interventionnisme sont le seul horizon de la politique économique en France.

Est-ce que par solidarité le ministre Bruno Le Maire va baisser son salaire ?

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  • « de quelle solidarité s’agit-il  » quand supprimer les dividendes revient à réduire la capacité de paiement des fonds de pension ??

    • @Lucx-Et pas que. cette politique idéologique très marquée à gauche va nuire à plus de 15 millions de français par les dividendes non distribués mais aussi l’impact sur la participation, l’intéressement et les divers dispositifs d’épargne entreprises au même monment où le sinistre Bruno Le Maire avait présentée la loi pacte votée en mai dernier et son appel à l’investissement il y a un mois. Cet homme a une pensée décousue et est dangereux qu’on se le dise. Il a de l’ambition et sera comme Macron l’a été vis à vis de Hollande son principal adversaire en 2022 marqué à gauche cela va de soi.

  • Le socialisme c’est l’argent des autres, la solidarité c’est donner du sien.
    Bruno Le Maire est socialiste car il prend et n’a eu aucun geste de solidarité pendant la pandémie.
    Cet homme est dangereux et il n’a que 51 ans…
    Est-ce que j’ai encore le droit d’écrire ça avant l’entrée en vigueur de la loi AVIA ?

  • merci M. Bertrand Joubeber.
    Votre 4e volet pourrait s’intituler « de l’effet désastreux sur l’investissement » ou « quel signal aux investisseurs du monde entier », au moment où nous allons en avoir le plus besoin.

    Je vais reconditionner mon portefeuille d’actions en fonction des entreprises qui m’ont spolié mes dividendes 2019 distribués en 2020 et me redéployer plutôt aux USA où j’ai continué à percevoir ce que les entreprises paient en rémunération du capital apporté, car là bas on sait ce qu’est le respect de l’actionnaire.
    Comme Bastiat il y a ce qui se voit et ce qui ne se voit pas.

    • Exactement.
      On aurait voulu décourager les investisseurs (français et étrangers) d’investir dans les entreprises françaises et les français à investir dans des entreprises étrangères, qu’on aurait pas fait mieux.

  • Est-ce que par solidarité le ministre Bruno Le Maire va baisser son salaire ?

    Ah bah non, lui cépapareil. C’est l’Aristocrate. Ce pas n’est pas un pouilleux comme nous le sommes. Vous baissez donc votre salaire, et lui il se l’augmente.

    La dictature se raffermit de jour en jour. On en est encore au rose, mais cela devient de plus en plus carmin.

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