Relocalisation : pourquoi pas, mais comment ?

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Les conséquences d’une politique étatiste de relocalisation ne sont pas vraiment mesurées par les Français, qui disent accepter les hausses de prix alors qu’ils s’en plaignent aujourd’hui.

Par Vladimir Vodarevski.

Il faut relocaliser. C’est l’une des conclusions de la crise du Covid-19, selon un sondage d’Odoxa pour Comfluence, Les Échos et Radio Classique. Les Français veulent faire revenir l’industrie en France.

Selon l’institut de sondage :

« C’est la revanche politique d’Arnaud Montebourg et, surtout, celle de l’industrie. Après un déclin sans précédent, l’industrie revient au premier rang des préoccupations des Français qui demandent à ses gouvernants d’agir en faveur des relocalisations. »

Quel rapport avec le Covid ?

Quel est le lien entre la crise du Covid-19 et les relocalisations ? Bien sûr, il est question des risques de pénuries liés à une dépendance à d’autres pays. Cependant, l’inverse est aussi vrai.

La France est ainsi un grand producteur de blé. Mais sa qualité n’est pas égale selon les années, et parfois le blé de qualité nécessaire peut ne pas suffire pour toute la production de pain et autres viennoiseries. Ces années-là, la France peut compléter sa production en important du blé de meilleure qualité pour assurer sa sécurité alimentaire, tandis que le blé de moins bonne qualité peut être exporté pour d’autres usages, limitant les pertes pour les céréaliers. Notre sécurité alimentaire est ainsi assurée.

D’une manière générale, le commerce international assure la sécurité alimentaire. Les mauvaises récoltes d’un côté sont compensées par les bonnes d’un autre pays. Souvenons-nous du temps où le prix des grains pouvait exploser dans certaines provinces françaises, alors qu’il y avait abondance dans d’autres. Les taxes empêchaient d’approvisionner à bon compte les provinces en pénurie.

Évidemment, aujourd’hui on constate une pénurie de masques, laquelle n’a rien à voir avec la mondialisation, comme l’explique très bien Olivier Maurice : le gouvernement a interdit leur vente. Les sociétés qui avaient passé commande les ont donc annulées ; celles de l’État n’arriveront que plus tard. Elles sont faites au plus mauvais moment. Et on ne s’improvise pas acheteur de masques. Le commerce est un métier.

Comment relocaliser ?

Se pose-t-on seulement la question : comment relocaliser ? S’agit-il de transplanter des usines étrangères en France, ou des laboratoires de recherche puisque « 91 % des Français veulent enfin que l’État favorise la recherche et la production des laboratoires français et étrangers en France. » ?

Mais qu’est-ce qui empêche les laboratoires de recherche d’être efficaces en France ?

D’autres pays ont su construire ce que l’on nomme des clusters, qui associent la recherche et l’entreprise, ainsi que le capital-risque. Dans le domaine du médicament, on peut citer la région de Boston aux USA. Comme cluster il y a Cambridge, en Europe. Les universités allemandes ou suisses sont mieux placées que les établissements français au classement de Shanghaï, basé essentiellement sur les capacités en recherche des universités.

Les Français veulent relocaliser, mais comment, alors qu’il est difficile aujourd’hui d’installer une nouvelle usine en France, comme le soulignait notamment le directeur général de Safran, il y a un an.

Relocaliser en France suppose ainsi de s’interroger sur notre système économique et l’organisation de notre recherche. Le plus simple est de prendre exemple sur les pays ayant développé une forte industrie, comme la Suisse ou l’Allemagne, et de s’inspirer de leurs recettes.

Mais cela suppose une politique pro-business, qui impose peu les entreprises, tout comme le capital, avec un enseignement ouvert sur l’entreprise. Si on expliquait cela aux Français, que répondraient-ils ?

Qu’est-ce qu’un produit français ?

La question peut paraître triviale. Mais existe-t-il encore, dans l’industrie, des produits nationaux ? Une Toyota Yaris, par exemple. Toyota est un constructeur japonais. La Yaris est fabriquée en France, avec le label « fabriqué en France » officiel. Son moteur n’est pas fabriqué en France, mais ailleurs en Europe. Dans ce moteur, des capteurs proviennent vraisemblablement du Japon, leader mondial en la matière.

Aujourd’hui, un produit est constitué de multiples éléments pouvant provenir de différents endroits du monde. Par exemple, un masque chirurgical est un produit complexe. Il peut être assemblé dans un pays, 90 % de ses éléments peuvent venir d’un seul pays, tandis qu’un élément essentiel, comme un actif chimique, viendra d’un autre pays.

C’est la fameuse parabole du crayon, dont on peut trouver une vidéo sur la chaîne Youtube de l’Institut Coppet.

Cette organisation du commerce permet d’avoir des produits de qualité, aux meilleurs prix. Il est impossible d’avoir la qualité de vie actuelle, au prix actuel, sans cette organisation, dans le domaine du matériel médical par exemple, si essentiel à la santé. Toute remise en cause de cette organisation fera à la fois augmenter les prix, diminuer la qualité des produits, et limitera l’accès à des biens essentiels, comme du matériel médical dernier cri, ou un médicament prometteur.

Même l’Allemagne, puissance industrielle, est un pays qui importe énormément, étant ainsi une locomotive économique pour l’Europe. Selon la Banque Mondiale, en 2018, les importations de biens et services allemandes représentaient 41,3 % de son PIB, contre 32,1 % pour la France.

La stratégie des pays qui réussissent est d’être bien intégrés dans le commerce mondial. Les pays sont interdépendants les uns des autres, et font mutuellement du commerce. Le commerce international est ainsi un jeu à somme positive.

Des hausses de prix acceptées ?

Relocaliser, c’est possible. Mais il faut en poser les conditions, créer un éco-système favorable aux entreprises, sur le modèle de certains de nos voisins européens. Sommes-nous prêts ?

Bien sûr, on peut préférer la voie étatiste : subventions, nationalisations, interventionnisme. Les prix vont augmenter, le pouvoir d’achat va baisser, les impôts vont augmenter. Il n’y a pas de débat sur ce sujet, car les Français l’admettent, selon le sondage Odoxa qui souligne que « 89 % des Français disent souhaiter que la production des industriels français soit relocalisée… même si cela augmente le prix final pour le consommateur. »

Vraiment ? On peut cependant raisonnablement en douter, alors que nous sommes en plein mouvement des Gilets jaunes, parti d’une augmentation des taxes sur le carburant.

Les choses paraissent simples. On relocalise, on a de l’emploi. Les conditions de réussite d’une économie ne sont pas évoquées. Les conséquences d’une politique étatiste de relocalisation ne sont pas vraiment mesurées par les Français, qui disent accepter les hausses de prix alors qu’ils s’en plaignent aujourd’hui. Le gouvernement calmera la grogne par les aides sociales.

En France, le jour d’après ressemblera au jour d’avant.

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