Covid-19 : il n’y aura pas de « monde d’après »

Se reposer sur le secteur privé permet une implémentation plus rapide des solutions comme l’a démontré LVMH, en permettant d'importer des masques.
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Covid-19 : il n’y aura pas de « monde d’après »

Publié le 15 avril 2020
- A +

Par Sacha Benhamou.

Il n’y aura pas de « monde d’après » contrairement à ce que certains aiment le prophétiser. D’abord, parce que notre modèle actuel en tant que tel n’est pas responsable de la crise actuelle. Ensuite, parce que toute la volonté politique du monde ne suffira pas à changer le réel.

Depuis plus d’un mois, nous traversons une crise sanitaire, bientôt économique, d’une ampleur inédite. « Confiné dans sa pensée », pour paraphraser Laurent Joffrin, chacun désigne son bouc-émissaire : néo-libéralisme et mondialisation pour les uns, faillite de l’État pour les autres.

Notre démocratie est d’abord pensée pour des périodes ordinaires, et c’est bien naturel car plus personne ne songe à vivre en état de guerre permanent. Ni le libéralisme ni le collectivisme n’ont de réponse absolue à apporter à cet état d’exception, et il est encore trop tôt pour désigner le meilleur élève de la communauté internationale.

Limiter les dégâts, mais comment ?

Dans cette crise extraordinaire, il s’agit de limiter les dégâts : déployer des moyens exceptionnels pour faire face à l’urgence sanitaire, agir comme assureur de l’économie en dernier ressort pour éviter un effondrement total, comme s’y emploie le gouvernement.

« Ceux qui prétendent qu’il y a une autre stratégie sont des gens qui n’assurent pas de responsabilités dignes de ce nom » dénonce Claude Evin interviewé aux côtés de six anciens ministres de la Santé dans Le Quotidien du médecin.

Évidemment, il y aura des leçons à tirer de la crise : prévoir davantage de scénarii de crise pour améliorer notre réactivité, reconstituer nos stocks stratégiques. Mais on ne peut ni blâmer le gouvernement actuel, qui gère la crise comme il le peut avec les moyens laissés par ses prédécesseurs, ni nos institutions challengées par des circonstances extraordinaires.

Cette crise n’a pour origine ni les inégalités, ni la dégradation de l’environnement, sauf à accorder du crédit à un écologisme devenu néo-païen pour lequel « la Terre nous adresse un message ». C’est encore moins une crise de l’austérité. Le niveau élevé des dépenses publiques de l’État n’a pas empêché la France de compter parmi les pays les plus touchés. Il s’agit d’une crise sanitaire de force majeure. Point.

Alors pourquoi ce ralliement général à l’eschatologie laïque des collapsologues ? Sincère sentiment de panique face à l’inconnu ? Cynisme de responsables politiques qui suivent la foule dans la désignation du bouc-émissaire de peur d’être emportés par une vague de dégagisme ? Ou encore est-ce l’hubris du politique, habitué en France d’être l’alpha et l’omega de la vie en société, qui veut être le créateur, ou au moins le prophète, de ce « monde d’après » ?

Il n’y aura pas de « monde d’après »

Il n’y aura pas de « monde d’après », parce que les lois de l’économie n’évolueront pas davantage que les lois physiques. Les lois de l’économie reposent sur les comportements humains, une anthropologie construite sur des milliers d’années, qu’aucune Révolution culturelle ou autre projet prométhéen n’a pu changer.

C’est la leçon que nous aurions dû tirer de l’effondrement du bloc communiste. Les commerces brimés seront toujours sources de marchés noirs. La dette sera toujours un poison. La suspension de l’orthodoxie budgétaire n’est valable que parce que, comme le rapporte Marc Fiorentino dans un de ses éditos, la création de dette sera simultanée dans le monde entier. Les dettes s’annulant, nous pourrions ainsi échapper à l’effondrement de nos monnaies et à l’explosion des taux d’intérêts.

Les échanges internationaux ne faibliront pas. Depuis l’Antiquité, les Nations n’ont eu cesse de se spécialiser et de faire valoir leurs avantages comparatifs. Le secret de l’efficacité de l’économie de marché repose dans sa capacité à faire éclore des organisations complexes, extrêmement décentralisées mais coordonnées par l’indicateur prix. Aucun plan, malgré le génie humain, ne peut approcher son efficacité.

Est-ce que dans ce « monde d’après », les Français accepteront réellement de revenir sur l’augmentation du pouvoir d’achat permise par la mondialisation ? Est-ce que nous serons au smartphone (quasiment) pour tous ? Est-ce que la sécurité sociale aura davantage les moyens d’acheter des stocks de matériel médical made in France ? Est-ce que jusqu’à la plus petite pièce de nos respirateurs sera produite en France, devenue totalement indépendante ?

C’est bien le commerce international qui nous permet aujourd’hui de répondre à nos besoins, jusque-là imprévisibles, en matériel médical. Les stocks stratégiques sont une réponse partielle dans une crise sanitaire, un matelas de sécurité, mais pas une garantie absolue.

Les Français ont voulu que l’État soit partout, sans payer plus d’impôts, ou en faisant reposer la charge sur la base très étroite des « hyper-riches », mathématiquement absurde. Alors, l’État n’est nulle part.

Personne ne nie que l’hôpital public soit sinistré. Notre dépense publique reste élevée (53,4 % du PIB en 2020), mais le personnel hospitalier sous-payé (les médecins hospitaliers sont payés 40% de moins que leurs collègues allemands, 20 % de moins pour les infirmiers), nos ressources mal allouées. Aucun des précédents gouvernements n’a eu le courage de débattre du périmètre de l’État, multipliant les petites taxes sectorielles pour plumer l’oie sans la faire crier.

Il n’y aura pas de « monde d’après » et nous n’avons pas à désigner le bouc-émissaire de cette crise, mais nous aurons bel et bien à reconstruire notre économie, avec les recettes qui ont toujours fait le succès des pays en tête des classements de l’OCDE.

Il ne s’agit pas revenir sur notre ambition de réforme, mais au contraire de l’amplifier : choc fiscal, simplifications administratives, comme le prévoit le projet de loi d’accélération et de simplification de l’action publique, dite loi Asap, libération de nos secteurs les plus innovants, dont la biotech

Cette politique de l’offre, comme l’appellent de leurs vœux Philippe Aghion et Elie Cohen dans une tribune pour Les Échos, est certes plus difficile à mettre en œuvre, parce qu’elle nécessite de faire des économies tout de suite, là où la relance par la dette les remet à demain, comme depuis des décennies. Nous devrons aussi réfléchir au périmètre de l’État, penser un État plus agile, plus décentralisé, qui fait davantage confiance aux collectivités, aux citoyens, et aux entreprises.

Se reposer sur le secteur privé permet une implémentation plus rapide des solutions comme l’a démontré LVMH en mettant au service de tous son extraordinaire réseau commercial pour importer les masques qu’il nous manque.

La crise économique n’est qu’à son début. La précarité tue, et pourrait tuer plus longtemps que le virus. L’emploi doit continuer d’être notre priorité. Faisons place à la raison, l’émotion est un mauvais guide en matière de décision publique. Nous ne voulons pas du « monde d’après » mais du monde d’avant, du monde où nous profitions en famille, avec nos amis, de la prospérité que notre civilisation a permise.

Cet article a été publié une première fois dans Les Echos.

Voir les commentaires (16)

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  • claude henry de chasne
    15 avril 2020 at 5 h 11 min

     » Les dettes s’annulant, nous pourrions ainsi échapper à l’effondrement de nos monnaies et à l’explosion des taux d’intérêts. »
    là il va falloir m’expliquer comment la production en masse de monnaie papier imprimée par les banques centrales ne va pas provoquer de dévaluations de fait , et une fois les stocks épuises comment éviter l’hyper inflation induite par la rareté des produits

     » choc fiscal, simplifications administratives,  »
    il va falloir me dire comment réduire la politique d’aides publiques et/ou la masse salariale des fonctionnaires, sans quoi il n’y aura pas de simplification administrative et encore moins de choc fiscal,,,

    on voit bien que la France est un pays bloqué par une administration pléthorique,normative inefficace, figée par des statuts ,constituées en citadelles par les menaces de gréve , irréformable .Il nous faudra un effondrement Economique comme en URSS quand la perestroïka macron aura au final échoué , cette crise sanitaire sera notre « Glasnost », car les mouvements sociaux un instant éteints n’ont pas disparu

  • Bien des propos me dérangent dans cet article :
    – “on ne peut ni blâmer le gouvernement actuel, qui gère la crise comme il le peut avec les moyens laissés par ses prédécesseurs, ni nos institutions challengées par des circonstances extraordinaires” : ah ! l’inconséquence de l’exécutif qui fait et dit tout et n’importe quoi n’est pas à blêmer ?
    – “Le niveau élevé des dépenses publiques de l’État n’a pas empêché la France de compter parmi les pays les plus touchés. Il s’agit d’une crise sanitaire de force majeure. Point.”. Faudrait expliquer ce qu’est une “crise sanitaire de forte majeure”, d’autant que des pays moins riches que la (théorique) 6e puissance mondiale s’en sortent bien mieux, ayant pris dès le début des décisions majeures (ça, on sait ce que c’est)
    – “Les Français ont voulu que l’État soit partout” : dites « des » Français, portés par les gauchistes et les syndicats (d’accord, un pléonasme), ce sera plus exact
    Je passe sur d’autres. Pas le temps.

    • Le problème est que suffisamment de Français ont voulu que l’État soit partout pour en faire une réalité…

  • Jerémy Lapurée
    15 avril 2020 at 8 h 01 min

    Ben oui ! C’est une évidence. Cette crise est sanitaire, il y aura une réponse sanitaire, et c’est tout. Pas de grands soirs qui chantent ou de petits matins frais. Pas de nouveau logiciel politique à attendre, n’en déplaise aux collapsologues, aux étatistes, aux libéraux…
    Il n’y aura pas de monde d’après, hormis quelques ajustements pour les pays imprévoyants et un léger échauffement des planches à billets.

  • Deux remarques :

    Si la France se met au libéralisme avec réduction du périmètre de l’Etat pour laisser leurs places aux initiatives locales et privé, il s’agira bien d’un monde d’après. Les libéraux se tirent une balle dans le pied en assumant que cette notion ne peux qu’être l’apanage de communistes sur le retour.

    « Notre démocratie est d’abord pensée pour des périodes ordinaires, et c’est bien naturel car plus personne ne songe à vivre en état de guerre permanent »

    Une démocratie, comme tout système doit d’abord être pensé pour survivre avant de vivre. Si mon comportement m’est bénéfique 99 fois sur 100 , mais qu’il me tue 1 fois sur 100, je dois changer de comportement sans tarder.

    On va probablement éviter le pire cette fois, mais même si c’est le cas, il faudrait être fou pour ne pas en tirer les leçons.

    Les crises systémiques sont de plus en plus graves et de plus en plus fréquentes, c’est une conséquence inévitable de la mondialisation.

    On doit a tout niveaux en tenir compte en augmentant notre capacité de résilience et de coopération.

    Faire des stocks de masques pour la prochaine épidémie c’est bien, mais le soucis c’est que la prochaine crise sera une attaque d’informatique d’ampleur mondiale, une guerre Chine Usa, une crise des dettes , ou quelque chose de complément nouveau.

  • @ L’auteur
    Merci d’être passé…

    J’oubliais:

    La réalité existe indépendamment de l’esprit de l’observateur.

    “Vous pouvez ignorer la réalité, mais vous ne pouvez pas ignorer les conséquences d’ignorer la réalité.”
    Ayn Rand

  • Article sur le point

    Julien Dive : « Hors de question de faire payer la crise aux Français »
    Ce député doit rêver
    La gestion publique est désastreuse , c’est bien l’économie libre qui sauvera le pays , pas la bureaucratie qui garde les masques pour sa famille

  • « Les Français ont voulu que l’État soit partout » : les français ou les énarques ???

    la crise sanitaire n’est venue que s’ajouter à la crise économique/politique française, ce qui la rend dramatique.

    Il y a donc bien besoin d’un « monde après », à savoir fin de l’étatisation et retour de la liberté !

    Mais on peut faire confiance à ceux qui nous gouvernent (gouvernement/Administration) pour que rien ne change.

  • L’auteur semble oublier que cette crise sanitaire ne restera pour beaucoup de ays qu’une parmi d’autres, avec bien moins de morts qu’une grippe.
    Par contre l’incidence à terme de la propagande médiatique mondiale est difficile à anticiper. Cette épidémidie mondiale a fait, dans plus de la moitié des pays touchés moins de 5 morts…

  • Faut vraiment être un libéral hors sol pour croire que des Français (majoritaires) ne vont pas demander encore plus de ce qui n’a pas marché…

  • « prévoir davantage de scénarii de crise »

    davantage de scénarios, svp. La règle veut qu’un mot d’origine étrangère adopte les règles du français, à commencer par le pluriel.
    Ainsi, scenarii est le pluriel italien (et non « scénarii » en passant, pas d’accent), en français on dit scénarios.
    Comme on dit concertos, et non concerti, média et médias, et non medium et media, latifundiums et non latifundia, kibboutz et non kibboutzim (pluriel hébreu), apparatchiks, et non apparatchiki (pluriel russe), etc.

    S’il fallait adopter tous les pluriels étrangers, on n’en finirait pas, ils sont différents dans chaque langue.
    Ainsi, s’il vous plaît, pas de pédantisme, appliquez les règles du français : des scénarios.

    Une anecdote, j’avais un ami très snob, très pédant et très ignorant, on faisait du stop au Mexique. Il me dit, « Attends-moi une seconde, je vais faire pipus dans les cacti. » 🙂

  • « Cette crise n’a pour origine ni les inégalités, ni la dégradation de l’environnement, sauf à accorder du crédit à un écologisme devenu néo-païen pour lequel « la Terre nous adresse un message ». C’est encore moins une crise de l’austérité. Le niveau élevé des dépenses publiques de l’État n’a pas empêché la France de compter parmi les pays les plus touchés. Il s’agit d’une crise sanitaire de force majeure. Point. »

    Voilà, merci de la fermer parce que j’ai raison. Encore un champion du monde.

  • eh oui, les énarques seront toujours là !

  • Mais on ne peut ni blâmer le gouvernement actuel, qui gère la crise comme il le peut

    Le bon est très bon, sauf ce point. Il faut combien de temps à l’état pour réagir? Cela presque 3 ans que l’équipe est au pouvoir?
    Et les marqueurs de réalité qu’aurait pu mettre en place le président, ou sont-ils? C’est imprudent de sa part de ne pas les aligner. Que pourra-t-il faire sans eux? Au lieu de cela « c’est pourquoi… j’ai décidé de gaspiller x milliards » pour ceci, pour cela. Sans dire quelles mesures seraient nécessaires plus tard.

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