Covid-19 : les entrepreneurs et le digital à l’épreuve

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Le digital au service de la distanciation sociale : un atout imparable de re-socialisation pour les entrepreneurs.

Par Adnane Maâlaoui, Mariem Brahim et Imène Haouet.

Pandémie devenue hors norme, le Covid-19 a bouleversé les routines humaines, sociales et économiques. Les économistes des différentes banques centrales parlent d’un vrai krash, probablement plus impactant que celui de 2008. Les experts du Times de mars 2020 utilisent le concept de « ruine financière ».

Aux États-Unis, un salarié sur six risque de perdre son emploi. D’ailleurs, cette semaine le département américain du travail annonçait que ce sont 10 millions de personnes au total qui ont demandé l’allocation chômage.

En France, même constat avec 4 millions de salariés déclarés au chômage partiel selon la ministre du Travail. Le même scénario est envisagé un peu partout dans le monde. Certains experts en France avancent le chiffre de 600 000 entrepreneurs en souffrance, avec en perspective une sorte d’écrémage « économique » annoncé pour les plus fragiles.

Distanciation sociale chez les entrepreneurs : une réalité palpable

Une souffrance certes économique mais aussi un mal-être social et psychologique dû à la solitude. Selon le dernier rapport de l’INSEE paru le 15 janvier 2020, et selon une étude ACOSS (caisse nationale du réseau des Urssaf ), ils seraient environ 1,3 million de micro entrepreneurs « économiquement actifs » en France. Ils sont à présent bien seuls face à cette crise, excepté le soutien apporté par leur propre famille ou leurs plus proches collaborateurs. Le constat est quasi similaire pour les TPE et PME puisque, dans la plupart des secteurs, a été mis en place du chômage partiel ou total.

Le gouvernement a voulu en effet les soutenir en donnant l’autorisation d’y recourir, faute de possibilité de télétravail. Le salarié placé en chômage partiel devrait percevoir de son employeur une indemnité correspondant à 70 % au minimum de la rémunération brute, soit environ 84 % du salaire net horaire.

Ce qui signifie que les entreprises bénéficieront d’une allocation forfaitaire cofinancée par l’État et l’Unedic de 8,04 euros pour celles de un à 250 salariés et de 7,23 euros pour celles de plus de 250 salariés. A ainsi été annoncé un plan de soutien économique de 300 milliards d’euros en faveur des start-up et des entreprises.

Lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, le président de la République a donc décrété le confinement national. Les déplacements sont réduits au strict nécessaire, sous peine de sanction. Les frontières de l’UE sont fermées. De fait, les entrepreneurs se heurtent à l’absence de contact direct avec leurs collaborateurs, clients et fournisseurs, ce qui se traduit par des ajournements ou des annulations de prestations de services.

Confrontés à la distanciation sociale et physique, ils ont donc vu leur quotidien chamboulé. Non seulement, certains sont conduits à revoir leur modèle économique, au risque de perdre leur clients, mais d’autres sont impactés négativement dans leur propre équilibre personnel et psychologique : une conséquence directe de l’isolement social.

Cette mise à distance de son entourage et cette forme d’isolement sont des phénomènes qui ont été repérés à chaque crise sociale, économique ou sanitaire : la peste, les guerres, le SRAS, la crise financière 2008, etc. Il faut savoir que cette distanciation sociale est un concept qui a été analysé par des sociologues, des anthropologues ou même des médecins psychiatres. De fait, le social distancing  n’est pas réellement une nouveauté. Mais il existe aujourd’hui de nouvelles technologies pour y faire face.

Le digital au service de la distanciation sociale : un atout imparable de re-socialisation pour les entrepreneurs

Pendant la dernière décennie, l’innovation digitale a permis de revoir la plupart des modèles économiques dans les entreprises. Nombre d’entrepreneurs se sont adaptés et approprié ces nouveaux outils qu’ils utilisent aujourd’hui pleinement. Mais jusque-là, de nombreuses activités demeuraient encore centrées sur le contact humain ou physique (formateurs, coachs sportifs, avocats, restaurateurs, organisateurs dans l’évènementiel…).

C’est pourquoi le digital peut leur venir en aide, en leur assurant une continuité socio-économique et ainsi atténuer les distanciations sociales. Certains restaurateurs passent ainsi par les plateformes de livraison du type Uber au même titre que les entrepreneurs à Rungis.

Une majorité d’avocats continuent à gérer leur activité en gardant le contact avec leurs clients, via des outils comme ZOOM ou Microsoft TEAMS. Il en va de même pour les coachs sportifs qui utilisent des réseaux sociaux comme Instagram ou Facebook. Aussi, les formateurs improvisent des classes virtuelles pour assurer leurs activités et déployer leurs services.

Cependant tous les entrepreneurs n’exercent pas dans des secteurs permettant la mise en place de solutions dématérialisées. Que faire lorsque l’agriculture a besoin de saisonniers ? Comment le BTP peut-il œuvrer sans ouvriers sur les chantiers ? Qui peut assurer la tâche sur les chaînes de production ? La distanciation sociale et physique anime donc leur quotidien.

Adnane Maâlaoui est Professeur et Directeur IPAG Entrepreneurship Center, IPAG BS, Mariem Brahim est enseignante-chercheuse à l’ESLSCA Business School Paris et Imène Haouet est Professeur de Contrôle de gestion et Responsable de l’Année Préparatoire aux MS/MSc en alternance à NEOMA BS.

 

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