Coronavirus : santé et économie sont inséparables

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Faut-il vraiment, comme on l’entend partout, donner priorité à la santé sur l’économie ? Gardons en tête que les deux sont liés et que la santé a besoin de l’économie.

Par Yves Montenay.

Faut-il vraiment, comme on lentend partout, donner priorité à la santé sur l’économie ? À mon avis cela n’a pas grand sens car les deux sont liés et la santé a besoin de l’économie.

Cette prise de conscience progresse, mais elle est freinée par des préjugés idéologiques selon lesquels l’économie, c’est l’argent, et l’argent, ce n’est pas noble.

On nous dit de ne pas sacrifier la santé à l’économie…

L’injonction vient des personnes directement concernées qui invoquent leur « droit de retrait ».

Elle provient également des médecins, qui connaissent mal l’économie.

Cela vient enfin des ignorants de l’extrême gauche et de l’extrême droite.

Les premiers traitent tout sérieux budgétaire de « superstition comptable », les seconds proclament qu’il faut « s’asseoir sur nos dettes », sans se demander qui nous prêtera ensuite de quoi payer nos fonctionnaires et autres dépenses courantes si nous faisions défaut.

… mais sans l’économie, pas de santé !

L’argent, ce n’est pas noble ? Ce n’est pas moral ? Mais l’économie ce n’est pas de l’argent, ce sont des hommes qui travaillent et d’autres qui consomment.

Le gouvernement peut essayer de soutenir la consommation en injectant massivement de l’argent, mais l’argent ne peut pas remplacer les hommes manquants pour fabriquer, vendre et transporter les biens et les services pour la population.

On nous dit de sauvegarder les biens et services « essentiels », et que d’autres le seraient moins. Puis on décide de confiner les hommes qui produisent ces biens et services « non essentiels ».

Le problème c’est qu’à mon avis, presque tout est « essentiel », ainsi que je vais l’exposer au travers de plusieurs exemples ci-après.

Pour assurer les services de santé en France, il faut en effet :

D’une part disposer de tout ce dont a besoin pour combattre le virus, ce qui implique des métiers très variés auxquels on ne pense pas toujours : du matériel à fabriquer, des produits chimiques (notamment les réactifs de test), des médicaments à produire, des ordinateurs pour fonctionner, des transporteurs, des livreurs, des femmes de ménage, des fabricants de récipients, de matériel de bureau… et j’en oublie énormément.

Depuis quelques jours, les médias s’intéressent enfin à juste titre aux « soldats de l’ombre » ou de « seconde ligne ». Mais n’oubliez pas qu’eux-mêmes dépendent de leurs matériels et de leurs fournisseurs. Pour rester dans une analogie militaire, il y a aussi le génie, l’intendance et bien d’autres.

C’est ainsi qu’après avoir fermé crèches et maternelles, il a bien fallu organiser un « service minimum » pour garder les enfants des personnels soignants !

D’autre part, il faut fournir à manger à l’ensemble de la population, ce qui suppose que continuent à travailler les artisans commerçants de bouche et tous les personnels des supermarchés (bouchers, boulangers, maraîchers, caissiers, vigiles, livreurs, agents d’entretien et de nettoyage, encadrement…) ainsi que les cuisiniers, commerciaux et livreurs des restaurants et cantines encore ouverts.

Les agriculteurs doivent continuer à produire pour une population qui prend désormais trois repas par jour à domicile et non plus à la cantine scolaire, au self de l’entreprise ni au restaurant. Fermeture des frontières oblige, il a fallu mobiliser 200 000 volontaires en France pour le printemps agricole. Cela a mobilisé, et mobilise encore, beaucoup de personnel pour organiser ce recrutement improvisé et massif.

Une fois les victuailles à domicile, il faut de l’électricité pour le réfrigérateur. Pour l’électricité, il faut des centrales qui marchent, et pour faire tourner ces centrales, le personnel direct ne suffit pas : il faut des sous-traitants mécaniciens, électriciens… mais aussi du personnel de sécurité, de ménage…

Pour ceux qui passent leurs commandes de courses en ligne, il faut, là encore, des ordinateurs. Il faudra renouveler certains de ces derniers et s’équiper de nouveaux logiciels, notamment pour le télétravail etc.

De fil en aiguille, on voit que l’on a besoin de toute l’économie, car l’ordinateur de l’hôpital a besoin de fils électriques, la femme de ménage a besoin de détergents, beaucoup de « bricoleurs astucieux » ont besoin d’autorisations administratives (or beaucoup de fonctionnaires sont absents), le distributeur de nourriture a besoin d’emballages, les emballages en carton, plastique ou papier ont besoin d’usines, tout le monde a besoin de matériel de bureau, y compris des gommes des crayons.

C’est pourquoi aucun fonctionnaire ne peut définir ce qui est « essentiel ».

Et l’économie très administrée n’arrange rien !

Les économies occidentales, et particulièrement l’économie française, sont soumises à toutes sortes de règles : les marchés publics, les normes, les autorisations sanitaires etc.

En situation d’urgence, cela freine l’adaptation. Et cela d’autant plus qu’une grande partie des fonctionnaires, hospitaliers ou d’autres services de l’État, sont absents, en raison du confinement dû au droit de retrait, à la maladie, à la garde d’enfants…

Selon une enquête du magazine Le Point, l’Agence Régionale de Santé du Nord bloque la mise en place de tests qui pourraient être réalisés par des biologistes. Un médecin aurait constaté que tous les employés du service étaient absents.

Cette situation est évoquée par Philippe Juvin, chef du service des urgences à l’hôpital Georges-Pompidou et maire de La Garenne-Colombes, dans Le Monde daté du 4 avril : « Les chefs et petits chefs de l’administration qui nous entravent face à l’urgence devront répondre de leurs actions après cette crise ».

Quant aux « plans de gestion des pénuries » instaurés par la loi de santé de 2016, le ministère de la Santé déclare ne pas disposer des moyens humains nécessaires pour répondre aux questions à leur sujet.

Autre exemple : le silence « incompréhensible » de l’administration, dénoncé par des directeurs de laboratoires départementaux qui ont demandé à venir en renfort.

Il s’agit de 75 laboratoires publics regroupant 4500 employés qui effectuent les analyses de contrôle des eaux, d’hygiène alimentaire ou de santé animale. Ils sont équipés pour traiter des grandes masses : pendant les crises de la vache folle ou de la peste aviaire, ils ont réalisé des dizaines de milliers de tests… par jour !

Lire à ce sujet l’article « Comment la France se prive de 150 000 à 300 000 tests par semaine » dans Le Point du 3 avril.

Où l’on voit que même l’administration peut être indispensable en temps de crise, et son absence dramatique.

Ne pas se tromper sur le rôle de la finance

Comme pour les retraites, on se focalise sur les questions d’argent, alors qu’il s’agit surtout du nombre des actifs pouvant travailler.

Dans les journaux économiques, il n’est question que des arbitrages et du rôle que devrait jouer la Banque centrale européenne, des budgets nationaux à déployer pour « soutenir l’économie » etc.

Dans le seul numéro du journal Les Échos du 2 avril, on note un article purement financier de Jean Tirole, notre prix Nobel, et du libéral Xavier Fontanet qui va même jusqu’à prier la Chine de lancer des crédits qui aideraient à redresser l’économie mondiale !

Mais l’argent n’est qu’une courroie de transmission. Que l’on réfléchisse à éviter des blocages juridiques ou financiers qui feraient empirer la situation est une chose, voir dans la finance une solution en est une autre.

Que faire pour sortir de l’impasse économique ?

Sur le plan psychologique, il faudrait présenter la situation sans verser dans le catastrophisme et la panique, en insistant par exemple sur ceux qui sortent guéris de l’hôpital et sur des évaluations de la population en bonne santé. Bref utiliser la vieille technique efficace du « verre à moitié plein ». On pourrait aussi multiplier les reportages sur les entreprises qui tournent, après avoir pris toutes les précautions nécessaires.

Quant aux mesures concrètes, nous pouvons commencer par faire travailler ceux qui sont immunisés, qui ont été malades et sont guéris.

On connaît le nombre de ceux qui sortent des hôpitaux : ils sont 14 008 au 3 avril 2020 et leur nombre augmente rapidement.

Le ministre de la Santé a récemment ajouté cette information à ces points quotidiens sur la situation sanitaire en France.

Mais il y en a en réalité infiniment plus : du 16 au 22 mars 2020, les médecins généralistes ont traité pas moins de 40 000 nouveaux malades, hors hospitalisation.

Autour de moi, il y a aussi des personnes qui ont été légèrement malades et qui se sont bien remises, et qui ne sont pas recensées. Or il faudrait dès maintenant les faire retravailler. Dans leur entreprise ou éventuellement dans une autre si la leur ne peut pas redémarrer.

Bien sûr, comme le montrent les « bons » exemples étrangers, il faudrait multiplier les tests, et donc produire les kits de tests à réponse rapide. Mais comme ils n’arriveront que progressivement, il faudrait des maintenant « décentraliser la confiance » au niveau de l’entreprise et de l’individu : voir l’exemple de la Suède, où on fait confiance aux individus pour respecter les consignes et à Hong Kong où 7,5 millions d’habitants, particulièrement entassés, résistent jusqu’à présent au coronavirus.

Les contrôles pourraient être effectués par les employés eux-mêmes, comme en Chine à l’entrée des magasins qui ont rouvert après le confinement, avec éventuellement un protocole à mettre au point par branche professionnelle ou par ville.

Il faut y penser maintenant, si la version optimiste, la mienne, d’un prochain pic de l’épidémie se confirme. Mais, si l’on est pessimiste et que le pic est encore loin d’être atteint, ce serait encore plus nécessaire, et il faudrait absolument trouver les moyens de marier santé et économie avant le manque de nourriture et de médicaments.

L’idée d’un déconfinement progressif fait son chemin. On pense à le saucissonner géographiquement et par classe d’âge, en maintenant les personnes âgées fragiles en confinement plus longtemps. Mais il faut aller plus loin et libérer dès maintenant des groupes ciblés.

L’impact durable du virus ne doit pas être exagéré

Pour conclure, je vais vous exposer pourquoi, en dépit du catastrophisme des médias, je suis relativement optimiste.

En effet, une catastrophe n’a de conséquences économiques durables :

–  que si elle détruit beaucoup d’infrastructures, ce qui n’est pas le cas,

–  que si elle tue une grande partie de la population ACTIVE. Il faut alors attendre très longtemps pour que le potentiel humain se reconstitue. Ce n’est pas le cas non plus.

En effet, pour l’instant, la mortalité chez les non retraités est très faible.

Comme pour la canicule 2003, la catastrophe a accéléré les décès de personnes âgées et fragiles, mais cela ne concerne que peu les actifs.

Par ailleurs la mortalité de ces derniers a diminué du fait d’une baisse du nombre d’accidents de la route et du travail.

Finalement la force de travail n’est pas détruite, mais seulement bloquée, pour des raisons qui paraîtront de plus en plus discutables.

La reprise devrait être rapide… sauf fausse manœuvre. Et le confinement aveugle en est une, comme l’évoque notamment le PDG de Michelin : « C’est ce que nous montrent actuellement la Corée du Sud, le Japon ou même la Chine. Dans ces pays, aujourd’hui, le virus n’a pas disparu. En revanche, des mesures d’organisation sociale ont été mises en place et elles permettent de reprendre une vie hors confinement. »

En attendant la reprise, l’industrie s’adapte et produit le nécessaire :

  • Air Liquide, Valeo et Schneider livreront à la mi-mai 10 000 appareils respiratoires.
  • Peugeot se met aux ventilateurs.
  • Pernod-Ricard et LVMH produisent des masques.
  • Bic, dont le modeste produit est tout aussi nécessaire, sa robotisation a mis à l’abri des problèmes de personnel.
  • MacDo a profité de la fermeture pour réorganiser les cuisines et redémarre pour les ventes à emporter ou à livrer.
  • le BTP pourrait redémarrer, maintenant que le guide des bonnes pratiques négocié avec les syndicats vient d’être publié. Mais seule la CFDT l’a approuvé pour l’instant…

Cassons l’engrenage de la panique

Emmanuel Macron en a appelé à « la responsabilité civile des entreprises de poursuivre leur activité lorsque que cela est possible ». Mais c’est un discours qui vient contredire celui de la crainte que l’on veut inspirer pour que chacun respecte le confinement. Et cette crainte nourrit les infox. C’est même la principale menace pour le directeur de la laiterie LSDH de Varennes (Indre) cité par Le Figaro du 4 avril.

Et cette panique nous empêche de voir que l’économie et la santé forment un tout. Un déconfinement intelligent visant l’efficacité économique est donc urgent. Un plan de soutien financier, c’est bien, mais ne remplace pas les hommes au travail.

Donc insistons sur le fait que les guérisons sont le cas général et que les entreprises privées sont rapidement adaptables, soit pour repartir du bon pied soit pour se reconvertir.

Et n’oublions pas que, cerise sur le gâteau, le prix du pétrole baisse !

Fidèles lecteurs, vous savez tout le bien que j’en pense.

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