Le virus de l’hyperinflation peut-il se propager ?

Emmanuel Macron by French Embassy in the US(CC BY-NC 2.0)

Crise sanitaire, crise économique : « l’État paiera » a dit Emmanuel Macron. L’État, c’est nous, les contribuables et la facture nous sera présentée d’une façon que nous ne pourrons pas refuser.

Par Simone Wapler.

Les hélicoptères monétaires décollent et les surenchères de plan de relance commencent.

Côté français, Emmanuel Macron a parlé de 300 milliards d’euros mis à disposition des entreprises et du recours massif au chômage partiel. Évidemment, l’Unedic n’est pas dimensionnée pour indemniser le chômage même partiel d’un tel nombre de salariés du secteur privé. Nous en sommes à 3,6 millions alors qu’il est probable que le confinement se prolonge.

Bruno Le Maire, jamais en retard d’une surenchère interventionniste, a parlé de distribuer une prime défiscalisée de 1000 euros par salarié qui « ont eu le courage de se rendre sur leur lieu de travail ». Si vous êtes chômeur vous êtes indemnisé. Si vous travaillez, vous recevez une prime. L’argent tombe du ciel.

Les dividendes sont également sur la sellette : il serait malsain d’en verser déclare la CFDT immédiatement soutenue par Bruno Le Maire (encore) qui prescrit « la plus grande modération ».

Le syndicat représentatif du capitalisme de connivence, le Medef, évoque des nationalisations : « Il faudra effectivement que l’État soit là si besoin pour venir au secours des entreprises qui seraient dans une situation financière très difficile. »

Nous étions déjà dans une économie administrée, contrôlée à plus de 56 % par des fonctionnaires mais vous allez voir le curseur se déplacer rapidement vers la zone rouge du communisme avec 100 % d’administration par l’État ; c’est l’URSS, l’ex RDA ou le Venezuela avec les succès et l’opulence qu’on connaît qui nous attendent.

300 milliards d’euros représentent en gros 15 % de dette publique en plus. Le ratio dette sur PIB de la France va donc prochainement exploser du côté des 120 %. Plus concrètement, 300 milliards représentent aussi 80 % des recettes fiscales de 2018. Nous sommes déjà champion du monde de la fiscalité mais là nous allons devenir champion de l’univers. Rappelons que l’État n’a pas d’argent, il ne peut donc payer. L’État a des recettes fiscales, notre agent, et des dettes.

Du côté de l’Europe, les autorités ne sont pas en reste. La Banque centrale européenne prévoit d’injecter 750 milliards d’euros dans le cadre d’un vaste programme de rachat d’actifs, auxquels s’ajoutent les 120 milliards déjà prévus pour l’année, et 20 milliards mensuels. On parle de Coronabonds, des obligations émises à l’occasion de la crise sanitaire. Le « pacte de stabilité » – que seule l’Allemagne respectait encore – est déchiré. Les déficits ne comptent plus, tout est désormais permis.

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est aussi le dévergondage monétaire total. 1000 dollars ou 1500 dollars par Américain, promet Donald Trump. Impression monétaire massive. Un plan de relance de 2000 milliards de dollars.

Puisque tout le monde le fait, il ne se passera rien, vraiment ?

Dans les vieux manuels d’économie, on apprenait que l’avilissement (au temps des monnaies métalliques) ou la création monétaire (au temps des monnaies fiduciaires) n’apportait que des malheurs.  Croire que « plus de monnaie dans le système » ou plus de crédit va créer plus de richesse et ainsi permettre de rembourser les vieilles dettes est d’une naïveté confondante.

En faisant surgir du néant des milliers de milliards, les autorités (Fed, BCE et autres banques centrales gestionnaires de devises) tablent sur le fait qu’il n’y aura pas d’inflation incontrôlable et que l’illusion monétaire durera. En gros, « puisque tout le monde le fait aucune monnaie ne coulera relativement à une autre ». Il est effectivement possible que l’illusion monétaire dure encore un peu entretenue par l’inculture financière des masses.

Si l’illusion monétaire se dissipe, le virus de l’hyperinflation pourrait toutefois se répandre rapidement. Il est d’ailleurs symptomatique que, dans cette première phase de krach boursier, les dettes de la France et de l’Italie – les deux maillons faibles de l’Europe – aient été vendues et que leurs rendements aient remonté.

Évolution du rendement de l’obligation à 10 ans de l’État français

Lorsque les rendements montent, les obligations baissent

Source : tradingeconomics.com

Ce bond pourrait être un signe de début de fuite devant la monnaie puisque de nos jours les investisseurs considèrent que la monnaie de sauvegarde, l’abri ultime, est l’obligation souveraine d’un pays réputé ne jamais pouvoir faire défaut sur sa dette.

Que ce soit par l’impôt-inflation ou par l’impôt-tout-court, ne soyons pas naïfs : la facture du coronavirus nous sera bien présentée et elle sera très lourde.

Comme je l’explique dans mon livre La rage de l’impôt, l’inflation est une taxe et la dette publique est un stock d’impôt qui n’a pas été encore levé. Dans tous les cas, le contribuable paie ou paiera.

Le secteur privé, mis à l’arrêt pour soigner la crise sanitaire, saigné depuis des années par une administration boulimique et par conséquent privé de trésorerie, ne pourra pas se relever rapidement pour assumer une nouvelle montagne de dettes et de promesses intenables.

L’économie est au ralenti, les recettes fiscales calent et les dépenses publiques accélèrent.

Le défaut ou l’hyperinflation. La peste ou le choléra monétaires, c’est ce qui nous attend.

Le défaut permettrait de dégraisser l’État, d’arbitrer entre le budget du ministère de la Culture et celui de la Santé, de s’interroger sur l’opportunité de taxer ou subventionner une myriade d’activités, d’ouvrir vraiment le débat sur le bien-fondé de la dépense publique. Vous l’avez compris, le défaut serait une solution politiquement courageuse. Il est donc improbable.

 

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