Emmanuel Macron rejoue la petite musique de l’État-stratège

Emmanuel Macron by Jacques Paquier (CC BY 2.0) - https://www.flickr.com/photos/125671268@N02/32605283887/ — Jacques Paquier,

Pressé par les événements, le gouvernement prend à nouveau le risque de communiquer plutôt que de proposer une solution raisonnable et efficace.

Par Frédéric Mas.

Emmanuel Macron s’est exprimé devant les caméras lors de sa visite de l’usine de masques Kolmi-Hopen à Saint Barthélémy d’Anjou sur la nécessité de produire davantage français. Le président de la République a ainsi déclaré que le caractère stratégique de certains biens demandait d’imposer la souveraineté européenne.

Dans un discours aux tonalités souverainistes, Emmanuel Macron a affirmé la nécessité de produire sur le sol national pour limiter la dépendance du pays. Il s’agissait ici de répondre aux critiques survenues avec la pandémie du coronavirus, qui a révélé au grand public la grande dépendance de l’Europe vis-à-vis de la production chinoise en particulier en matière de masques médicaux.

La tonalité presque nationaliste du discours présidentiel n’a pas échappé à l’extrême droite et à l’extrême gauche, qui ont raillé le « ralliement » de dernière minute du président de la République. Face aux difficultés rencontrées par l’exécutif et à la crise de confiance dans l’action de l’État, Emmanuel Macron a décidé de rejouer la partition bien connue de l’État stratège nécessaire à la protection des intérêts économiques nationaux. Il lui fallait endosser le rôle de pompier pour éteindre le feu de la contestation de sa gestion de crise.

Un nouvel exercice de communication ?

Pressé par les événements, le gouvernement prend à nouveau le risque de communiquer plutôt que de proposer une solution raisonnable et efficace. Parler d’État-stratège et de protectionnisme peut rassurer les citoyens qui craignent aujourd’hui pour leurs emplois menacés par la concurrence et la récession qui vient, mais c’est une solution à très court terme.

Combien pourrait coûter la « relocalisation » des industries stratégiques ? Et surtout, qui va supporter le coût de ces relocalisations ? On le devine assez facilement, une nouvelle fois, si le gouvernement tient parole, l’État financera, et pour financer, il trouvera l’argent dans les poches des Français, le tout pour des résultats incertains.

On se souvient de l’intervention de l’État stratège dans l’affaire Alstom pour éviter la fermeture de son site de Belfort en 2016.  Afin d’éviter le déplacement de 400 emplois de Belfort vers l’Alsace voisine, le gouvernement avait décidé de dépenser 500 millions d’euros et d’acheter des rames TGV spécialement pour l’occasion.

Comme le rappelait Eddie Willers dans Contrepoints :

« Faites un rapide calcul vous obtenez un coût par emploi protégé du déplacement de 1,25 million d’euros. Le gouvernement rétorquera que ce sont aussi les emplois chez les sous-traitants qui ont aussi été sauvés. Sauf que rien ne dit que ces sous-traitants n’auraient pas continué à travailler avec le site alsacien du Groupe. Nous sommes donc bien face à des montants faramineux face à ce que nous appellerons abusivement des sauvetages d’emplois. »

Le mirage de l’État actionnaire

Alstom n’a pas seulement bénéficié de l’aide de l’État pour éviter la « relocalisation » de l’usine. Il était également présent en tant qu’actionnaire. Il n’a pas fait preuve vision stratégique à long terme, et Michel Albouy s’interrogeait dans les colonnes de Contrepoints à ce sujet :

« Dans le passé, l’État sous la houlette du Général de Gaulle et de ses successeurs a su jouer son rôle stratégique pour faire de l’industrie française un champion mondial. Citons notamment le nucléaire, le TGV, l’aéronautique et l’espace. C’était un autre monde. Mais aujourd’hui, dans une économie mondialisée dans laquelle ce sont les entreprises qui sont en première ligne, quels sont son bilan et ses marges de manœuvre ? »

Le meilleur moyen d’aider nos entreprises est de tout faire pour sortir de l’économie de guerre, qui est l’autre nom de l’économie administrée et de revenir à la libre entreprise pour renouer avec la prospérité.

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